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de l'ambition n'ont eu aucune influence auprés d'un tribunal aussi intègre. La France ne sera démembrée ni sous le rapport de ses places ni sous celui de ses provinces. Ses limites seront religieusement respectées; et, pour que les armées alliées ne missent pas les pieds au-delà de ses limites, il suffirait que la France suivît la seule impulsion de ses réflexions sur l'outrage que l'on fait à sa dignité nationale, en la rendant le jouet et l'objet du mépris des factions; qu'elle pensât qu'une nation commence à être esclave dès qu'elle perd les Rois appelés par ses lois fondamentales à la gouverner.

Je sais bien que j'ai le pouvoir de déclarer et de faire la guerre. Je suis sûr que mes sujets se reposerönt avec confiancé sur l'idée qu'un Roi qui fonde sa félicité sur celle de ses peuples, ne peut entreprendre la guerre sans la douleur de se voir dans la nécessité de les défendre. Cependant j'ai voulu appeler à mon secours la force de la conviction pour affermir ma réputation de juste dans la pensée des nations, pour encourager la valeur de mes troupes, pour stimuler la générosité de ceux qui peuvent faire preuve de cette vertu, pour soutenir la résignation de lous dans les travaux que nous prépare cette fatale circonstance, et pour que, la guerre se trouvant sanctifiée, tous espérent dans le secours du dispensateur des victoires.

De mon palais royal de Madrid, le 2 mai 1815. »

Signé, FERDINAND.

Déclaration de la garde nationale d'Amiens,

affichée à Amiens, Beauvais et autres villes de Picardie.

Dans un moment où Buonaparte, en mettant en æuvre tout ce qui lui reste de moyens fantastiques, vient, par un acte arbitraire et despotique, nous contraindre tous à prendre le parti le plus infâme qui fût jamais, et à soutenir un trône usurpé; nous prenons à témoin notre honneur, la patrie et le roi, que jamais personne ne sera capable de nous faire armer pour défendre un homme

que

l'enfer en courroux a vomi de ses gouffres. Nous sommes, dit-on, menacés de l'invasion des ennemis. Non, ce sont des amis. Ils viennent rendre à la nation son souverain, dont la trahison de l'armée l'a privée.

Qui est-ce qui a rappelé Buonaparte dans la France? Qui est-ce qui a trahi son roi, pour placer sur le trône ce vil proscrit? C'est l'armée. Eh bien ! quelle le défende. Tels sont les væux de la garde nationale.

Buonaparte dit que les Bourbons amènent les étrangers en France. Eh ! s'il n'était venu souiller notre sol, nous serions en paix avec l'Europe.

Sébastiani est venu pour nous faire prendre les armes. Nous jurons tous que, si ce vil satellite de Buonaparte revient dans nos murs avec l'intention et les pouvoirs proconsulaires, pour organiser une mesure aussi ini. que, il y trouvera le châtiment de ses crimes, et malheur aux traîtres qui oseraient seconder ses infames projets !

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Le cri de ralliement de la garde nationale est : Vive le Roi! vivent les Bourbons! mort au tyran et aux brigands qui l'ont soutenu dans sa criminelle entreprise!

Français ! le jour approche où vous verrez flotter sur vos tours ce pavillon blanc , signal du bonheur.

Armement de la France, au mois d'avril pour rendre des préfectures à quelques misérables éle. vés dans la domesticité de la tyrannie, et accoutumés à lui tout sacrifier; c'est pour rendre des dotations lointaines à quelques sbires qui ne peuvent vivre qu'à force d'or, qui ne croient jamais l'or acheté trop cher par la trahison; c'est pour rendre des trônes à une famille d'aventuriers, dont le nom est devenu la plus cruelle des injures pour le crime lui-même, que nous allons prescrire un joug de fer à toute notre maiheureuse postérité; un joug plus pesant, plus odieux, plus humiliant cent fois que celui de Néron, de Caligula , de Robespierre, un joug dont toutes les hyperboles du

et mai 1815.

