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Polissard (Philibert-Antoine), propriétaire, domicilié à

SÉNAT CONSERVATEUR.
Marcigny

PRÉSIDENCE DE M. LE COMTE GARNIER.
Département de la Sarthe.

Séance du 14 novembre 1810.
Barrin de la Gallissonnière (Augustin-Félix-Elisabeth),

M. Je Président donne lecture de la lettre propriétaire, domicilié à Parcé. De Tascher (Philibert-Louis-Alexandre), propriétaire,

suivante : domicilié au Mans. Hardouin (Julien-Pierre-Jean), membre sortant du

Lettre de Sa MAJESTÉ IMPERIALE ET ROYALE au Corps législatif.

président du Sénat. De Musset (Louis-Alexandre-Marie), membre du con

Monsieur le comte Garnier, président du Sénat, seil général du département.

la satisfaction que nous fait éprouver l'heureuse Département de la Seine-Inférieure.

grossesse de l'IMPERATRICE, notre très-chère et bienDe Canouville (Antoine-Alexandre- Marie-François),

aimée épouse, nous porte à vous écrire cette lettre maire de Riboeuf.

pour que vous fassiez part, en notre nom, au Le chevalier Lezurier de la Martel (Louis-Geneviève), Sénat, de cet événement aussi essentiel à notre négociant à Rouen.

bonheur qu'à l'intérêt et à la politique de notre ennĂroux (Michel-Jean-Baptiste-Jacques), membre sortant pire. La présente n'étant à autre fin, nous prions du Corps législatif.

Dieu qu'il vous ait, Monsieur le comte Garnier, Dalleaume (Pierre-Barthélemy-François), membre sor

président du Sénat, en sa sainte et digne garde. tant du Corps législatif. Hébert (Louis-Constant-François-Jean), membre sor

Ecrit à Fontainebleau, le 12 novembre 1810. tant du Corps législatif.

Signé NAPOLÉON. Faure (Guillaume-Stanislas), sous-préfet du Havre.

Par l'Empereur,

Le ministre secrétaire d'État,
Département de Seine-et-Vise.

Signé H.-B. DUC DE BASSANO.
Le baron Dastorg (Jacques-Pierre-Prothade), membre
du conseil général du département.
Haquin (Honoré. Alexandre), général de division.

SÉNAT CONSERVATEUR.
Goulard Jean-François-Thomas), administrateur gé-

PRÉSIDENCE DE M. LE COMTE GARNIER. néral des domaines de la couronne en deçà des Alpes. Duchesne de Gillevoisin (Antoine-Charles-Nic.), pro

Séance du 16 novembre 1810. priétaire, domicilié à Chamarando.

Le Sénat conservateur, réuni au nombre de Les candidats élus sont, à mesure des élections, pro

membres prescrit par l'article 90 des constitutions, clamés par le vice-grand électeur président, membres

du 13 décembre 1799; du Corps législatif pour les départements de la cinquième série auxquels ils appartiennent.

Délibérant sur la communication qui lui a été Le Sénat arrête qu'il sera fait un

message à donnée par M. le président du Sénat, dans la S. M. L'EMPEREUR ET Roi, pour lui donner connaissance séance du 14 de ce mois, d'une lettre close de de ces nominations, lesquelles seront pareillement noti- S. M. L'EMPEREUR ET Roi, relative à l'heureuse fiées au Corps législatif, lors de sa prochaine session.

grossesse de S. M. L'IMPÉRATRICE ;
Les président et secrétaires :

Apris avoir entendu le rapport de sa commis-
Signé CHARLES-MAURICE.
FR. JAUCOURT et CORNET.

sion spéciale de sept membres nommés dans la Vu'et scellé.

même séance, Le chancelier du Sénat ,

Arrête qu'il sera fait à S. M. L'EMPEREUR ET Roi Signe Comte LAPLACE.

l'adresse dont la teneur suit :

Sire,
SÉNAT CONSERVATEUR.

« Le Sénat a entendu avec l'émotion la plus vila, PRÉSIDENCE DE S. EXC. LE COMTE GARNIER.

la lecture de la lettre de VOTRE MAJESTÉ IMPÉRIALE Séance du 2 octobre 1810.

ET ROYALE.

