Page images
PDF
EPUB

a

« Lainé, Gallois, Flaugergues et Biran ; et ce, à autorisés à ordonner toutes les mesures de haute « l'effet de prendre connaissance des pièces re- police qu'exigeraient les circonstances et le main« latives à la négociation, ainsi que de la décla- tien de l'ordre public. « ration des puissances coalisées, qui seront com- Art. 5. Ils sont pareillement autorisés à former

muniquées par le comte Regnaud , ministre des commissions militaires et à traduire devant « d'Etat, et le comte d'Hauterive, conseiller elles ou devant les cours spéciales toutes peru d'Etat, attaché à l'office des relations exté- sonnes prévenues de favoriser l'ennemi, di x rieures, lequel sera porleur desdites pièces et d'intelligence avec lui ou d'attenter à la tranquil« déclaration. « Notre intention est aussi que notredit cousin / hite publique.

Art. 6. Ils pourront faire des proclamations et préside la commission.

prendre des arrêtés. Lesdits arrêtés seront obli« La présente n'étant à d'autres fins, je prie gatoires pour tous les citoyens. Les autorités ju« Dieu qu'il vous ait, Monsieur le duc de Massa, diciaires, civiles et militaires seront tenues de s'y « en sa sainte et digne garde.

conformer et de les faire exécuter. a Paris, le 23 décembre 1813.

Art. 7. Nos commissaires extraordinaires cor« Signe NAPOLÉON. »

respondront avec nos ministres pour les objets

relatifs à chaque ministère. En conséquence des intentions exprimées par Art. 8. Ils jouiront, dans leurs qualités respecSA MAJESTÉ, les membres composant la commission tives, des honneurs qui leur sont attribués par sont invités à se réunir demain, à 11 heures, au nos règlements. palais du Corps législatif, dans la salle du Trône, Art. 9. Nos ministres sont chargés de l'exécupour se rendre, à l'heure désignée, avec S. Exc. lé tion du présent décret, qui sera inséré au Bulletin duc de Massa, chez S. A. S. le prince archichan- des lois. celier de l'empire.

Signé NAPOLÉON. Un premier scrutin est ensuite formé pour le Par l'Empereur : choix des quatre secrétaires définitifs.

Le ministre secrétaire d'Etat, Le dépouillement des votes n'ayant point donné de majorité absolue, la suite de cette élection est

Signé LE DUC DE BASSANO. renvoyée à la séance de demain. La séance est levée.

Au palais des Tuileries, le 26 décembre 1813.

NAPOLEON EMPEREUR DES FRANCAIS, ROI D'ITALIE Annexe à la séance du Corps législatif du 23 dé- PROTECTEUR DE LA CONFÉDÉRATION DU RHIN, MÉcembre 1813.

DIATEUR DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE, etc., etc. Nota. Nous insérons ici deux décrets impériaux qui Vu notre décret de ce jour, se rattachent aux mesures extraordinaires adoptées par Nous avons nommé et nommons pour nos comle Gouvernement vers la fin de 1813, et annoncées au

missaires extraordinaires : Corps législatif dans la séance du 23 décembre. DÉCRETS IMPÉRIAUX.

DIVISIONS

MAITRES DES REQUÊTES Au palais des Tuileries, le 27 décembre 1813.

extraordinaires. NAPOLÉON, EMPEREUR DES FRANÇAIS, ROI D'ITALIE,

qui les accompagnent. PROTECTEUR DE LA CONFÉDÉRATION DU RHIN, MÉDIATEUR DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE, ETC., ETC.

Les comtes

MM. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ze Mézières.

Beurnonville, séna- Heim, auditeur. Art. 1er. Il sera envoyé des sénateurs ou con

3e Metz... Chasset, id.

Ardoult, id. seillers d'Etat dans les divisions militaires, en 4e Nancy.. Colchen, id.

Pollenc, id. qualité de nos commissaires extraordinaires. Ils Se Strasbourg.. | Ræderer, id.

Belleville, maitre des seront accompagnés de maîtres des requêtes ou

requêtes.

6e Besançon.... de Valence, id. Aubernon, auditeur. d'auditeurs.