Persuadera-t-on à l'Europe que la France entière est levée, qu'elle court aux armes de toutes parts et qu'elle est décidée à soutenir une guerre à mort.pour repousser un roi qu'elle chérit , qui ne s'est jamais fait connaître d'elle que par des bienfaits, qui ne lui a coûté de larmes que le jour où il lui a été ravi par la perfidie et la violence, et qui est l'objet des regrets de la grande majorité des citoyens et de l'estime de tous ? Osera-t-on supposer qu'un seul Français, fait pour l'être, se croie obligé à cimenter de son sang l'usurpation d'un soldat révolté, en exécration au genre humain , et dont la nouvelle tentative a déjà jeté l'alarme dans tous les états civilisés ? Avec quelles paroles pourrions-nous justifier devant nos neveux les calamitės irréparables que nous aurions attirées sur la patrie, et de quel front soutiendrons-nous le reproche des générations opprimées, à qui l'on veut nous faire léguer tant de honte et tant d'esclavage? Il faudrait bien le leur avouer , c'est pour assouvir la basse cupidité, l'ambition aveugle et sanguinaire, les passions haineuses et féroces de quelques milliers de brigands, déjà engraissés de tout le sang que les révolutions ont fait répandre; c'est

age de l'homme ne pourraient exprimer l'infamie, le joug épouvantable d'un apthropophage dont tous les pas sur la terre opt été marqués par la perfidie, par le pillage, par l'assassinat , par l'incendie, et qui ne rêve que la détestable joie d'arborer son dernier trophée sur les ruines de Paris. Cet ogre qui fait horreur à ses complices, nous voulons bien que le monde l'apprenne, il est l'homme de la patrie , l'homme du siècle, le roi, Þempereur de notre choix ; et il nous iinporte que la France périsse enfin , pourvu qu'il hérite de ses cendres et qu'il règne sur ses déserts. Il restera, c'est assez, il survivra un moment à ses victimes, et aura joui de leur agonie; et si la France, effacée du nombre des peuples, ne laisse pas même un souvenir à l'histoire, il lui promet du moins la seule immortalité que mérite un peuple d'esclaves qui s'est livré de son propre mouvement à la plus basse ignominie , il ira le représenter aux enfers.

Il n'en sera pas ainsi. L'Europe sait, comme la France, à quoi s'en tenir sur les impostures qui sont désormais son unique ressource. L'Europe ne croit point à ces armemens miraculeux, à ces approvisionnemens opérés par féerie, à cette fabrication improvisée d'un matériel immense, dont on n'avait pas, il y a un mois, les premiers élémens: (1) Elle sait que tout cela est impossible, et que si cela était possible, c'est contre l'ennemi de la nation qu'on en tournerait l'usage, Non, ces batteries formidables n'existent point, cet épouvantable appareil de guerre est ụn fantôme qu'un souffle dissipera ; ces levées en masse qui doivent bouleverser le monde ne s'effectueront jamais, si ce n'est au jour de la liberté, au jour de l'affranchissement, et pour unir leurs forces auxiliaires à celles qui vont nous sauver. Non, les villes ne s'armeront pas pour défendre leur enceinte contre une invasion protectrice, garantie par le passé, justifiée par le présent, et la dernière espérance que nous laisse l'avenir. Non, des traitres qui n'ont plus de sauve-garde que dans leur infamie, et quelques enfans égarés que la bassesse a nourris dans l'amour de l'esclavage, pourront seuls tourner leurs armes contre le Roi pour la cause d'un bandit chargé de la malédiction des peuples et de celle de Dieu. Non, aucune ville , aucun régiment, aucun citoyen ne sè croira obligé, au nom de l'honneur national, à opposer l'effet d'un courage mal entendu à la protection armée de nos généreux voisins.

L'étranger, disenl-ils! Et quel étranger nous a fait plus de mal que l'étranger Corse ? Et quel étranger

(1) Il y a un mois qu'on imputait ce crime aux Bourbons d'aa voir détruit le matériel de l'armée , et aujourd'bui le matérict se retrouve tout-à-coup. Alors vous avez calomuié; vous menfez impudemment aujourd'hui. Ce matériel n'existe pas , c'est Buonaparte qui l'a perdu. (Note de l'auteur.)

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