« La France voit s'accomplir le veu qu'elle avait M. le Président. J'ai l'honneur de communi

formé, et, ne cessant d'admirer les destinées du quer au Sénat le décret impérial suivant :

plus grand des monarques, elle se plaît à contemNAPOLÉON, EMPEREUR DES FRANÇAIS, Roi d'I

pler l'étoile brillante de NAPOLÉON éclairant un TALIE, PROTECTEUR DE LA CONFÉDÉRATION DU RHIN, berceau qu'entourent les lauriers de la gloire MÉDIATEUR DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE, ETC.; et les palmes des vertus.

Vu le message du Sénat en date du 28 septembre « Combien de fois, Sire, nous avons présenté au dernier, portant présentation des comtes Chaptal premier des héros l'hommage et l'admiration du de Chanteloup, Porcher de Richebourg et Cornet,

grand peuple! Nous offrons aujourd'hui au père comme candidats à la place de trésorier du Sénat,

de la patrie les væux de ce peuple heureux de vacante par l'expiration de six années de fonctions

votre bonheur, heureux de ses espérances, heudu sénateur Chaptal, comte de Chanteloup, qui reux de tout ce que lui inspire l'auguste prinen avait été pourvu le 14 octobre 1804 ;

cesse qu'il chérit et

pour

elle et pour vous. » Vu l'article 9 des l'acte de constitutions de l'em

Les président et secrétaires : pire, en date du 4 janvier 1803,

Signé GARNIER CORNET, JAUCOURT. Nous avons nommé et nommons le sénateur

Vu et scellé. Chaptal, comte de Chanteloup, à la place de tré

Le chancelier du Sénat, sorier du Sénat.

Signé Comte LAPLACE. Le présent décret sera transmis par un message au Sénat conservateur.

SÉNAT CONSERVATEUR. Donné en notre palais impérial de Fontainebleau, le 2 octobre 1810.

PRÉSIDENCE DE S. A. S. LE PRINCE ARCHICHANCELIER
Signé NAPOLÉON.

DE L'EMPIRE (CAMBACÉRÈS.)
Par l'Empereur,

Séance du 10 décembre 1810.
Le ministre secrétaire d'Etat,

La séance est ouverte à trois heures après-midi,
Signe H.-B. DUC DE BASSANO. sous la présidence de S. A.S. le prince archichan-

celier de l'empire.

LL. EExc. le duc de Cadore, ministre des site cet immense empire, sans demander à mes relations extérieures, le comte Regnaud de Saint- peuples de nouveaux sacrifices. » Jean-d'Angély, ministre d'Etat, et M. le comte « Au palais des Tuileries, le 10 décembre 1810. Caffarelli, conseiller d'Etat, sont introduits.

« Signé NAPOLEON. S. A. S. le prince archichancelier, prési- « Par l'Empereur, dent, fait donner lecture des messages suivants :

Signé H.-B. DUC DE BASSANO. » Au Palais des Tuileries, le 29 novembre 1810.

Après la lecture de ce message, s. Exc. le

duc de Cadore ministre des relations extéNAPOLÉON, EMPEREUR DES FRANÇAIS, ROI D'I

rieures, donne communication du rapport suivant: TALIE, PROTECTEUR DE LA CONFÉDÉRATION DU Rhin, MÉDIATEUR DE LA CONFEDERATION SUISSE, ETC.; Rapport du ministre des relations extérieures à Conformément à l'article 5 du sénatus-consulte

S. M. l'Empereur et Roi. du 4 janvier 1803, et sur la présentation faite SIRE, par le message du Sénat, en date de ce jour, de

VOTRE MAJESTÉ a élevé la France au plus haut MM. les sénateurs comtes Férino, de Jaucourt et Cornet, comme candidats pour la sénatorerie de

point de grandeur. Les victoires obtenues sur

cinq coalitions successives, toutes fomentées Florence, vacante par la translation de M. le comte

par l'Angleterre, ont amené ces résultats; et l'on Beurnonville à celle de Limoges,

peut dire que la gloire, la puissance du grand Nomme à la sénatorerie de Florence le sénateur

empire, nous les devons à l'Angleterre. comte Férino. Signé NAPOLÉON.