7e Grenoble.... de Saint-Vallier, id. rc Beyle, id. Art. 2. Nos commissaires extraordinaires sont ge Toulon...... Ganthaume, conseil-Jordan-Duplessis, id. chargés d'accélérer :

ler d'Etat. 1° Les levées de la conscription ;

ge Montpellier.. | Pelet, id.

de Fourment, id. 10e Toulouse. Caffarelli, id.

de Puat, id. 2. L'habillement, l'équipement et l'armement 11e Bordeaux Garnier, sénateur. Portel, maître des req. des troupes;

12e La Rochelle, Boissy-d'Anglas, id. Saur, auditeur.

Canclaux, ill. Lacuíe, maître des req. 3° Le complément de l'approvisionnement des

14e Caen.. Latour-Maubourg, id. Dumont de la Charplaces;

ilave, auditeur. 4° La rentrée des chevaux requis pour le ser

15e Rouen. Montesquiou, id. de Brevannes, id.

16e Lille.. vice de l'armée;

Villemanzy, id. Joseph Perrier, id. 18e Dijon Ségur, id.

Le Cbapelier, id. 50 La levée et l'organisation des gardes na- 19e Lyon.

Chaptal, id.

Deportes de Pardailhou, tionales, conformément à nos décrets.

id. Nosdits commissaires extraordinaires pourront

20e Périgueux .. de L'Apparent, iil. Lahaye de Cormenin, étendre les dispositions desdits décrets aux villes 21e Bourges . de Semonville, id. de Montigny, id. et places qui n'y sont pas comprises.

22e Tours... Lecouteulx, id Lecouteulx, id.

21e Bruxelles.. Art. 3. Ceux de nosdits commissaires extraor

Pontécoulant, id. Cochelet. id.

93e Liege.. de Feluze, id. Delamalte, id. dinaires qui seront envoyés dans des pays que 26e Mayence masse et toutes autres mesures quelconques, né

Signe NAPOLÉON. cessaires à la défense du territoire et commandées

Par l'Empereur : par le devoir de s'opposer aux progrès de l'ennemi.

Le ministre secrétaire d'Etat, Au surplus, il leur sera donné des instructions spéciales, à raison de la situation particulière

Siyné LE DUC DE BASSANO. des départements où ils seront en mission.

Art. 4. Nos commissaires extraordinaires sont

COMMISSAIRES

OU AUDITEURS

MILITAIRES,

teur.

13e Rennes.

id.

1

S

e a

S e r

CORPS LEGISLATIF.

: rang d'officier, depuis celui de sous-lieut it

Jusqu'à celui de général de division, doivent PRÉSIDENCE DE S. EXC. LE DUC DE MASSA. nir sans doute une série de faits nombreu it Séance du 24 décembre.

honorables dont vous entendriez certainen

Messieurs, les détails avec intérêts; mais le li M. le comte Henri de Montesquiou, l'un des que vous pouvez m'accorder ne me perme It vice-présidents, occupe le fauteuil.

pas d'en faire la notice bistorique, je dois Après la lecture du procès-verbal, un membre borner à une esquisse indicative des princij demande et obtient la parole.

faits. M. le chevalier Riboud. Messieurs, si les Je pourrais le suivre d'abord aux champs premiers moments des sessions du Corps législa- | l'Amérique, en cette guerre célèbre qui tier tif offrent à chacun de ses membres une jouis- une place si importante dans l'histoire des sance précieuse dans l'épanchement réciproque tions; vous citer plusieurs faits distingués, des sentiments d'estime et d'attachement qui les campagnes pénibles, le siège de Savanah où i lient entre eux, pourquoi faut-il qu'une satisfac- fit avantageusement remarquer; vous rame tion aussi pure soit presque toujours altérée par avec lui au siége de Toulon, où il fut fait cheie de tristes souvenirs? Vainement nos coeurs cher- bataillon, puis dans le col de Tende; dont la chent dans cette enceinte plusieurs collègues qui sense lui fut confiée; je vous le montrerais di s nous furent chers!... Trop tôt pour

la chose pu

trois campagnes constamment aux avant-post 5, blique, pour leur pays, pour leurs familles, ils où il se conduisit si bien qu'il fut nommé géi ont payé à la nature le tribut inévitable; et trop ral de brigade; vous le verriez toujours à l'ava tôt pour nous-mêmes aussi, nous avons à payer garde de l'armée d'Italie, blessé à l'affaire du MC à leur mémoire le tribut de nos regrets.

