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nous en réservé davantage ? Et quel'étranger a épuisé notre or avec plus d'avidité ? Et quel étranger a' prodigué notre sang avec une libéralité plus cruelle ? Et quel étranger a plus effrontément abusé de notre confiance? L'étranger, c'est lui! Les étrangers ce sont les malheureux dont il a acheté l'honneur au prix du repos et du bonheur de la patrie! Les étrangers, ce sont les brigands qui opt trahi leur roi, leurs sermens et leurs frères, et qui ont livré la nation humiliée, garotée, sanglante, accablée d'opprobres et de désespoir, à l'ambition insolente d'un centurion parvenu....'

Et c'est ainsi que vous êtes Français... et c'est à ce nom que vous espérez vous rallier, hypocrites féro' ces et justement honteux de vous-mêmes, que Buonaparte désavouerait s'il lui restait un crime à désavouer! Ah! le Sauvage qui mange son prisonnier tout palpitant dans les forêts du Nouveau-Monde, est plus Français que vous; il ne se joue pas de la confiance des victimes qu'il va' égorger.

Le cri, de l'honneur, adressé à la Garde

impériale par un de ses principaux chefs qui se fera bientôt connaitre.

BRAVES CAMARADES,

Il est temps de jeter les yeux sur notre situation. Je vais vous parler en soldat; vous comprendrez ce langage, puisqu'il est celui de l'honneur.

Nous avions, de concert avec la nation, couvert Buonaparte de la pourpre impériale; il reçut nos sermens : il n'ignore pas avec quelle religion nous avons su les respecter, inaintenir et défendre son trône et sa personne. L'histoire ne peut rien no'us ravir de notre

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gloire; nous avons prouvé partout que nous étions Français ; c'est donc comme votre compagnon d'armes, que le cri de l'honneur m'impose l'obligation de vous retracer vos devoirs.

Tant que Buonaparte a régné sous l'égide de notre serment et de celui de la nation, il a toujours trouvé -dans nos rangs honneurs et dévouement. Famille, intérêts, amis, nous avons tout sacrifié pour le maintien de la foi jurée, nous n'avions jamais trop de bras å lui offrir pour le bonheur de notre patrie; mais nous seuls avions une patrie; il nous a convaincus, par tous ses forfaits, qu'il n'en vit jamais une au milieu de nous.

Je ne vous parlerai point de l'insatiable et coupable ambition de Buonaparte; il en a trop long-temps obtenu les succès dans les flots de notre sang : combien de fois n'a-t-il pas pu s'arrêter après nos longs triomphes, qui avaient fait de la France une si grande et si puissante nation! Notre tâche était remplie; nous eussions été fiers de voir la patrie reconnaissante voler au devant de nous, et couvrir nos lauriers de ses bénédictions; mais non, Buonaparte, qui n'était et ne pouvait être que le dépositaire de notre gloire, a voulu s'en faire un patrimoine particulier ; il a voulu, sur les cadavres de nos frères d'armes, élever des trônes à sa famille, bouleverser l'Europe entière, et livrer le nom français à l'exécration de la terre.

Aujourd'hui, braves camarades, que Buonaparte n'est plus rien ; qu'il nous a volontairement déliés de nos sermens à la face de l'univers, et que le meilleur des Rois a reçu de nous celui de lui être fidèles; aus jourd'hui que Buonaparte reparaît en France, en violant des engagemens sacrés (s'il y en avait pour lui), deviendrons-nous donc une bande de brigands, après

avoir été une armée de braves ? Non, soldats , jamais nos fronts n'échangeront la gloire contre l'infamie , l'estime de tous les peuples contre le juste mépris des nations. Notre généreux dévouement avait été jusqu'à oublier qu'il nous abandonda lâchement en Egypte, en Espagne, en Russie; qu'il assassina plus làchement encore un Condé et Pichegru. Et moi aussi , braves compagnons d'armes, je pensais que ces crimes seraient les derniers. Vain espoir ! d'odieux projets viennent de se découvrir, et attestent qu'il n'a rien oublié de sa férocité, et rien appris pour son honneur.

Un de ses courriers déguisés a été arrêté par ordre du duc de Feltre. Le croiriez-vous, soldats ! il était porteur de dépêches destinées à assurer l'égorgement de tous nos princes français, et de la malheureuse fille de Louis XVIII...

