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DONT ON PEUT AIMER DIEU.

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(l'expliquer. J'en attends la force non de moi, mais d'elle-même, établissant la fin de l'amour qu'elle de Dieu, qui se plait à se servir du plus vil et du plus porte à Dieu en su propre commodité, hélas ! elle indigne instrument. Ma doctrine ne doit point être commettroit un extrême sacrilége.... L'ame qui ma doctrine, mais celle de Jésus-Christ, qui envoie n'aime Dieu que pour l'amour d'elle-même , elle les pasteurs. Malheur à moi si je disois quelque s'aime comme elle devroil aimer Dieu ; el elle aime chose de moi-même! Malheur à moi si, dans la fonc- Dieu comme elle devroil s'aimer elle-même. C'est tion d'instruire les autres, je n'étois moi-même le plus docile et le plus soumis des enfants de l'Eglise la fin pour laquelle j'aime Dieu; en sorte que l'a

comme qui diroit : L'amour que je me porte est catholique, apostolique et romaine! Je commencerai l'exécution de ce plan par une

mour de Dieu soit dépendant, subalterne , et inexposition simple des divers sens qu'on peut donner férieur à l'amour-propre.... Ce qui est une imau nom d'amour de Dieu , pourfaire entendre nelle piété non pareille. ment et précisément l'état des questions en cette

5. On peut aimer Dieu d'un amour qu'on nomme matière ; après quoi le lecteur trouvera mes articles d'espérance. Il n'est pas entièrement intéressé , qui approuvent le vrai et condamnent le faux sur car il est mélangé d'un commencement d'amour chaque point des voies intérieures.

de Dieu pour lui-même. Mais le motif de notre propre intérêt est son motif principal et dominant.

Saint François de Sales parle ainsi de cet amour': EXPOSITION

Je ne dis pas toutefois qu'il revienne tellement à

nous , qu'il nous fasse aimer Dieu seulement pour DES DIVERS AMOURS

l'amour de nous.... Il y a bien de la différence entre cette parole, J'aime Dieu pour le bien que j'en atlends ; et celle-ci, Je n'aime Dieu que pour

le bien que j'en attends. Cet amour d'espérance 1. On peut aimer Dieu, nou pour lui, mais est nommé tel, parce que le motif de l'intérêt propour les biens distingués de lui, qui dépendent pre y est encore dominant : c'est un commencede sa puissance, et qu'on espère en obtenir. Tel ment de conversion à Dieu, mais ce n'est pas en

, étoit l'amour des Juifs charnels , qui observoient core la véritable justice. C'est de cet amonr d’esla loi , pour être récompensés par la rosée du ciel pérance dont saint François de Sales a parlé ainsia: et par la fertilité de la terre. Cet amour n'est ni Le souverain amour n'est qu'en la charité ; mais chaste ni filial , mais purement servile. A parler en l'espérance l'amour est imparfait, parce qu'il exactement, ce n'est pas aimer Dieu; c'est s'aimerne tend pas en la bonté infinie, en tant qu'elle est soi-même, et rechercher uniquement pour soi, telle en elle-même , ainsi en tant qu'elle nous est

non Dieu , mais ce qui vient de lui.

telle.... Quoiqu'en vérité nul par ce seul amour 2. On peut , quand on a la foi, n'avoir aucun ne puisse ni observer les commandements de Dieu , degré de charité. On sait que Dieu est notre uni

ni avoir la vie éternelle. que béatitude , c'est-à-dire le senl objet dont la 4. Il y a un amour de charité qui est encore vue peut nous rendre bienheureux, Si en cet état mélangé de quelque reste d'intérêt propre, mais on aimoit Di u comme le seul instrument propre

qui est le véritable amour justifiant, parce le moà notre bonheur , et par l'impuissance de trouver

tif désintéressé y domine. C'est celui dont saint notre bonheur en aucun autre objet; si on regar- François de Sales parle dans l'endroit ci-dessus doit Dieu comme un moyen de félicité, qu'on rap- rapporté : Le souverain amour n'est qu'en la chaporteroit uniquement à soi, comme fin dernière, cet rité. Cet amour cherche Dieu pour lui-même, amour seroit plutôt un amour de foi qu'un amour

le préfère à tout sans aucune exception. de Dieu : du moins il seroit contraire à l'ordre; car