linet, traversant le Po en l'an IV, et facilitant e Le général de division Dalleinagne, né en 1754, passage de ce fleuve à toute l'armée; vous recolà Peyrieux, arrondissement de Belley, départe- naitriez son intrépidité au pont de Lodi; vous e ment de l'Ain, baron de l'empire, commandant verriez faisant taire trente bouches à feu après l'.de la Légion l'honneur, commandant de l'ordre voir franchi, et les tourner contre l'ennemi. e de la Couronne-de-Fer, appelé deux fois à siéger pourrais vous lire la lettre par laquelle le Dire :au Corps légistatif, on fut digne non-seulement Loire lui écrivait (le 29 floréal an İV) que le ghipar des services militaires longs et distingués, rieux exemple qu'il avait donné avait décidé a mais encore par les qualités personnelles, le bon victoire, et vous parler du sabre d'honneur qui esprit et l'amour de la patrie, qui honorent le lui fut envoyé par le vainqueur de l'Italie. vrai citoyen : un grand nombre d'entre vous se Le journal du siége de Mantoue nous le présenrappelle de l'avoir vu de 1801 à 1805, successive- terait à la tête de six cents grenadiers seulement, ment secrétaire, vice-président et questeur, et je culbutaril l'ennemi, s'emparant du faubourg Saintne suis aujourd'hui que leur fidèle interprète : Georges et de la tête de pont; puis (le 28 messiinvesti ensuite pendant cinq années du titre de dor an IV) sortant de cette place avec mille cinq candidat pour le Sénat, il fut replacé dans vos cents hommes, repoussant l'ennemi jusqu'aux rangs en 1812, et s'empressa de se rendre à ce palissades, et mettant le 30 l'épouvante et le dénouveau poste. A peine arrivé à Paris, une ma- sordre dans le camp retranché. Nous le verrions ladie qui devait être la dernière, se déclara subi- ensuite vainqueur près de Lonado, le combat tement, et lui ferma irrévocablement l'accès de fut long et incertain, écrivait le général en chef, vos séances. Quelques lueurs d'espérance sem- mais il était tranquille; la brave 32e demi-brigade blèrent lui promettre de pouvoir partager vos commandée par Dallemagne était . Nous n'otravaux, mais elles firent bientôt place à son mettrions pas non plus de le remarquer, lorsque dernier væu, celui d'aller reposer à jamais dans marchant sur Gavardo à la tête d'un bataillon de sa terre natale. La mort l'attendait au moment la 11° (le 17 thermidor), il fut enveloppé par des où il voudrait l'accomplir, et dans les murs de forces nombreuses et se fit jour courageusement Nemours, le 25 juin dernier, elle le frappa sous au lieu de se rendre. les yeux de son intéressante et digne épouse et Les bords de l'Adige nous rappelleraient l'attade son estimable beau-père.

que par lui faite de l'ennemi dans ses retrancheTout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a élé, il le dut ments, l'expulsion de celui-ci d'une ville, la redà lui-même : les avantages de la naissance et de dition d'un grand nombre de prisonniers, la prise la fortune, que les uns prisent au delà de leur d'une quantité considérable d'armes et de munivéritable valeur, que les autres ne dédaignent pas tions, une part active au passage de ce fleuve, et de bonne foi, mais dont l'influence est si réelle à la défaite du reste de l'armée de Wurmser; tant sur la suite de la vie, lorsqu'on sait en faire un d'actions éclatantes dans cette glorieuse campagne juste et noble usage, Dalleinagne n'en fut point furent récompensées par la promotion augrade de environné dans son berceau; les efforts et les général de division, sur la demande du général soins de ses parents y suppléèrent, en lui pré- appelé dans la suite aux plus hautes destinées. parant par de bons principes et une éducation Dallemagne continua à prouver qu'il en était aussi convenable que leur position pouvait le digne. Ramené au deuxième blocus de Mantoue, permettre, les moyens de les obtenir un jour par attaqué pendant la nuit par cinq mille hommes, une conduite sage, et par le désir constant de il les met en déroute, fait mille huit cents prifaire des progrès dans la route qui pourrait s'ou- sonniers, et prend leur artillerie. Bientôt à ce fait vrir devant lui, ce qu'il éprouva dans la profes- brillant succédèrent l'enlèvement de Baya-fonte, sion des armes qu'il embrassa en 1773, dans le qu'il avait déjà pris lors du premier blocus, et la régiment de llainault, où, de simple soldat, il par- ! répulsion des ennemis dans Mantoue, d'où'il ne vint successivement aux divers grades de sous- sortit que par capitulation. officier, puis à celui d'officier et à la croix de Au commencement de l'an VI, il eut le comSaint-Louis.

