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de Cambrai sont bien remarquables; et l'on ne peut leur rien comparer dans l'histoire. Hors des murs, les habitans présentaient euxmêmes les échelles aux Anglais; en dedans, les femmes tendaient la main aux assiégeans pour les aider à escalader le parapet. A peine arrivés sur les remparts, les Anglais les prirent par la main, et se mirent à danser avec elles aux cris de vive le roi! Les Calaisiens n'avaient pu croire aux impostures publiées contre une invasion étrangère; ils savaient qu'elle n'avait d'autres motifs que le rétablissement de Louis XVIII, et que la punition de l'usurpateur.

Les habitans voisins de Cambrai vinrent avec la bannière déployée à la tête de chaque commune, pour jouir de la présence du monarque chéri. Un pareil rassemblement, dit un journaliste, atteste un peu mienx que la convocation du Champ-de-Mai le sentiment national, qui pour jamais attache les cœurs français à cette auguste maison de France, dont un soldat corse prétendait dicter la perpétuelle proscription.

On ne sut pas plutôt que le Roi était au château d'Arnouville, près de S.-Denis, que trois mille hommes députés par la garde bourgeoise de la capitale et avec la cocarde blanche, s'em

pressèrent, le 6 juillet, d'aller offrir au monarque et aux princes les hommages des habitans de Paris. S. M. passa en revue ces trois mille hommes, et leur parla à-peu-près en ces termes : « Mes amis, je vous ramène votre Colonel - Général (en leur montrant Monsieur, Comte d'Artois ). Je me réjouis de me retrouver au milieu de mes enfans fidèles je vous remercie de vos sentimens : faites part à vos concitoyens de ceux que j'éprouve pour eux: bientôt je serai au milieu de mon peuple de Paris, auquel je rapporte une seconde fois la paix et le bonheur (1).

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Le Roi partit d'Arnouville le 6 au soir, et sè rendit à Saint-Denis. Il descendit à la maison des jeunes demoiselles de la légion d'honneur, que nous avons vues se réfugier à Paris le 28 juin, dans la crainte des troupes des alliés : plusieurs d'entre elles, remises de leur frayeur, étaient retournées se livrer à leurs études et à leurs travaux. Les dames supérieures, reçurent le Roi avec tous les témoignages du respect et de la joie qu'inspirait sa présence; et ce bon prince coucha deux jours dans cette respec

table maison.

(1) Promesse d'un bon Roi, et bien plus vraie que celle de l'imposteur qui s'était échappé de l'ile d'Elbe.

Saint-Denis présentait un lieu enchanté; les deux nuits que S. M. y passa, les maisons furent illuminées, les rues étaient couvertes de fleurs; l'allégrese publique éclatait de toutes parts; le drapeau blanc flottait à toutes les fenêtres; tandis que de mauvais citoyens disputaient dans Paris sur la prééminence qu'ils accordaient à la cocarde et au drapeau tricolores; ces signes révolutionnaires et du carnage. Une joie universelle épanouissait tous les cœurs. Des femmes de la campagne, vêtues de leurs plus beaux atours, des filles habillées de blanc tenaient dans leurs mains des couronnes de fleurs et de lis entrelacés ; elles avaient aussi de gros bouquets, et briguaient l'honneur de présenter le tout au Roi. Celles qui n'avaient pu y parvenir, au moment du départ, couraient devant la voiture, et semaient le chemin de couronnes et de bouquets, en disant: puisque nous ne pouvons toutes présenter nos fleurs, que la route en soit couverte ; elles marchaient devant la voiture, qui allait très doucement, se tenaient par la main, et dansaient en rond, aux acclamations joyeuses de vive le roi! notre allégresse part du cœur, disaientelles en posant leurs mains sur leur poitrine; ce n'est pas un franc ni deux francs qu'on nous donne aujourd'hui, c'est un Louis. Et puis leurs chants recommençaient. Elles répétaient

le refrein de la chanson en vogue, et dont le jeu de mots renferme une grande vérité: On nous rend notre père de Gand, on nous rend notre père.

Lorsque le Roi fut sorti, de Saint-Denis, il trouva une file de carosses brillans rangés des deux côtés de l'avenue, remplis de dames vêtues de blanc, leurs chapeaux ornés de rubans de la même couleur, de belles bouffettes blanches, surmontées de fleurs de lis; elles agitaient des mouchoirs; et la foule qui inondait le chemin, imitait leur exemple, se joignait à leurs cris d'allégresse; les mouchoirs et les chapeaux semblaient voltiger en l'air. Quand le roi entra dans Paris, les transports redoublèrent. Les femmes soutinrent la réputation de royalisme qu'elles s'étaient faites au premier retour du roi, dit un journaliste estimable, qui n'a jamais dévié des bons principes, et a eu l'honnenr d'être une des victimes de Buonaparte, ainsi que deux de ses coopérateurs, incarcérés avec lui pendant plusieurs jours.

Le Roi partit à deux heures de Saint-Denis le 8 juillet; la municipalité de Paris et le préfet de la Seine l'attendaient au-delà des barrières, avec un cortége nombreux qui devait se joindre à celui de Sa Majesté. Le ca

non et le son de toutes les cloches annoncèrent à quatre heures l'arrivée du monarque chéri, qui fut accueilli le long des boulevards, jusqu'aux Tuileries, avec les mêmes transports et les mêmes signes d'allégresse.

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Qui pourrait exprimer l'extrême satifaction, le délire de joie que fit éclater la foule innombrable des spectateurs, lorsque parut sur le boulevard la colonne de la garde nationale, avec des drapeaux blancs et la cocarde de même couleur! ces soldats citoyens, quoique marchant sur vingt hommes de front, mirent plus d'une demi-heure à défiler. Après la garde nationale venait la maison militaire du Roi, cette maison fidelle, qui s'était àssociée à son exil, et qui partageait le bonheur de son souverain, après avoir partagé ses peines,

A la suite de la maison du Roi, s'avançait un magnifique état-major; on y distinguait quelques officiers supérieurs anglais et prussiens, et ces généraux Français qu'honore autant leur inviolable attachement à la pérsonne d'un monarque malheureux, que les lauriers qu'ils ont cueillis au champ de la victoire. On remarquait avec plaisir, parmi ces illustres guerriers, les maréchaux Victor, Marmont, Macdonald, Oudinot, Gouvion - Saint-Cyr, Moncey et Lefebvre,

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