Ce n'est que par cette préférence qu'il est capail rapporteroit Dieu en le regardant comme objet ble de nous justifier. Il ne préfère pas moins Dieu ou instrument de notre félicité à nous et à notre fé-et sa gloire à nous et à nos intérêts , qu'à loules licité propre. Quoique cet amour ne nous fit point les créatures qui sont hors de nous. En voici la raichercher d'autre récompense que Dieu seul, il son : c'est que nous ne sommes pas moins des créaroit néanmoins purement mercenaire , et de pure tures viles, et indignes d'entrer en comparaison concupiscence. L'ame, comme dit saint François avec Dieu, que le reste des étres crées. Dieu, qui de Sales', qui n'aimeroit Dieu que pour l'amour

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1 Amour de Dicu, liv. 2, chap. 17. · Amour de Dieu , liv. 2, chap. 17.

Tbil.

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ne nous a pas faits pour les autres créatures , ne On n'aime plus Dieu, ni pour le mérito, ni

pour nous a point faits non plus pour nous-mêmes, mais la perfection, ni pour le bonheur qu'on doit troupour lui seul.

ver en l’aimant. On l'aimeroit autant, quand mê. Il n'est pas moins jaloux de nous que des au- me, par supposition impossible, il devroit ignorer tres objets extérieurs que nous pouvons aimer. A qu'on l'aime , ou qu'il voudroit rendre éternelleproprement parler , l'unique chose dont il est ja- ment malheureux ceux qui l'auroient aimé. On loux en nous, c'est nous-mêmes ; car il voit claire- l'aime néanmoins comme souveraine et infaillible ment que c'est nous-mêmes que nous sommes ten- béatitude de ceux qui lui sont fidèles; on l'aime lés d'aimer dans la jouissance de tous les objets comme notre bien personnel, comme notre réextérieurs. Il est incapable de se tromper dans sa compense promise, comme notre tout. Mais on ne jalousie. C'est l'amour de nous-mêmes auquel se l'aime plus par ce motif précis de notre bonheur, réduisent toutes nos affections. Tout ce qui ne vient et de notre récompense propre. C'est ce que saint pas du principe de la charité, comme saint Augus- François de Sales a exprimé avec la plus exacte tin le dit si souvent, vient de la cupidité. Ainsi c'est précision, par ces paroles' : C'est chose bien dicet amour, unique racine de tous les vices, que la verse de dire, J'aime Dieu pour moi; et de dire, jalousie de Dieu altaque précisément en nous. Tan- J'aime Dieu pour l'amour de moi.... L'une est dis que nous n'avons encore qu'un amour d'espé- une sainte affection de l'épouse..... l'autre est rance, où l'intérêt propre domine sur l'intérêt de la une impiété, etc. Il parle encore ainsi ailleurs : gloire de Dieu, une ame n'est point encore juste. La pureté de l'amour consiste à ne vouloir rien Mais quand l'amour désintéressé ou de charité com- pour soi, à n'envisager que le bon plaisir de Dieu, mence à prévaloir sur le motif de l'intérêt propre, pour lequel on seroit prêt à préférer les peines alors l'ame qui aime Dieu est véritablement aimée éternelles à la gloire. L'ame désintéressée dans la de lui. Cette charité véritable n'est pourtant pas en- pure charité altend, desire, espère Dieu, comme core toute pure, c'est-à-dire sans aucun mélange: son bien, comme sa récompense , comme ce qui mais l'amour de charité prévalant sur le motif lui est promis, et qui est tout pour elle. Elle le intéressé de l'espérance, on nomme cet état un état veut pour soi, mais non pour l'amour de soi. Elle de charité. L'ame aime alors Dieu pour lui et pour le veut pour soi, afin de se conformer au bon soi ; mais en sorte qu'elle aime principalement la plaisir de Dieu , qui le veut pour elle. Mais elle gloire de Dieu , et qu'elle n'y cherche son bonheur ne le veut point pour l'amour de soi, parce que propre que comme un moyen qu'elle rapporte ce n'est plus le motif de son propre intérêt qui et qu'elle subordonne à la fin dernière, qui est la l’excite. gloire de son créateur. Il n'est pas nécessaire que Tel est le pur et parfait amour, qui fait les mêcelle préférence de Dieu ei de sa gloire , à nous et mes actes de toutes les mêmes vertus que l'amour à nos intérêts, soit toujours explicite dans l'ame mélangé; avec celte unique différence, qu'il juste. La foi nous assure que la gloire de Dieu et chasse la crainte aussi bien que loutes les inquiénotre félicité sont inséparables. Il suffit que cette tudes, et qu'il est même exempt des empressepréférence si juste et si nécessaire soit réelle, mais ments de l'amour intéressé. implicite

