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Paris. - Imp. Viéville et Capiomont, rue des Poitevins, 6.

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G. CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR

13, RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN, 13

1876

Tous droits réservés,

Bele

MÉMOIRES

DE

ODILON BARROT

POLITIQUE DE RÉACTION

LES BURGRAVES. — MODIFICATION DE LA LOI ÉLECTORALE

CONFLITS ENTRE LES DEUX POUVOIRS
TENTATIVE DE RÉVISION. COUP D'ÉTAT

CHAPITRE PREMIER

RÉACTION

Jusqu'ici j'ai eu à raconter les fautes que le parti républicain a pu commettre par haine de la monarchie.

Maintenant j'ai à signaler celles que le parti conservateur a commises à son tour, par haine de la république.

Le renversement de notre ministère est du 28 octobre 1849, le coup d'État du 2 décembre 1851; c'est dans ce court espace de temps que se sont succédé les différentes péripéties du drame politique que je me suis donné la triste mission de reproduire.

On peut distinguer trois phases dans cette série d'événements; dans la première, on voit la majorité et le Président de la République, agissant en parfait accord, pousser à la réaction; dans la seconde, LouisNapoléon, affectant de s'effacer, laisse à la majorité toutes les responsabilités du gouvernement; c'est ce qu'on a appelé dérisoirement le règne des burgraves. Enfin la troisième phase est remplie par la lutte qui s'engage entre les deux grands pouvoirs, désormais sans intermédiaires, lutte qui se termine par le coup d'État.

Sorti du pouvoir et rentré dans les rangs des simples représentants, j'ai plutôt assisté à ces événements que je n'y ai pris une part bien active: sous la monarchie constitutionnelle, les ministres tombés se retrouvaient naturellement au milieu du parti qui les avait portés au pouvoir; il n'en fut pas ainsi pour moi. Le parti avec lequel, depuis le commencement de la République, j'avais combattu et voté, de vaincu qu'il était alors, était devenu vainqueur, et avec sa situation sa politique avait changé; il ne s'agissait plus pour lui de modérer la République, de corriger pacifiquement les vices de la Constitution; enivré par la victoire, il était impatient de l'assurer contre les retours possibles de la démagogie; il dissimulait mal ses tendances vers une restauration monarchique, sans pouvoir toutefois s'entendre sur le caractère et les conditions de cette restauration. De la défense, il était passé à l'agression, et à l'agression sans but déterminé. Ne prévoyant que trop les conséquences de cette nouvelle politique, je ne pouvais m'y associer: ce n'était, de ma part, ni du dépit et encore moins de la colère ; c'était

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