mandement des troupes qui étaient dans la Marche Quarante années de service pendant des guerres d'Ancône, où, d'après les ordres qui lui avaient presque continuelles, tant sur le nouveau conti- été donnés, il établit un nouveau gouvernement. nent que sur l'ancien, dont vingt ans dans le Peu après, il fut chargé de marcher sur Rome

avec une colonne de dix mille hommes, de s'em- MY. Barbier-Delandrevie, le chevalier de Boisparer de cette capitale, et d'y établir aussitôt un Savary, Laborde et Faure ayant réuni la majonouveau système : il part et réussit. Vainement rité absolue des suffrages, sont proclamés secréles efforts des mécontents et la révolte tentent taires du Corps législatif. de détruire son ouvrage : il les rend inutiles par La séance est levée et ajournée à lundi. des mesures prudentes et énergiques.

Après tant de fatigues, il espérait jouir d'un repos nécessaire à sa santé, mais bientôt il est

SÉNAT CONSERVATEUR. envoyé sur le Rhin pour réduire la forteresse d'Erenbreistein; il en resserre étroilement le blo

Séance du luudi 27 décembre 1813. cus, et les portes lui en sont ouvertes le 7 pluviôse an VII : un sabre, des pistolets, une lettre

PRÉSIDENCE DE S. A. S. LE PRINCE ARCHICHANCEhonorable du ministre de la guerre, furent les

LIER DE L'EMPIRE. gages de la satisfaction du gouvernement, et il Au nom de la commission spéciale nommée obtint enfin une retraite commandée de plus en dans la séance du 22 de ce mois, M. le sénateur plus par son affaiblissement et ses infirmités; elle

comte de Fontanes, l'un de ses membres, obfut suivie, en l'an XII, du grade de commandant

tient la parole, et fait à l'Assembée le rapport de la Légion d'honneur, et, en 1807, de celui de suivant : commandant de l'ordre et de la Couronne-de-Fer.

« MONSEIGNEUR, Il ne jouit pas longtemps du repos qui était devenu un besoin pour lui. En mars 1809, il fut

« SÉNATEURS, appelé au commandement de la 25e división mi- « Le premier devoir du Sénat envers le molitaire, à Wesel. Au mois d'août, il passa à celui narque et le peuple, est la vérité. Les circonde la 'fre division de l'armée de Hollande, pour stances extraordinaires où se trouvent la patrie s'opposer aux projets des Anglais sur Anvers, et rendent ce devoir plus rigoureux encore. il répondit honorablement à cette nouvelle marque « L'EMPEREUR invite lui-même tous les grands de confiance.

corps de l'Etat à manifester leur libre opinion. Tel est, Messieurs, le précis de sa vie militaire ; Pensée vraiment royale! salutaire développement il y aurait, comme je vous l'ai annoncé, beau- de ces institutions monarchiques où le pouvoir coup de détails intéressants à ajouter; mais

concentré dans les mains d'un seul se fortifie de comme il ne serait pas possible de les insérer la confiance de tous, et qui, donnant au trône dans un discours de la nature de celui que vous la garantie de l'opinion nationale, donne aux voulez bien entendre avec bienveillance en fa- peuples, à leur tour, le sentiment de leur dignité, veur de son objet, le tableau sommaire que je trop juste prix de leurs sacrifices ! viens de vous présenter suffit pour faire appré- < Des intentions aussi magnanimes ne doivent précier les titres du militaire à la mémoire du- point être trompées. quel cet hommage est destiné. Je ne puis néan- « En conséquence, la commission nommée moins terminer sans vous rappeler brièvement dans votre séance du 22 décembre, et dont j'ai les droits personnels qu'il s'était acquis à l'es- l'honneur d'être l'organe, a fait le plus sérieux time et à l'attachement du Corps législatif et de examen des pièces officielles mises sous toutes les personnes qui ont eu des rapports yeux, d'après les ordres de S. M. L'EMPEREUR, avec lui.