Dans toutes les occasions, VOTRE MAJESTÉ a offert Par l’Empereur,

la paix ; et sans chercher si elle serait plus avanLe ministre secrétaire d'Etat.

tageuse que la guerre, vous n'envisagiez, Sire,

que le bonheur de la génération présente; et Signé H.-B. DUC DE BASSANO.

vous vous montriez toujours prêt à lui sacrifier Deuxième Message de SA MAJESTÉ IMPÉRIALE ET

les chances les plus heureuses de l'avenir. ROYALE.

C'est ainsi que les paix de Campo-Formio, de

Lunéville et d'Amiens, et postérieurement celles « SÉNATEURS,

de Presbourg, de Tilsitt et de Vienne, ont été con« J'ordonne à mon ministre des relations exté- clues; c'est ainsi que cinq fois VOTRE MAJESTÉ a rieures de vous faire connaitre les différentes fait à la paix le sacrifice de la plus grande partie circonstances qui nécessitent la réunion de la de ses conquêtes. Plus jalouse d'illustrer son règne Hollande à l'empire.

par la felicité publique, que d'étendre la domi« Les arrêts publiés par le conseil britanique nation de son empire, VOTRE MAJESTÉ mettait des en 1806 et 1807, ont déchiré le droit public de limites à sa propre grandeur, tandis que l'Anglel'Europe. Un nouvel ordre de choses régit l'uni- terre, rallumant sans cesse le flambeau de la vers. De nouvelles garanties m'étant devenues guerre, semblait conspirer contre ses alliés et nécessaires, la réunion des embouchures de l'Es- contre elle-mêm , pour former cet empire, le plus caut, de la Meuse, du Rhin, de l'Ems, du Weser grand qui ait existe depuis vingt siècles. et de l'Elbe à l'empire, l'établissement d'une na- A la paix de 1783, la puissance de la France vigation intérieure avec la Baltique, m'ont paru était forte du pacte de famille qui liait étroiteêtre les premières et les plus importantes. ment à sa politique l'Espagne et Naples.

« J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera A l'époque de la paix d'Amiens, les forces resexécuté avant cinq ans, et qui joindra la Bal- pectives de trois grandes puissances s'étaient tique à la Seine.

accrues de douze millions d'habitants de la Po« Des indemnités seront données aux princes logne. Les maisons de France et d'Espagne étaient qui pourront se trouver froissés par cette grande essentiellement ennemies, et les peuples de ces mesure, que commande la nécessité et qui appuie Etats se trouvaient plus que jamais éloignés par sur la Baltique la droite des frontières de mon leurs mæurs. Une des grandes puissances contiempire.

nentales avait moins perdu de force par la réuAvant de prendre ces déterminations, j'ai fait nion de la Belgique à la France, qu'elle n'en avait pressentir l'Angleterre; elle a su que le seul moyen acquis par la possession de Venise : et les sécude maintenir l'indépendance de la Hollande était larisations du corps germanique avaient encore de rapporter ses arrêts du conseil de 1806 et 1807, ajouté à la puissance de nos rivaux. ou de revenir enfin à des sentiments pacifiques. Ainsi, la France, après le traité d'Ainiens, avait Mais cette puissance a été sourde à la voix de ses une force relative moindre qu'à la paix de 1783, intérêts comme au cri de l'Europe.

et bien inférieure à celle à laquelle les victoires « J'espérais pouvoir établir un cartel d'échange obtenues pendant les guerres des deux premières des prisonniers entre la France et l'Angleterre, et coalitions lui donnaient le droit de prétendre. par suite profiter du séjour des deux commis- Cependant, à peine ce traité fut-il conclu, que saires à Paris et à Londres, pour arriver à un la jalousie de l'Angleterre se montra vivement rapprochement entre les deux nations. Mes es- excitée. Elle s'alarına de la richesse et de la prospérances ont été déçues. Je n'ai reconnu dans la périté intérieure toujours croissante de la France, manière de négocier du gouvernement anglais et elle espera qu'une troisième coalition arrachequ'astuce et que mauvaise foi.

