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cela ? - C’est que vous avez la figure plus longue de moitié qu'à l'ordinaire. »

Le Roi etles deux princes, Monsieur, comte d'Artois, et le duc de Berry, allèrent, le matin du 9 juillet , lendemain de son retour à Paris, dans une même voiture, pour rendre à Dieu des actions de grâces. Sa Majesté, qui était partie à midi , accompagnée d'une escorte peu nombreuse, trouya réunies dans la cathédrale un' assez grand nombre de personnes de la cour qui l'avaient devancées de quelques instans, et à-peu-près tout le peuple qui s'était rencontré dans les environs , à l'instant où l'on eut connaissance de son arrivéc, car personne n'avait été prévenu de cette pieuse démarche du Roi.

Sa Majesté fut reçue par le clergé à la porte de l'église, avec le cérémonial d'usage, et au milieu d'acclamations que la sainteté du licu ne put interdire, et auxquelles les ecclésiasliques du chapitre de Paris ne jugèrent pas qu'il fut contraire à leur ministère de

prendre part. S. M. et les princes, après avoir assisté à une messe basse avec la dévotion la plus touchante, retournèrent aux Tuileries, recueillant sur leur passage les voeux et les bénédictions du peuple.

un

les

Les souverains alliés et notre monarque se sont fait des visites mulųelles, et on les a vus souvent manger les uns chez les autres, sans l'embarras dụ cérémonial ni de l'étiquette. Ceci est encore une nouvelle

preuve

du

progrès des lumières. Si le dix-neuvième siècle n'est

pas siècle de philosophie et d'une littérature sublime , il brillera du moins par la raison et par une politique amie de l'humanité; les rois ne se piqueront que de rendre heureux leurs peuples et de conquérir l'estime universelle. Qu'ils seront grands si on peut comparer aux augustes monarques que nous avons vus dans Paris!

Les historiens auront un vaste champ pour faire l'éloge de ces princes magnanimes, et s'ils en veulent tracer le portrait, il leur suffira d'en raconter les bienfaits.

M. Alopéus, ministre de l'armée de S. M. l'empereur de toutes les Russies , gouverneurgénéral de plusieurs départemens, publia à Nanci une proclamation , le 15 juillet 1815, dans laquelle on remarqua ce passage touchant: « N'en doutez pas, paisibles habitans , tous les maux de la guerre, qui sont réparables, scront réparés. Déjà l'empereur, mon auguste maître, profondément affligé des dévastations

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qu'il a remarquées sur la route qu'il vient de parcourir, m'ordonne d'en vérifier les causes, d'en constater les résultats, et d'assurer les moyens, non-seulement de protéger ceux qui en ont été les victimes, mais encore de

pourvoir à leurindemnité.Je ne regretterai pas, dit S.M., le sacrifice qui en résultera pour mon trésor, puisqu'il doit tourner au soulagement des malheureux. »

Est-il étonnant qu'un monarque aussi estimable s'intéresse vivement au bonheur de Louis XVIII ? L'amour réciproque des vertus rapproche et réunit ces deux princes. Pour la première fois peut-être la raison d'état n'est point le seul motif qui dirige les rois ; ils sont inspirés par une politique plus respectable: la, conformité d'un caractère également occupé du bien public et du soin d'adoucir les peines du moindre de leurs sujets.

Par allusion au désir qu'a Louis XVIII de rendre la France heureuse, et à la Providence qui l'envoie à notre secours lorsque tout était désespéré, on a substitué à l'inscription latine qui décorait l'une des faces du piédestal de la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf, ce vers de la Henriade :

Tout périssait enfin, lorsque Bourbon parut,

les ta

Rempli d'une juste admiration

pour lens militaires du maréchal duc de Wellington , un jour le roi lui demanda son âge: « Sire, je suis né en 1768. — Et Buonaparte aussi, reprit S. M. ; la providence nous devait cette compensation ».

Il ne se trouva qu'un seul lâche, dit un écrivain de mérite, dans toute l'armée qui combattit au champ de Fleurus pour Buonaparte, et ce fut celui pour qui ils se sacrifièrent, celui qui les abandonna. Dévouement déplorable et sublime qu'un Bourbon aurait acheté au prix de son sang, et que le Roi lui-même a honoré de ses larmes, en s'écriant dans toute l'amerlume de son coeur: «C'étaient des Français , c'étaient mes enfans ; je serais mort au milieu d'eux s'ils avaient combattu pour leur patrie. »

Voilà bien les sentimens des petits-fils de Saint-Louis et de Henri IV; mais le cèur paternel de notre bon Roi n'aura plus à s'attendrir sur le sort de ses enfans égarés ; ils ne s'éloigneront plus de sa bannière, et le chériront même dans les douceurs de la paix.Ils sentiront que la France a éprouvé assez long-temps l'horrible fléau de la guerre à l'extérieur, et de la discorde civile dans ses cités et dans ses campagnes, et qu'il faut qu'elle soit calme enfin sous le gouvernement sage et bienfaisant de

Louis-le-Désiré. Rétabli sur le trône

par

les armes des souverains alliés, la reconnaissance l'attachera à ces monarques magnanimes ; et ces princes, de leur côté, justes et grands , voudront maintenir leur ouvrage en France, et laisser respirer toute l'Europe dans le calme de la paix : ainsi nous sentirons de toutes les manières l'utile influence de Louis XVIII ; nos guerriers se rappelleront qu'ils ont été citoyens;

ils ne reconnaîtront d'autre parti quecelui de la patrie, et tous les Français seront frè, res et heureux!

FIN.

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