el communiquées par M. le duc de Vicence. Le Corps législatif a été dans le cas de le bien « Des négociations pour la paix ont comjuger pendant les cinq ans qu'il a passés dans son mencé; vous devez en connaitre la marche. Il sein ; les diverses preuves de confiance qu'il y a ne faut point prévenir notie jugement. Un récit reçues vous attestent l'opinion dont il y était en- simple des faits, en éclairant votre opinion, doit vironné et les sentiments qu'il avait inspirés à préparer celle de la France. ses collègues. Ils avaient reconnu le bon esprit « Quand le cabinet de l'Autriche quitta le rôle dont il était animé; son caractère de franchise et de médiateur, quand tout fit juger que le congrès de loyauté, son excellent cour, la justesse et la de Prague était prêt à se rompre, l'EMPEREUL droiture de son jugement, son discernement et voulut tenter un dernier effort pour la pacificasa modestie, son obligeance et la droiture de ses tion du continent. intentions, son amour de l'ordre, son dévoue- « M. le duc de Bassano écrivit à M. le prince ment bien général, le firent remarquer

de Metternich. avantageusement dans cette carrière, comme ses « Il proposa de neutraliser un point sur la fronvertus militaires l'avaient fait distinguer dans tière, et d'y reprendre la négociation de Prague celle des armes. Chéri de ses amis, considéré et dans le cours même des hostilités. estimé par ses concitoyens, beureux par sa fa- « Malheureusement ces premières ouvertures mille qui était heureuse par lui, n'ayant pas en

ont été sans eftet. core parcouru son douzième lustre, la nature « L'époque de cette démarche pacifique est semblait lui réserver encore plusieurs années importante. Elle est du 18 août dernier. Le souved'un bonheur sans nuages; mais de trop longues nir des journées de Lutzen et de Bautzen était fatigues avaient affaibli avant le temps dans son récent. Ce væu contre la prolongation de la être les sources de la vie; en se tarissant pour guerre est donc, en quelque sorle, exprimé à la lui, elles ont ouvert en nous celle des souvenirs date de deux victoires. et des regrets, et dans ses jeunes enfants celles de « Les instances du cabinet français furent la douleur, de la reconnaissance et du désir de se vaines, la paix s'éloigna, les hostilités recommenrendre un jour dignes d'un tel pere.

cèrent, les événements prirent une autre face. Le Corps législatif ordonne l'impression du Les soldats des princes allemands, naguères nos discours de M. le chevalier Riboud, et arrête qu'il alliés, ne montrèrent plus d'une fois, en combatsera inséré en entier dans son procès-verbal. tont sous nos drapeaux, qu'une fidélité trop équi

L'ordre du jour appelle la continuation du voque; ils cessèrent tout à coup de feindre, et scrutin pour la nomination des quatre secré- se réunirent à nos ennemis. taires.

« Dès lors les combinaisons d'une campagne

ses

[ocr errors]

au

ouverte si glorieusement ne purent avoir le suc- qu'on n'en avait accusé la réception que le 10. cès attendu.

« Dans l'intervalle, une gazette, aujourd'hui « L'EMPEREUR reconnut qu'il était temps d'or- sous l'influence des puissances coalisées, a pudonner à ses Français d'évacuer l'Allemagne. blié dans toute l'Europe une déclaration qu'on dit

Il revint avec eux combattant presque à chaque étre revêtue de leur autorité. Il serait triste de le pas, et, sur l'étroit chemin où tant de défections croire. éclatantes et de sourdes trahisons resserraient sa « Ceite déclaration est d'un caractère inusité marche et ses mouvements, des trophées encore dans la diplomatie des rois. Ce n'est plus aux rois ont signalé son retour.

comme eux qu'ils développent leurs griefs et « Nous le suivions avec quelque inquiétude qu'ils envoient leurs manifestes ; c'est aux peuau milieu de tant d'obstacles dont lui seul pou- ples qu'ils les adressent : et par quels motifs vait triompher. Nous l'avons vu avec joie revenir adopte-t-on cette marche si nouvelle? c'est pour sur sa frontière, non avec son bonheur accou- séparer la cause des peuples et celle de leurs tumé, mais non pas sans héroïsme et sans gloire. chefs, quoique partout l'intérêt social les ait con

« Rentré dans sa capitale, il a détourné les fondues. Cet exūmple ne peut-il pas etre funeste? yeux de ces champs de bataille où le monde faut-il le donner surtout à cette époque où les l'admira quinze ans, il a détaché même sa pensée esprits, travaillés de toutes les maladies de l'ordes grands desseins qu'il avait conçus... Je me gueil, ont tant de peine à fléchir sous l'autorité sers de ses propres expressions; il s'est tourné qui les protége en réprimant leur audace? et vers son peuple, son cæur s'est ouvert, et nous y contre qui cette attaque indirecte est-elle dirigée? avons lu nos propres sentiments.