rait à votre couronne la Belgique, les provinces « La réunion du Valais est une conséquence du Rhin et l'Italie. La paix d'Amiens fut violée. prévue des immenses travaux que je fais faire Une troisième coalition se forma: trois mois après depuis dix ans dans cette partie des Alpes. Lors elle fut dissoute par le traité de Presbourg. de mon acte de médiation, je séparai le Valais de L'Angleterre vit toutes ses espérances trompées. la Confédération helvétique, prévoyant dès lors Venise, la Dalmatie, l'Istrie, toutes les côtes de une mesure si utile à la France et à l'Italie. l'Adriatique et celles du royaume de Naples pas

« Tant que la guerre durera avec l'Angleterre, sèrent sous la domination française. Le corps le peuple français ne doit pas poser les armes. germanique, établi sur des principes contraires à

« Mes finances sont dans l'état le plus prospère. ceux qui ont fondé l'empire francais , s'écroula, Je puis fournir à toutes les dépenses que neces- et le système de la confédération du Rhin fit des

alliés intimes et nécessaires des mêmes peuples qui, dans les deux premières coalitions, avaient marché contre la France, et les unit indissolublement à elle par des intérêts communs.

La paix d'Amiens devint alors en Angleterre l'objet des regrets de tous les hommes d'Etat. Les nouvelles acquisitions de la France, que désormais on n'espérait pas de lui ravir, rendaient plus sensible la faute qu'on avait commise, et en démontraient toute l'étendue.

Un homme éclairé qui, pendant le court intervalle de la paix d'Amiens, était venu à Paris et avait appris à connaitre la France et VOTRE MAJESTÉ, parvint à la tête des affaires en Angleterre. Cet homme de génie comprit la situation des deux pays. Il vit qu'il n'était plus au pouvoir d'aucune puissance de faire rétrograder la France, et que la véritable politique consistait à l'arrêter. Il sentit que, par les succès obtenus contre la troisième coalition, la question avait été déplacée, et qu'il ne fallait plus penser à disputer à la France des possessions qu'elle venait d'acquérir par la victoire; mais qu'on devait, par une prompte paix, prévenir de nouveaux agrandissements que la continuation de la guerre rendrait inévitables. Ce ministre ne se dissimulait aucun des avantages que la France avait recueillis de la fausse politique de l'Angleterre; mais il avait sous les yeux ceux qu'elle pouvait en recueillir encore. Il croyait que l'Angleterre gagnerait beaucoup, si aucune des puissances du continent ne perdait plus. Il mettait sa politique à désarmer la France, à faire reconnaître la confédération du Nord de l'Allemagne en opposition à la confédération du Rhin. Il sentait que la Prusse ne pouvait être sauvée que par la paix, el que du sort de cette puissance dépendait le système de la Saxe, de la Hesse, du Hanovre et le sort des embouchures de l'Ems, de l'Iade, du Weser, de l'Elbe, de l'Oder et de la Vistule, débouchés nécessaires au commerce anglais. En homme supérieur, Fox ne se livra pas à des regrets inutiles sur la rupture du traité d'Amiens, et sur des pertes désormais irréparables; il voulut en prévenir de plus grandes, et il en voya lord Lauderdale à Paris

Les négociations s'entamerent, et tout en faisait présager l'heureuse issue lorsque Fox mourut.

Elles ne firent plus que languir. Les ministres n'étaient ni assez éclairés ni assez de sang-froid pour sentir la nécessité de la paix. La Prusse, poussée par cet esprit que l'Angleterre soufflait dans toute l'Europe, mit ses troupes en marche. La garde impériale eut ordre de partir : lord Lauderdale parut effrayé des conséquences des nouveaux événements qui se préparaient. Il fut question de signer le traité, d'y comprendre la Prusse, et de reconnaitre la confédération du Nord de l'Allemagne. Votre Majesté, par cet esprit de mudération dont elle a donné de si fréquents exemples à l'Europe, y consentit. Le départ de la garde impériale fut différé de quelques jours; mais lord Lauderdale hésita : il crut devoir envoyer un courrier à sa cour, et ce courrier lui rapporta l'ordre de son rappel (1). Peu de jours après, la Prusse n'existait plus comme puissance prépondérante.

La prospérité niarquera cette époque comme une des plus décisives de l'histoire de l'Angleterre et de celle de la France.

