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374 HISTOIRE DE L'EGLIS E.
de Chine et de ses fondateurs, Clément XI , durant
le plus grand feu de la calomnie , prononça, le 13
Juillet 1708, une première condamnation contre
les Réflexions morales, c'est-à-dire , contre la tra-
duction du nouveau Testament faite en français par
le père Quesnel , avec des réflexions morales sur
chaque verset.

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Depuis le premier décret du saint siége cortre les Réflexions

morales en 1708, jusqu'à la publication de la bulle

Unigenitus en 1713. Toute la doctrine du vaste livre de Jansenius avait été habilement refondue dans les Réflexions morales de Quesnel; ainsi l'on pouvait abandonner Jansenius à son mauvais sort, sans que le jansenisme en souffrît, pourvu que le livre des Réflexions subsistât (1). Cé chef-d'oeuvre d'artifice ne fut pas porté du premier coup à sa perfection, ni à ce haut point de crédit que bien des mains différentes lui concilièrent successivement. Ce n'était presque rien à sa naissance , lorsqu'il fut approuvé, en 1671 , par M. Vialart , évêque de Châlons-sur-Marne. Tout consistait en un petit volume , que ce prélat n'approuva même qu'après y avoir fait mettre plusieurs cartons. Les docteurs Hideux et Dupin l'approuvèrent , sans tant de réserve, en 1687. Cetle bonne fortune fit multiplier les éditions, et grossir l'ouvrage jusqu'à la concurrence de quatre volumes. Ils furent retouchés

(2) Déposit. de l'imprim. du 7 Nov. 1713. Sentence du bailla dę Chal. 2 Mai 1717.

par la plume élégante de l'abbé du Guet, et parurent avec éclat en 1693, dédiés à M. de Noailles, alors évêque de Châlons , et revêtus de l'approbation la plus honorable qu'il pût leur donner. Pour les autoriser dans son diocèse , il publia un mandement , où parlant à ses curés, il faisait de ce livre funeste l'éloge suivant : On y trouve ramassé tout ce que les saints pères ont écrii de plus beau et de plus toucbant sur le nouveau Testament, et l'on en fait un extrait plein d'onction et de lumières. Les plus sublimes vérités de la religion y sont traitées avec cette force et cette douceur du Saint-Esprit , qui les fait goûter aux coeurs les plus durs. Vous y trouverez de quoi vous instruire et vous édifier ; vous y apprendrez à enseigner les peuples que vous avez à conduire. Ce livre vous tiendra lieu d'une bibliothèque entière.

On a vu qu'aussitôt qu'il eut acquis une certaine célébrité , tout le monde chrétien' en jugea bien différemment de son approbateur. Tous ceux qui n'étoicnt pas dans les mêmes dispositions que ce prélat à l'égard de l'auteur , prétendirent que cet artificieux écrivain n'avait eu pour but que d'insinuer en mille façons différentes les dogmes proscrits du jansenisme, d'en accréditer la schismatique discipline , et d'en représenter les sectateurs comme des saints perséculés par toutes les puissances. Dans le fond , il ne fallait pas être bien clair-voyant pour en prendre cette idée; elle naît d'elle-même à la première lecture de l'ouvrage, pour peu qu'on ait de connaissance des faits et des matières du temps. Les Saint-Cyran , les Arnaud , les Gilbert, et le fugitif Quesnel lui-même , y sont peints des couleurs les plus reconnaissables, comme les Elie et les JeanBaptiste de leur temps, et les personnages les plus respectables de l'église et de l'état, comme les scribes et les pharisiens, comme les Caïphe , les Pilate et les Hérodes. Il n'élail point de lecteurtant soit peu instrujt des poursuites de Louis XIV contre le jansenisme qui ne trouvât ce monarque représenté presque à chaque page comme le persécuteur de la vérité. On y retrouvait d'une manière aussi visible les principes schismatiques du richérisme concernant l'excommunication. Il enseignait de même qu'on ne résiste jamais à la grâce, et qu'on n'y peut pas même résister, ce qui renferme tout le jansénisme ; que la grâce sans laquelle on ne peut rien , manque aux justes qui tombent dans le péché ; que Jesus-Christ n'est mort et n'a prié son père que pour le salut des prédestinés ; que dans l'attrition, l'amour propre et la cupidité sont les seuls principes de la crainte , dont le concile de Trente dít néanmoins qu'elle procede du Saint-Esprit , et dispose à la grâce de la justification. C'est ce que fit toucher au doigt un écrit publié en 1705, sous un titre assorti à l'audace qu'on avait à confondre (1).