contre un grand homme qui mérita la reconnais« Il a désiré la paix, et dès que l'espérance sance de tous les rois; car, en rétablissant le d'une négociation à paru possible, il s'est em- trône de la France, il a fermé le foyer de ce volpressé de la saisir.

can qui les menaçait tous. « Les circonstances de la guerre ont conduit « Il ne faut pas dissimuler qu'à certains égards M. le baron de Saint-Aignan au quartier général ce manifeste extraordinaire est d'un ton modéré. des puissances coalisées. Là, il a vu le ministre Cela prouverait que l'expérience des coalitions autrichien, M. le prince de Metternich, et le mi- s'est perfectionnée. nistre russe, M. le comte de Nesselrode. Tous « On s'est souvenu peut-être que le manifeste deux, au nom de leur cour, ont posé devant lui, du duc de Brunswick avait irrité l'orgueil d'un dans un entretien confidentiel, les bases prélimi- grand peuple. Ceux même en effet qui ne partanaires d'une pacilication générale. L'ambassadeur gaient point les opinions dominantes à cette époanglais, le lord Aberdeen, était présent à cette que, en lisant ce inanifeste injurieux, se sentirent conférence. Remarquez bien ce dernier fait, Sé- blessés dans l'honneur national. nateurs, il est important.

« On a donc pris un autre langage. L'Europe, « M. le baron de Saint-Aignan, chargé de trans- aujourd'hui fatiguée, a plus besoin de repos que mettre à sa cour tout ce qu'il avait entendu, s'en de passions. est acquitté fidelement.

Mais, s'il y a tant de modération dans les con« Quoique la France eùt droit d'espérer d'au- seils ennemis, pourquoi, parlant toujours de paix, tres propositions, l'EMPEREUR a tout sacrifié au menacent-ils toujours des frontières qu'ils avaient désir sincère de la paix.

promis de respecter quand nous n'aurions plus « Il a fait écrire à M. le prince de Metternich, que le Rhin pour barrière ? par Y. le duc de Bassano, qu'il admettait pour « Si les ennemis sont si modérés, pourquoi ontbase de la négociation le principe général con- ils violé la capitulation de Dresde? pourquoi n'onttenu dans le rapport confidentiel de M. de Saint- ils pas fait droit aux nobles plaintes du général Aignan.

qui commandait cette place? « M. le prince de Metternich, en répondant à « S'ils sont si modérés, pourquoi n'ont-ils pas M. le duc de Bassano, a paru croire qu'il restait établi le cartel d'échange conformément à tous

la

« S'ils sont si modérés enfin, pourquoi ces proAlors, pour lever toute difficulté, M. le duc tecteurs des droits des peuples n'ont-il pas resde Vicence, après avoir pris les ordres de SA MA- pecté ceux des cantons suisses? pourquoi ce gouJESTÉ a fait connaitre au cabinet d'Autriche qu'elle vernement sage et libre, qui s'était déclaré neutre adhérait aux bases générales et sommaires commu- à la face de l'Europe, voit-il dans ce moment ses niquées par M. de Saint-Aignan. La lettre de M. le vallées et ses montagnes paisibles ravagées par duc de Vicence est du 2 décembre; elle a été reçue tous les fléaux de la guerre? le 5 du même mois; M. le prince de Metternich n'a « La modération n'est quelquefois qu'une ruse répondu que le 10. Ces dates doivent être soigneu- de la diplomatie. Si nous voulions employer le sement relevées; vous jugerez bientôt qu'elles ne même artifice en attestant aussi la justice et la sont pas sans quelque conséquence.

bonne foi, qu'il nous serait aisé de confondre nos « On peut concevoir de justes espérances pour accusateurs par leurs propres armes ! la paix en lisant la réponse de M. le prince de « Cette reine échappée de la Sicile, et qui d'exil Metternich à la dépêche de M. le duc de Vicence; en exil a porté son infortune chez les Oitomans, seulement, à la fin de sa lettre, il annonce qu'avant prouve-t-elle au monde que nos ennemis aient d'ouvrir la négociation, il faut en conférer avec tant de respect pour la majesté royale? les alliés. Ces alliés ne peuvent être que les An- « Le souverain de la Saxe s'est mis à la disposiglais. Or, leur ambassadeur assistait à l'entretien tion des puissances coalisées. A-t-il trouvé les acdont M. de Saint-Aignan avait été témoin. Nous tions d'accord avec les paroles ? Des bruits sinisne voulons point exciter de défiance; nous ra- tres se répandent en Europe; puissent-ils ne pas contons.