Letraité de Tilsitt termina la quatrième coalition. Deux grands souverains, naguère ennemis, se réunirent pour offrir la paix à l'Angleterre ; mais

cette puissance, qui malgré tous ses pressentiments, n'avait pu se déterminer à souscrire à des conditions qui laissaient la France dans une position plus avantageuse que celle où elle s'était trouvée après le traité d'Amiens, ne voulut point ouvrir des négociations dont le résultat inévitable assurait à la France une position bien plus avantageuse encore (1). Nous avons refusé, disaiton en Angleterre, yn traité qui maintenait dans l'indépendance de la France le Nord de l'Allemagne, la Prusse, la Saxe, la Hesse, le Hanovre, et qui garantissait tous les débouchés de notre commerce; comment pourrions-nous consentir aujourd'hui à signer avec l'EMPEREUR DES FRANÇAIS, lorsqu'il vient d'étendre la confédération du Rhin jusqu'au Nord de l'Allemagne, et de fonder sur les bords de l'Elbe un trône français, une paix qui, par la force des choses et quelles que fussent les stipulations admises, laisserait sous son influence le Hanovre et tous les débouchés du Nord, ces principales artères de notre commerce?

Les hommes qui envisageaient de sang-froid la situation de l'Angleterre, répondaient : deux coalitions dont chacune devait durer dix ans, ont été vaincues en peu de mois ; les nouveaux avantages acquis par la France sont la suite des événements, et l'Angleterre ne peut plus s'y opposer : sans doute il n'aurait pas fallu violer lë traité d'Amiens. ll eut fallu depuis adhérer à la politique de Fox. Profitons du moins aujourd'hui des leçons de l'expérience, et évitons une troisième faute. Au lieu de jeter les regards en arrière, portons-les vers l'avenir : la péninsule est encore entière et dirigée par des gouvernements secrètement ennemis de la France. Jusqu'à ce jour, la faibless., des ministres espagnols et les sentiments personnels du vieux movarque ont retenu l'Espagne dans le système de la France. Un nouveau rezne développera les germes de la haine entre les deux nations. Le Pacte de Famille a été anéanti, et c'est un des avantages que la Révolution a procurés à l'Angleterre. La Hollande, quoique gouvernée par un prince français, jouit de son indépendance : son intérêt est de demeurer l'intermédiaire de notre commerce avec le continent, et de le favoriser pour participer à nos profits. N'avons-ious pas à craindre, si la guerre continue, que la France n'établisse son influence sur la péninsule et ses douanes en Hollande?

Tel était le langage des hommes qui savaient pénétrer dans les secrets de l'avenir. Ils virent avec douleur refuser la paix proposée par la Russie. Ils ne doutèrent pas que le coniinent tout entier ne fût bientôt enlevé à l'Angleterre, et qu'un ordre de choses, qu'il était si important de prévenir, ne s'établit en Espagne et en Hollande.

Sur ces entrefaites, l'Angleterre exigea de la maison de Bragance qu'elle quittàt la péninsule et se réfugiât au Brésil; les partisans du ministère anglais semèrent la division parmi les princes de la maison d'Espagne. La dynastie qui régnait fut éloignée pour toujours, et en conséquence des dispositions faites Bayonne, un nouveau souverain, ayant avec la France une puissance et une origine communes, fut appelé au gouvernement de l'Espagne.

L'entrevue d'Erfurth donna lieu à de nouvelles propositions de paix ; mais elles furent aussi repoussées (2). Le même esprit qui avait fait rompre

(1) Voyez les pièces de la négociation après la paix de Tilsitt.

(2) Voyez les pièces de la négociation après l'entrevue d'Erfurth,

(1) Voyez la négociation du lord Lauderdale, no 1.

les négociations de lord Lauderdale, dirigeait les productions nécessaires à la marine de VOTRE MAaffaires en Angleterre.