, pour les occasions communes de la vie. Au reste , je déclare que pour éviter toute équiIl n'est nécessaire qu'elle devienne explicite que voque dans une matière où il est si dangereux dans les occasions extraordinaires , où Dieu vou- d'en faire, et si difficile de n'en faire aucune , j'obdroit nous éprouver pour nous purifier. Alors il serverai toujours exactement les noms que je vais nous donneroit, à proportion de l'épreuve , la lu- donner à ces cinq sortes d'amour, pour les mieux mière et le courage pour la porter , et pour déve- distinguer. Jopper dans nos cæurs cette préférence. Hors de 1° L'amour des Juifs charnels, pour les dons de là il seroit dangereux de la chercher scrupuleuse- Dieu distingués de lui, et non pour lui-même, ment dans le fond de nos cours.

peut être nommé l'amour purement servile. Mais 5. On peut aimer Dieu d'un amour qui est une comme nous n'aurons aucun besoin d'en parler, charité pure , et sans aucun mélange du motif de je n'en dirai rien dans cet ouvrage. l'intérêt propre. Alors on aime Dieu au milieu des 2° L'amour par lequel l'on n'aime Dieu que peines, de manière qu'on ne l'aimeroit pas da- comme le moyen ou l'instrument unique de félivantage, quand même il combleroit l'ame de con- cité, que l'on rapporle absolument à soi, comme solation. Ni la crainte des châtiments, ni le desir des récompenses, n'ont plus de part à cel amour. 'Amour de Dieu , liv. 2, chap. 17.

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fin dernière, peut être nommé l'amour de pure dents pour connoître où est le véritable bien : mais concupiscence.

il est contre l'ordre essentiel de la créature , et il 3° L'amour, dans lequel le motif de notre pro- ne peut être un commencement réel de véritable pre bonheur prévaut encore sur celui de la gloire justice intérieure. Au contraire, l'amour de préféde Dieu, est nommé l'amour d'espérance. rence, quoique intéressé, peut justifier une ame,

4° L'amour où la charité est encore mélangée pourvu que l'intérêt propre y soit rapporté et subd'un motif d'intérêt propre, rapporté et subor. ordonné à l'amour de Dieu dominant, et que sa donné au motif principal, et à la fin dernière, qui gloire soit la fin principale; en sorte que nous ne est la pure gloire de Dieu , devroit être nommé préférions pas moins sincèrement Dieu à nous. l'amour de charité mélangée. Mais comme nous mêmes qu'à tout le reste des créatures. Celle aurons besoin à tout moment d'opposer cet amour préférence ne doit pas néanmoins être toujours à celui qu'on appelle pur ou entièrement désinté- explicite, pourvu qu'elle soit réelle; car Dieu, qui ressé, je serai obligé de donner à cet amour méconnoît la boue dont il nous a pétris, et qui a pitié langé le nom d'amour intéressé , parce qu'en effet de ses enfants, ne leur demande une préférence il est encore mélangé d'un reste d'intérêt propre, distincte et développée que dans les cas où il quoiqu'il soit un amour de préférence de Dieu à leur donne par sa grace le courage de porter les soi.