Un avertissement si énergique réveilla le zèle des premiers pasteurs. Ils examinèrent l'ouvrage qui excitait ce scandale , ils en reconnurent le venin sans peine, et deux d'entre eux, l'archevêque de Besançon et l'évêque de Nevers, donnèrent des mandemens exprès pour le condamner. Ce dernier marquait plusieurs endroits où l'on insinuait des erreurs vingt fois proscrites, où l'on prenait à tâche d'inspirer aux fidèles un esprit de révolte contre l'autorité des puissances tant séculières qu’ecclésiastiques.

Au bruit des nouveaux scandales de la France , le chef de toute l'église ordonna qu'on reprit l'examen du livre qui les causait, et qu'on lui avait déjà déféré assez long-temps auparavant. Les cardinaux et les théologiens, chargés de cette commission , déclarèrent , après toutes les discussions convenables , que l'esprit de schisme et d'erreur n'avait pu dicter un ouvrage plus substantiellement mauvais ; qu'il n'était pas susceptible de correction , et qu'il fallait en défendre absolument la lecture. Ils avaient reconnu , et rendaient pour raison de leur rigidité, que le texte des livres saints y était altéré en mille endroits , quelquefois entièrement corrompu , et tel que dans la version réprouvée de Mons; que tant les noles

(1) Quesnel, Séditieux hérétique , part. 2.

que les réflexions offraient à chaque page une doctrine séditieuse , téméraire , scandaleuse , erronée, et manifestement jansénienne.Conformément à cette consultation, le souverain pontife, par un bref du 13 Juillet 1708 , proscrivit cet ouvrage avec une rigueur extraordinaire. Il ne se contenta point d'en défendre l'impression, le débit et la lecture , sous peine d'excommunication encourue par le seul fait; mais pour anéantir , s'il était possible, jusqu'au dernier vestige d'une production si pernicieuse , il ordonna d'en rapporter tous les exemplaires aux ordinaires des lieux, ou aux inquisiteurs de la foi, pour être brûlés sur le champ. C'est cette clause , contraire aux usages de la France , où ces exécutions temporelles sont réservées à la puissance du même ordre , qui empêcha que le bref ne füt reçu dans ce royaume.

L'auteur et les approbateurs divers ne laissèrent pas d'être fort mortifiés de cette condamnation. Le parti, à qui les fictions et les allégations hasardées ne coûtaient rien, publia qu'au moyen des éditions qui s'en étaient faites dans les états protestans ,

il avait été falsifié en beaucoup d'articles ; que ce que Rome avait censuré, n'était ni la doctrine véritable de l'auteur, ni le sentiment des approbateurs. C'est ce qui fut inséré en particulier dans le journal de Verdun, intitulé, La Clef du cabinet des princes (1). Mais la prudence demandait au moins qu'en faisant un mensonge officieux, on fût assuré de n'être pas démenti par ceux qu'on prétendait obliger. L'apologiste serviable , si toutefois il n'était pas vénal, fut très-mal payé de ses bons offices. Son détour déplut à un écrivain de la confraternité, et le mit de trèsmauvaise humeur contre le journal, qu'il appela une rapsodie décorée d'un titre fanfaron , et qu'il démentit de la manière la plus formelle , en declarant qu'on n'avait jamais imprimé les Réflexions morales dans aucun pays hérétique (2). Il prend néanmoins

(1) Journal d'Octobre 1708. (2) Entretien sur le décret de Rome , contre le nouveau Testament de Châlons,

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