JESTÉ. La cinquième coalition éclata. Ces nouveaux Les pavillons de Hambourg, de Brème et de Luévénements tournèrent encore à l'avantage de la beck, qui errent aujourd'hui sur les mers, dénaFrance. Les seuls ports par lesquels l'Angleterre tionalisés par les arrets du conseil britannique, conservait une communication avouée avec le partageront le sort du pavillon français, et concontinent, passèrent, avec les provinces Illyrien- courront avec lui, pour l'intérêt de la cause comnes, au pouvoir de VOTRE MAJESTÉ, par le traité de mune, au rétablissement de la liberté des mers. Vienne, et les alliés de l'empire virent s'accroitre La paix arrivera enfin ; car tôt ou tard les grands leur puissance.

intérêts des peuples, de la justice et de l'humaLes arrêts rendus par le conseil britannique nité, l'einportent sur les passions et sur la haine ; avaient bouleversé les lois du commerce du mais l'expérience de soixante années nous a apinonde ; l'Angleterre, dont l'existence tout en- pris que la paix avec Avgleterre ne peut jamais tière est attachée au commerce, jetait ainsi le donner au commerce qu'une sécurité troinpeuse. désordre parmi le commerce des nations. Elle en En 1756, en février 1793, en 1801 à l'égard de avait déchiré tous les priviléges. Les décrets de l'Espagne, comme en mai 1803 à l'époque de la Berlin et de Milan repousserent ces nouveautés violation du traité d'Amiens, l’Angleterre commonstrueuses La Hollande se trouva dans une mença les hostilités avant d'avoir déclaré la position difficile; son gouvernement n'avait pas guerre. Des bâtiments qui naviguaient sur la foi une action assez énergique, ses douanes offraient de la paix furent surpris; le commerce fut détrop peu de sécurité, pour que ce centre du com- pouillé; des citoyens paisibles perdirent leur limerce du continent demeurát plus longtemps berté, et les ports de l'Angleterre se remplirent isolé de la France. VOTRE MAJESTÉ, pour l'intérêt de ses honteux trophées. Si de tels exemples dede ses peuples et pour assurer l'exécution du sys- vaient se renouveler un jour, les voyageurs, les tème qu'elle opposait aux actes tyranniques de négociants anglais, leurs propriétés et leurs perl'Angleterre, se vit forcée de changer le sori de sonnes saisies dans nos ports depuis la mer Balla Hollande. Cependant VOTRE MAJESTÉ, constante tique jusqu'au golfe Adriatique, répondraient de dans son système et dans son désir de la paix, sit ces atientats ; et si le gouvernement anglais, pour entendre à l'Angleterre qu'elle ne pouvait sauver faire oublier au peuple de Londres l'injustice de l'indépendance de la Hollande, qu'en rapportant la guerre, lui donnait encore le spectacle de ces ses arrêts du conseil ou en adoptant des vues prises faites au mépris du droit des nations, il aupacifiques. Les ministres d'une nation commer- rait aussi à lui montrer les pertes qui en seraient çante traitèrent avec légèreté une ouverture d'un dirent que l'Angleterre ne pouvait rien au sort dans ses arrêts du conseil, VOTRE MAJETSÉ persisde la Hollande. Dans les illusions de leur orgueil, tera dans ses décrets. Elle opposera au blocus des ils méconnurent les motifs de cette démarche; ils côtes le blocus continental, el au pillage sur les feignirent d'y voir l'aveu de l'efficacité de leurs mers la confiscation des marchandises anglaises arrêts du conseil, et la Hollande fut réunie (1). sur le continent. Puisqu'ils l'ont voulu, Sire, je crois utile aujour- Il est de mon devoir de le dire à VOTRE MAJESTÉ : d'hui, et je propose à VOTRE MAJESTÉ de consolider elle ne peut espérer désormais de ramener ses cette réunion par les formes constitutionnelles ennemis à des idées plus modérées que par sa d'un sénatus-consulte.

persévérance dans ce système. Il en doit résulter La réunion des villes anséatiques du Lawen- un tel état de malaise pour l'Angleterre, qu'elle bourg, et de toutes les côtes depuis l'Elbe jusqu'à sera forcée de reconnaître enfin qu'on ne peut l'Ems, est commandée par les circonstances. Ce violer les droits des neutres sur les mers et en réterritoire est déjà sous la domination de VOTRE clamer la protection sur le continent; que l'uniMAJESTÉ.

que source de ses maux est dans ses arrêts du Les immenses magasins d'Héligoland menace- conseil, et que cet agrandissement de la France raient toujours de s'écrouler sur le continent, si qui longtemps excitera son dépit et sa jalousie, un seul point restait ouvert au commerce anglais elle le doit aux passions aveugles de ceux qui, sur les côtes de la mer du Nord, et si les embou- violant le traité d'Amiens, rompant la négociation chures de l'lade, du Weser et de l'Elbe ne lui de Paris, rejetant les propositions de Tilsitt et étaient pas fermées pour jamais.

