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BULLETIN

DE PARIS.

Nous venons de voir arriver des choses si extraordinaires, si peu vraisemblables, que nos contemporains mêmes auraient de la peine à les croire , sans les désastres qu'ils ont éprouvés, sans les milliers de victimes qu'ils ont vus périr. Quelle a été la cause de tant de malheurs ? L'ambition, la mauvaise foi d'un seul homme. Nous allons essayer d'en consacrer le souvenir, et en racontant des faits qui ont déchiré si cruellement nos cours, nous nous exprimerons avec la modération qu'exige le burin de l'histoire. Nos récits paraîtront d'autant plus croyables , qu'on s'apercevra aisément que la vérité guide notre plume, au milieu de l'agitation, de l'effervescence des esprits, et tout en dévoilant, autant qu'il nous sera possible, les causes qui ont produit des résultats si étranges. Nous devons commencer

par

faire connaître particulièrement le mobile principal de tant : d'événemens imprévus et lamentables, c'est-àdire l'homme qui, à force d'intrigues et d'o

dieux stratagêmes, parvint à usurper le premier trône de l'Europe, et inonda le monde entier d'un déluge de sang.

L'île de Corse était bien loin de se flatter qu’un citoyen obscur, né au milieu de ses rochers , à Ajaccio en 1768, dicterait un jour des lois à la France, à l'Italie et à toute l'Allemagne. C'est cependant ce qui arriva , au grand étonnement de ceux qui ignoraient l'histoire des fondateurs de plusieurs Empires célèbres. Il n'est pas bien sûr que la famille de Napoléon Buonaparte fut distinguée de la classe bourgeoise, quoiqu'il ait été élevé en France, comme bon gentilhomme, dans l'Ecole royale militaire de Brienne, où l'on n'admettait

que

les enfans des nobles peu favorisés des biens de la fortune, qui avaient rendu des services à l'Etat, et qui ayaient l'honneur d'être Français. Buonaparte fut redevable de celte faveur spéciale à la protection du comte de Marbeuf, gouverneur de la Corse, amant favorisé de la dame Lætitia , mère de Napoléon et des nombreux enfans des deux sexes qui ont joué un rôle si brillant. Que cette dame a dû être surprise, quand elle s'esť vue la mère d'un empereur et de trois rois ! elle qui avait à peine de quoi vivre à l'époque où elle fit connaissance avec le comte de Marbeuf, dont les bienfails lui furent extrêmement

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utiles, ainsi qu'à sa famille. Il faut avouer qu'il arrive quelquefois dans le monde des événemens bien bisarres. On prétend qu'à la mort de son illustre amant, la dame Lætitia , forcée à une stricte économie , se retira à Marseille, et que les demoiselles ses filles, devenues depuis princesses, qui avaient sous les yeux un exemple fait

pour les séduire, écoutèrent les soupirs de plus d'un adorateur, et firent applaudir leurs talens dramatiques sur plus d'un théâtre de société. Le père de cette race future et momentanée de souverains et de princesses , décédé avant leur illustration, exerça pendant longtemps la profession d'avocat ou de greffier.

C'est en vain qu'on a cherché le nom de Napoléon dans tous les calendriers anciens et dans les Vies des Saints, on ne l'a trouvé nulle part, excepté dans les Actes des Saints des Bollandistes ; mais ce Napoléon n'était nullement un saint, c'était un fort méchant démon, qui prit plaisir à tourmenter le corps

d'une

pauvre semme pendant cinq ans de suite , et dont elle ne fut délivrée que par l'intercession d'une sainte. (Acta Sanctorum. Avril, tom. III, p. 619, art. 66.) On a dit que le prénom du tyran de la France et de l'Europe était Nicolas ; mais on tient d'un habitant d’Ajaccio, son allié, résidant à Paris , que le véritable prénom de cet homme trop faineux, est Maximilien ; il le changea pour éviter que le peuple ne le comparât à Maximilien Robespierre. Mais il ne put éviter cette comparaison si désagréable pour lui, même en surpassant de beaucoup les cri+ mes de son devancier révolutionnaire. Dès le commencement de son consulat, après le meurtre du jeune et intéressant duc d'EnghienBourbon, une femme célèbre, madamede Staël, le surnomma le Robespierre à cheval.

Le grand homme prétendu ne s'appelait pas même Bonaparte, mais Buonaparte. Il retrancha l’u, pour se rattacher à une illustre famille de ce nom. Lorsqu'il faisait la guerre en Italie, on se permit contre lui, une pasquinade sanglante: on faisait dire à Marforio : Si dice che tutti i nomici sono Ladroni ( On dit que tous les ennemis sont des larrons). Pasquin répondait : Tutti , no, ma Buonaparte ( Tous , non, mais Buonaparte ). On voit qu'on n'avait pas tardé à l'apprécier.

Il fit d'assez bonnes études à l'Ecole Militaire de Brienne, et y annonca dis l'enfance, ce qu'il serait un jour, anbitieux , plein d'amourpropre et voulant toujours dominer; il était souvent en querelle avec ses camarades; il leur proposait des combats, des batailles, et se déclarait le chef d'un des partis : il craignit un

jour d'être obligé de soutenir un siége dans sa chambre, il fit servir sa commode et ses autres meubles, aux fortifications qu'il jugea nécessaires. Lorsque dans des disputes littéraires ou scientifiques, on refusait de se ranger à son opinion, il criait, il s'emportait et devenait furieux. Ses professeurs avaient beaucoup de peine à dompter un tel caractère.

En sorlant de l'école de Brienne, il obtint le grade de lieutenant dans un régiment d'artillerie: on l'a vu à Metz, réduit, par la médiocrité de sa fortune, à vivre avec une extrême so-, briété. Il parvint, on ne sait comment, au grade de Lieutenant-Colonel d'artillerie. La révolution de 1789, lui fit espérer de l'avancement, et il en adopta les dangereux principes, oubliant qu'il devait au monarque français l'éducation qu'il avait reçue. Employé au siège de Toulon, il avait placé sur une hauteur une pièce de canon; Barras, alors membre de la Convention, et qui se piquait de paraître habile dans des choses dont il n'avait aucune idée, ainsi que cela n'arrive que trop souvent à ceux favorisés tout-à-coup de la fortune ordonna canon fût mis dans une position différente : Buonaparte s'approchant avec fierté, lui dit d'un ton ferme : « C'est moi qui ai placé là ce « canon, et il y restera : citoyen Député, chacun

que ce

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