Ce n'est pas tout; ce crime était encore insuffisant.

Un envoyé secret de Buonaparte (et vous frémirez, lorsque dans peu vous le connaîtrez) s'est rendu en Allemagne, a rencontré l'empereur d'Autriche à quelques lieues de Vienne, a obtenu une audience, dans laquelle il a voulu faire valoir le titre d'époux et de père pour que l'archiduchesse Marie-Louise et son fils fussent rendus à Buonaparte. Sur le refus motivé de l'empereur, l'envoyé s'est retiré, et quatre heures après son départ François II a été empoisonné!..... Le contre-poison a été promptement administré, et avec succès, à ce prince malheureux, et c'est alors qu'il a légalement fait dresser l'acte de divorce consenti avec empressement par l'infortunée archiduchesse, et qu'il l'a envoyé au brigand qui vous commande. Il l'a reçu il y a peu de jours.

Ces faits sont exacts et malheureusement certains, Broyez-en l'homme dont le sang a souvent coulé près du vôtre, et dont la loyauté n'a jamais été soupçonnée. Vous connaîtrez dans peu le détail de ces exécrables forfaits.

L'honneur crie vengeance. Qu'à nous il appartienne de sauver le nom français. Rappelons-nous le Roi et nos sermens, l'honneur et la patrie, notre gloire et la postérité, et courons tous nous ranger sous ce drapeau sans tache que nous avons juré de défendre.

Je sais qu'une crainte vous arrête : on veut vous persuader que Louis ne vous recevra que pour vous punir, qu'il ne us reste qu'à vaincre ou à mourir. Eh bien ! braves camarades, je suis autorisé à vous annoncer que le meilleur des Rois nous ouvre les bras d'un père : courons nous y jeter, ne laissons point aux alliés l'honneur de remplir notre devoir en exterminant le tyran féroce qui doit tomber sous le poids de la vengeance nationale; c'est le seul moyen d'éviter l'invasion des armées étrangères, et de montrer à notre Roi, à la patrie, aux sations réunies, que l'honneur et la fidélité sont tou. jours les premières vertus des soldats français.

La cause de la France est-elle liée à celle

de Buonaparte?

On ne cesse de nous répéter que Buonaparte est le seul représentant des intérêts de la révolution. Ce sont là les termes sacramentels avec lesquels de vils follicu. laires naguères déchaînés contre le tyran qui soudoie aujourd'hui leur vénalité, pensent follement venir à bout d'égarer l'opinion publique. Mais qu'ils ne s'y trompent pas, cette révolution, dont ils invoquent sans cesse les principes, nous a ouvert les yeux, et le temps n'est plus où l'on pouvait séduire la multitude à l'aide de quelques mots équivoques ou de quelques phrases vides de sens....... Lę passé et le présent même, malgré la faiblesse et la crainte du tyran, ne nous répondentils pas assez de l'avenir? Un tigre cesse-t il d'être un tigre, parce qu'il est un moment hors d'état de déchirer? Buonaparte est-il changé? A-t-il acheté de la modération et des vertus en achetant les Dumolard et les Benjamin Constant? N'est-ce pas encore le même homme qui die sait': C'est moi qui suis la Nation ? ....... Voulons-nous savoir au juste à quoi peuvent se réduire les droits des citoyens sous un tel homme ?

1°. Liberté civile : Il vient de nous l'imposer dans son acte additionnel. Nous avons une liberté de sa façon, et à laquelle il faut souscrire, sous peine d'être inquiété, persécuté, chassé de ses emplois.

z". Inviolabilité des propriétés : Il se réserve, par sa Constitution, le droit odieuxde confisquer nos biens, droit aboli par Louis XVIII.

3°. Egalité des droits : Nous sommes et nous serons tous également sous ses pieds.

4". Sûreté personnelle : C'est à Vincennes et dans la plaine de Grenelle que doit s'exécuter cet article.

Français! voilà le seul représentant de nos intérêts ! Voilà celui qui vient nous délivrer du despotisme de Louis XVIII! Voilà celui que quelques misérables ont youlu substituer à notre Roi constitutionnel! Français..., écoutez le tyran sophiste qui vous dit, du milieu des baïonnettes : « Vous m'avez désiré et je viens parmi vous. Je consens à vous opprimer, puisque vous voulez que

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