d'Erfurth, dédaignant les ouvertures faites avant Les arrêts du conseil britannique ont entière- la réunion de la Hollande, ont porté les derniers ment délruit les priviléges de la navigation des coups à son commerce et à sa puissance, et conneutres, et VOTRE MAJESTÉ ne peut plus approvi- duit votre empire à l'accomplissement de ses sionner ses arsenaux et avoir une route sûre pour hautes destinées. son commerce avec le Nord qu'au moyen de la

Je suis avec respect, navigation intérieure. La réparation et l'agran

SIRE, dissement du canal déjà existant entre Hambourg De VOTRE MAJESTÉ IMPÉRIALE ET ROYALE, et Lubeck, et la construction d'un nouveau canal

Le très-fidèle et très-dévové qui joindra l’Elbe au Weser et le Weser à l'Ems,

serviteur et sujet. et qui n'exigera que quatre à cinq ans de travaux

CHAMPAGNY, DUC DE CADORE. et une dépense de quinze à vingt millions dans

Paris, 8 décembre 1810. un pays où la nature n'offre pas d'obstacles, ouvriront aux négociants français une voie écono

Recueil de pièces relatives aux négociations ave mique, facile ei à l'abri de tout danger. Votre

l'Angleterre. empire pourra com nercer en tout temps avec la Les pièces relatives aux négociations entrepriBaltique, envoyer dans le Nord les produits de ses avec l'Angleterre, avant la guerre de Prusse, son sol et de ses manufactures, et en tirer les ont déjà été publiées. La dernière de ces publica

tions, faite en octobre 1806, est celle de la négo(!) Voyez les pièces intitulées Démarches du ministère ciation entamée à Paris par lord Yarmouth, enhollandais.

suite continuée et rompue par lord Lauderdale. Mais cette publication, ne comprenant que les rappelé la déclaration que je lui avais farte de notes officielles échangées entre les plénipoten- l'imposibilité d'arrêter par la paix la marche de tiaires respectifs, p'a pas fait suffisamment con- l'armée française préte à entrer en campagne. naître les circonstances qui ont accompagné la Ce que vous m'avez déclaré, m'a-t-il dit, je vous rupture. L'extrait du compte des deux dernières l'aurais demandé au noin de mon gouverneconférences entre les deux plénipotentiairesfran- ment ; j'en avais reçu l'ordre; mais je n'en rençais et anglais, qui fut rendu dans le temps au drai pas moins au gouvernement français cette ministre des relations extérieures, parti alors de justice, que c'est lui qui a fait volontairement Paris à la suite de SA MAJESTÉ, atteint mieux ce cette déclaration. but. On y verra que l'Angleterre a pu empécher la ( C'est immédiatement après cette conférence guerre de Prusse, et qu'elle ne l'a pas voulu, el que lord Lauderdale écrivit au ministre des réque c'est en vain que les résultats de cetle cam- lations extérieures la note suivante : ) pagne et l'augmentation de puissance qu'elle de

No 2. vait donner à la France, ont été annoncés à son plénipotentiaire : le Gouvernement anglais a voulu

A. S. Exc. M. Talleyrand, ministre des relations en courir les risques.

extérieures. Quatre ans plus tard, il a pu également sauver

Paris le 26 septembre 1806. la Hollande. On verra, dans les pièces d'une né

Monsieur, gociation, que le ministère hollandais essaya Je ne perds pas un moment à faire connaître à d'ouvrir avec le gouvernement britannique, que Votre Excellence que le résultat de la conférence que l'Angleterre a préféré la continuation de la guerre j'ai eue aujourd'hui avec S. Exc. M. de Champagny, à l'indépendance de la Hollande, comme il l'avait

ne me laisse malheureusement aucun espoir de préférée au salut de la Prusse.

pouvoir amener les négociations, de la part de La France n'a donc été conduite au degré de la Grande-Bretagne et de la Russie, à une issue grandeur où elle est parvenue que par

l'obstina- favorable. Dans cet état de choses, et d'après tion de l'Angleterre à prolonger cette guerre qu'elle mes instructions, il ne me reste d'autre parti à déclare devoir être perpétuelle. Chaque époque prendre que de m'adresser à votre Excellence où elle a rejeté la paix est devenue pour la France pour les passeports nécessaires, afin que je puisse une époque de gloire et d'accroissement de puis- retourner auprès de mon souverain. sance.