épreuves où cette préférence a besoin d'être ex5° L'amour pour Dieu seul, considéré en lui- plicite. inême et sans aucun mélange de motif intéressé, Parler ainsi, c'est parler sans s'éloigner en rien ni de crainte ni d'espérance, est le pur amour, ou de la doctrine du saint concile de Trente, qui a la parfaite charité.

déclaré contre les protestants que l'amour de préférence, dans lequel le motif de la gloire de

Dieu est le motif principal, auquel celui de notre ARTICLES.

intérêt propre est rapporté et subordonné, n'est point un péché. Il condamne' ceux qui assurent que les justes pèchent dans toutes leurs æuvres,

si, outre le desir principal que Dieu soit glorifié, ARTICLE I. VRAI.

ils envisagent aussi la récompense éternelle, pour L'amour de pure concupiscence, ou entière exciter leur paresse, et pour s'encourager à coument mercenaire, par lequel on ne desireroit que rir dans la carrière. C'est parler comme saint Dieu, mais Dieu pour le seul intérêt de son pro-François de Sales, et comme toute l'école suivie pre bonheur, et parce qu'on croiroit trouver en par les mystiques. lui le seul instrument propre à notre félicité, seroit un amour indigne de Dieu. On l'aimeroit

ARTICLE I. FAUX. comme un avare aime son argent, ou comme

Tout amour intéressé, ou mélangé d'intérêt un voluptueux aime ce qui fait son plaisir ; propre sur notre bonheur éternel, quoique rapen sorte qu’on rapporteroit uniquement Dieu à porté et subordonné au motif principal de la gloire soi, comme le moyen à la fin. Ce renversement de de Dieu, est un amour indigne de lui, dont les ames l'ordre seroit, suivant saint François de Sales ', ont besoin de se purifier, comme d'une véritable un amour sacrilége, et une impiélé non pareille. souillure ou péché. On ne peut pas même se servir Mais cet amour de pure concupiscence, ou entiè- de l'amour de pure concupiscence, ou purement rement mercenaire, ne doit jamais être confondu mercenaire , pour préparer les ames pécheresses avec l'amour que les théologiens nomment de pré- à leur conversion, en suspendant par-là leurs férence, qui est un amour de Dieu mélangé de

passions et leurs habitudes, pour les mettre en notre intérêt propre, et dans lequel notre propre état d'écouter tranquillement les paroles de la intérêt se trouve toujours subordonné à la fin prin- foi. cipale, qui est la gloire de Dieu. L'amour de pure

Parler ainsi, c'est contredire la décision formelle concupiscence, ou purement mercenaire, est plu- du saint concile deTrente, qui déclareque l'amour tôt un amour de soi-même qu'un amour de Dieu. mélangé, où le motif de la gloire de Dieu domine , Il peut bien préparer à la justice, en ce qu'il fait n'est point un péché. De plus, c'est contredire le contre-poids de nos passions, et nous rend pru- l'expérience de tous les saints pasteurs, qui voient

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souvent les conversions solides préparées par l'a- | chaste qui demeure au siècle des siècles. De mour de concupiscence, et par la crainte purement même, l'espérance, loin de se perdre, se perfecservile.

tionne par la pureté de l'amour. Alors c'est un ARTICLE II.

desir réel et une attente sincère de l'accomplisseVRAI.

ment des promesses, non-seulement en général et Il y a trois divers degrés, ou trois états habi- d'une manière absolue, mais encore de l'accomplisluels de justes sur la terre. Les premiers ont un sement des promesses en nous et pour nous, suivant amour de préférence pour Dieu , puisqu'ils sont le bon plaisir de Dieu; mais par ce motif unique de justes ; mais cet amour, quoique principal et do- son bon plaisir, sans y mêler celui de notre intérêt minant, est encore mélangé de crainte pour leur propre. Ce pur amour ne se contente pas de ne vouintérêt propre. Les seconds sont, à plus forte rai- loir point de récompense qui ne soit Dieu même. son, dans un amour de préférence : mais cet Tout mercenaire purement mercenaire, qui auroit amour, quoique principal et dominant, est encore

une foi distincte des vérités révélées, pourroit ne mélangé d'espérance pour leur intérêt, en tant vouloir point d'autre récompense que Dieu seul, que propre. C'est pourquoi saint François de Sales parce qu'il le connoîtroit clairement comme un bien dit que la sainte résignation a encore des desirs infini, et comme étant lui seul sa véritable récompropres, mais soumis. Ces deux amours sont pense, ou l'unique instrument de sa félicité. Ce renfermés dans le quatrième, que j'ai appelé mercenaire ne voudroit dans la vie future que amour intéressé dans mes définitions ?.