En faisant ainsi cette demande à Votre ExcelI.

lence, je ne saurais me refuser au plaisir que je

ressens à témoigner ma reconnaissance de toutes NÉGOCIATION DE LORD LAUDERDALE.

les attentions personnelles que Votre Excellence No 1.

à bien voulu me marquer pendant mon séjour à Extrait du compte rendu au ministre des relations

Paris , et à exprimer en même temps les sentiextérieures par le plénipotentiaire français.

ments d'estime que j'ai toujours ressentis et que

je ressentirai dans tous les temps pour Votre Paris, le 26 septembre 1806.

Excellence. Monsieur,

Signé LAUDERDALE.

D'après l'autorisation que m'en avait donnée SA MAJESTE

A Son Excellence Mylord Lauderdale. L'EMPEREUR, j'ai déclaré à lord Lauderdale qu'une

Mayence, le 30 septembre 1806. paix signée et ratifiée promptement avant que les Le soussigné, ministre des relations extérieuopérations militaires eussent acquis une certaine res, a mis sous les yeux de S. M. L'EMPEREUR ET importance, pouvait sur-le-champ en arréter, le Roi, la note que Son Excellence myloid comte cours, et qu'il se trouvait en position de jouer et Lauderdale lui a fait l'honneur de lui adresser, de faire jouer à l'Angleterre le beau rôle de paci- le 26 de ce mois. ficateur du continent ; rôle d'aulant plus beau, SA MAJESTÉ, après s'être prêtée, dans le désir de que l'Angleterre acquerrait par là le mérite de la paix, à toutes les propositions qui auraient sauver une puissance contre laquelle elle est ac- pu la rendre durable et respectivement utile aux tuellement en guerre, mais dont son intérêt lui deux puissances contractantes et à leurs alliés, prescrit cependant de protéger l'existence. Lord verra avec peine la rupture d'une négociation Lauderdale a paru sentir la noblesse de celle pro- dont ses dispositions personnelles lui avaient fait position et ce qu'elle a d'avantageux pour son espérer d'autre résultat. Si le cabinet anglais veut pays. J'ai ajouté qu'il n'y avait qu'un moment renoncer à la perspective de la paix, si son mipour cela ; qu'une fois la guerre recommencée, il nistre plénipotentiaire doit quitter la France, SA fallait de part et d'autre en courir les chances, et MAJESTÉ se fatte cependant que le cabinet anglais que ni lui ni moi ne pouvions prévoir où la for- et lord Lauderdale, lorsqu'ils mesureront l'étentune de la France et le génie de son chef pour- due des sacrifices qu'elle était disposée à faire raient porter nos armes, notre influence et notre pour avancer le retour d'une sincère réconciliagloire.

tion, auront la conviction intime que SA MAJESTÉ C'est en réfléchissant sur cette déclaration, et voulait, pour le bonheur du monde, ne mettre en se rappelant ma réponse sur l'impossibilité de en balance aucun avantage avec ceux de la paix, céder la Dalmatie, que lord Lauderdale m'a dit et que l'intention d'en assurer les bienfaits à ses qu'il enverrait un courrier à sa cour; et il m'a peuples pouvait seule décider son caur paternel demandé une seconde conférence.

à des sacrifices non-seulement d'amour-propre, Cette seconde conférence à eu lieu aujourd'hui mais de puissance plus considérables que ne l'auà deux heures. Lord Lauderdale avait reçu un rait indiqué l'opinion même du peuple anglais, courrier de Londres, qui lui avait apporté la nou- au milieu d'une guerre où il aurait obtenu, sans velle de la composition du ministère, et des in- aucun mélange de revers, de constants avanstructions relatives à la négociation. Mylord s'est tages. montré plus in variable que jamais dans les pro- Toutefois, s'il était dans la destinée de l'Empositions qu'il avait mises en avant et dans sa PEREUR et du peuple français de vivre encore au résolution de demander ses passe-ports : il m'a milieu des guerres et des orages que la politique

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