Dieu seul; mais il voudroit Dieu comme béatitude Les troisièmes, incomparablement plus parfaits objective ou objet de sa beatitude, pour le rapque les deux autres sortes de justes, ont un amour porter à sa béatitude formelle, c'est-à-dire à soipleinement désintéressé, qui a été nommé pur; même, qu'il voudroit rendre bienheureux, et dont pour faire entendre qu'il est sans mélange d'aucun il feroit sa dernière fin. Au contraire, celui qui autre motif que celni d'aimer uniquement en elle- aime du pur amour, sans aucun mélange d'intérêt même et pour elle-même la souverainc beauté de propre, n'est plus excité par le motif de son intéDieu. C'est ce que tous les anciens ont exprimé rêt. Il ne veut la beatitude pour soi qu'à cause en disant qu'il y a trois états : le premier est des qu'il sait que Dieu la veut, et qu'il veut que chajustes qui craignent encore, par un reste d'esprit cun de nous la veuille pour sa gloire. Si, par un d'esclavage. Le second est de ceux qui espèrent cas qui est impossible à cause des promesses puencore pour leur propre intérêt, par un reste d'es- rement gratuites, Dieu vouloit anéantir les ames prit mercenaire. Le troisième est de ceux qui mé- des justes au moment de leur mort corporelle, ou ritent d'être nommés les enfants, parce qu'ils ai- bien les priver de sa vue, et les tenir éternellement le Père sans aucun motif intéressé, ni d'es- ment dans les tentations et les misères de cette pérance ni de craiule. C'est ce que les auteurs vie, comme saint Augustin le suppose, ou bien leur des derniers siècles ont exprimé précisément de faire souffrir loin de lui toutes les peines de l'enfer même sous d'autres noms équivalents. Ils ont fait pendant toute l'éternité, comme saint Chrysostome trois états : le premier est la vie purgative, où l'on le suppose après saint Clément; les ames qui sont

:: combat les vices par un amour mélangé d'un mo

dans ce troisième état du pur amour ne l'aimetif intéressé de crainte sur les peines éternelles. roient ni ne le serviroient pas avec moins de fidéLe second est la vie illuminative, où l'on acquiert lité. Encore une fois, il est vrai que cette supposiles vertus ferventes par un amour encore mélan- tion est impossible à cause des promesses, parce gé d'un motif intéressé pour la beatitude céleste. que Dieu s'est donné à nous comme rémunéraEnfin, le troisième est la vie contemplative, outeur : nous ne pouvons plus séparer notre béatiunitive, dans laquelle on demeure uni à Dieu par tude de Dieu aimé avec la persévérance finale: l'exercice paisible du pur amour. Dans ce dernier mais les choses qui ne peuvent être séparées du elat on ne perd jamais, ni la crainte filiale, ni côté de l'objet peuvent l'être très réellement du l'espérance des enfants de Dieu, quoiqu'on perde côté des motifs. Dieu ne peut manquer d'être la tout motif intéressé de crainte et d'espérance.

béatitude de l'ame fidèle; mais elle peut l'aimer La crainte se perfectionne en se purifiant; elle

avec un tel désintéressement, que cette vue de devient une délicatesse de l'amour, et une révé- Dieu béatifiant n'augmente en rien l'amour qu'elle rence filiale qui est paisible. Alors c'est la crainte a pour lui sans penser à soi, et qu'elle l'aimeroit

tout autant s'il ne devoit jamais être sa béatitude. Amour de Diru.liv. 9. · Voyez pag. 7.

Dire que celle précision de motifs est une vaine

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subtilité, ce seroit ignorer la jalousie de Dieu et amour chimérique, détruire l'amour même. C'est celle des saints contre eux-mêmes : c'est traiter de éteindre le christianisme dans les caurs. vaine subtilité la délicatesse et la perfection du pur amour, que la tradition de tous les siècles a

ARTICLE III. VRAI. mís dans cette précision de motifs. Parler ainsi, c'est parler précisément comme

Il faut laisser les amies dans l'exercice de l'aloute la tradition générale du christianisme , de- mour , qui est encore mélangé du motif de leur puis les plus anciens Pères jusqu'à saint Bernard, intérêt propre ', tout autant de temps que l'attrait comme tous les plus célèbres docteurs de l'école, de la grace les y laisse. Il faut même révérer ces depuis saint Thomas jusqu'à ceux de notre siècle ; motifs qui sont répandus dans tous les livres de enfin comme tous les mystiques canonisés ou ap- l'écriture sainte, dans tous les monuments les prouvés de toute l'Église, malgré les contradic- plus précieux de la tradition, enfin dans toutes tions qu'ils ont souffertes; il n'y a rien dans l'É- les prières de l'Église. Il faut se servir de ces moglise de plus évident que cette tradition, et rien tifs pour réprimer les passions, pour affermir ne seroit plus téméraire que de la combattre, ou

toutes les vertus, et pour détacher les ames de tout de la vouloir éluder. Cette supposition du cas im- ce qui est renfermé dans la vie présente. possible dont nous venons de parler , loin d'etre cet amour , quoique moins parfait que celui une supposition indiscrète et dangereuse des der- qui est pleinement désintéressé, a fait néanmoins niers mystiques , est au contraire formellement dans tous les siècles un grand nombre de saints ; dans saint Clément d'Alexandrie, dans Cassien, et la plupart des saintes ames ne parviennent jadans saint Chrysostome, dans saint Grégoire de mais en cette vie jusqu'au parfait désintéresse Nazianze, dans saint Anselme et dans saint Au

ment de l'amour; c'est les troubler et les jeter gustin , qu’un très grand nombre de saints ont dans la tentation, que de leur ôter les motifs d'insuivi.

térêt propre, qui, étant subordonnés à l'amour,

les soutiennent et les animent dans les occasions ARTICLE II. FAUX.

dangereuses. Il est inutile et indiscret de leur pro

poser un amour plus élevé auquel elles ne peuvent Il y a un amour si pur, qu'il ne veut plus la atteindre, parce qu'elles n'en ont ni la lumière l'écompense, qui est Dieu même. Il ne la veut intérieure ni l'attrait de grace. Celles mêmes qui plus en soi et pour soi, quoique la foi nous en- commencent à en avoir ou la lumière ou l'attrait seigne que Dieu la veut en nous et pour nous, sont encore infiniment éloignées d'en avoir la réaet qu'il nous commande de la vouloir comme lui lité. Enfin celles qui en ont la réalité imparfaite pour sa gloire.

sont encore bien loin d'en avoir l'exercice uniCet amour porte son désintéressement jusqu'à forme , et tourné en état labituel. consentir de baïr Dieu éternellement, ou de ces

Ce qui est essentiel dans la direction, est de ne ser de l'aimer; ou bien il va jusqu'à perdre la faire que suivre pas à pas la grace avec une pacrainte filiale, qui n'est que la délicatesse de l'a- tience, une précaution et une délicatesse infinies. mour jaloux; ou bien il va jusqu'à éteindre en Il faut se borner à laisser faire Dieu, et ne porter nous toute espérance, en tant que l'espérance la jamais au pur amour que quand Dieu, par l’oncplus pure est un desir paisible de recevoir, en nous

lion intérienre, commence à ouvrir le ceur à cette et pour nous, l'effet des promesses selon le bon parole, qui est si dure aux ames encore attachées plaisir de Dieu et pour sa pure gloire, sans aucun à elles-mêmes, et si capable ou de les scandaliser, mélange d'intérêt propre; ou bien il va jusqu'à ou de les jeter dans le trouble. Encore même ne nous haïr nous-mêmes d'une haine réelle, en faut-il jamais ôter à une ame le soutien des motifs sorte que nous cessons d'aimer en nous pour Dieu intéressés, quand on commence, suivant l'attrait son @uvre et son image, comme nous l'aimons de sa grace, à lui montrer le pur amour. Il suffit par charité en notre prochain.

de lui faire voir en certaines occasions combien Parler ainsi, c'est donner, par un terrible blas- Dieu est aimable en lui-même, sans la détourner phème, le nom de pur amour à un désespoir jamais de recourir au soutien de l'amour mélangé. brutal et impie, et à la haine de l'ouvrage du Parler ainsi , c'est parler comme l'esprit de créateur. C'est, par une extravagance monstrueu- grace et l'expérience des voies intérieures feront se, vouloir que le principe de conformité à Dieu * nous rende contraires à lui. C'est vouloir, par un Quatriime (mmour. Voyez pag. 7.

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