se réaliser! Voudrait-on punir la foi des serments « Nous avons marqué avec soin la date des sur ce front royal vieilli par l'âge et les douleurs, dernières correspondances entre le cabinet autri- et couronné de tant de vertus? chien ; nous avons dit que la lettre de M. le duc « Ce n'est point du haut de cette tribune qu'on de Vicence avait dû parvenir le 5 décembre, et outragera les gouvernements qui se permettraient

[ocr errors]

un peu de vague dans l'ädhésion donnée par la les usages ont bien remis

[ocr errors]

même de nous outrager; mais il est permis d'ap- | lent encore. La France a reçu aussi quelques atprécier à leur juste valeur ces reproches si an- teintes ; mais elle est loin d'être abattue; elle ciens et si connus, prodigués à toutes les pụis- peut être fière de ses blessures comme de ses sances qui ont joué un grand rôle depuis Charles- triomphes passés. Le découragement dans le malQuint jusqu'à Louis XIV, et depuis Louis XIV heur serait encore plus inexcusable que la jacjusqu'à l'EMPEREUR. Ce système d'envahissement, de tance dans le succes. Ainsi donc, en invoquant la prépondérance, de monarchie universelle fut tou- paix, que les préparatifs militaires soient partout jours un cri de ralliement pour toutes les condi- accélérés et soutiennent la négociation. Rallionstions; et du sein même de ces coalitions étonnées nous autour de ce diadème ou l'éclat de cinquante de leur imprudence s'éleva souvent une puissauce victoires brille à travers un nuage passager. La plus ambitieuse que celle dont on dénonçait l'am- fortune ne manque pas longtemps aux nations qui bition.

ne se manquent pas à elles-mêmes. « Les abus de la force sont marqués en carac- « Cet appel à l'honneur national est dicté par tères de sang dans toutes les pages de l'histoire. l'amour mème de la paix, qu'on n'obtient point Toutes les nations se sont égarées; tous les gou- par la faiblesse, mais par la constance, de cette vernements ont commis des excès, tous doivent se paix enfin que l'EMPEREUR, par un nouveau genre pardonner.

de courage, promet d'accorder au prix de grands « Si, comme nous aimons à le croire, les puis- sacrifices. Nous avons la douce confiance que ses sances coalisées forment des veux sincères pour veux et les nôtres seront réalisés, et que cette la paix, rien ne s'oppose à son rétablissement. brave nation, aprés de si longues fatigues et tant « Nous avons démontré, par le dépouillement

de

sang répandu, trouvera le repos sous les ausdes pièces officielles, que l’EMPEREUR veut la paix pices d'un tróne qui eut assez de gloire, et qui ne et l'achètera même par des sacrifices où sa grande vcut plus s'entourer que des images de la felicité âme semble négliger sa gloire personnelle pour publique. » ne s'occuper que des besoins de la nation.

Le Sénat a délibéré qu'il serait fait une adresse « Quani on jetle les yeux sur cette coalition à Sa Majesté. formée d'éléments qui se repoussent ; quand on Il a renvoyé la rédaction de cette adresse à la voit le mélange fortuit et bizarre de tant de peu- même commission spéciale nommée dans la ples que la nature a faits rivaux; quand on songe séance du 22. que plusieurs, par des alliances peu réfléchies, M. le duc de Vicence, ministre des relations s'exposent à des dangers qui ne sont point une extérieures, a ensuite donné lecture du rapport chimère, on ne peut croire qu'un pareil assem- ci-après : blage d'intérêts si divers ait une longue durée. N'aperçois-je pas au milieu des rangs enne

Rapport à S. M. l'Empereur et Roi. mis ce prince né avec tous les sentiments fran

SIRE, çais dans le pays où ils ont peut-être le plus d'activité? Le guerrier qui défendit autrefois la J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de VOTRE France ne peut demeurer longtemps armé contro MAJESTÉ les dépêches de sa légation à Berne, anelle.

nonçant que le territoire et la neutralité de la « Rappelons-nous encore qu'un monarque du Suisse ont élé violés par les alliés. Nord, et le plus puissant de tous, mettait na- J'y joins la lettre apportée par MM. Rultimann guères au nombre de ses titres de gloire l'amitié et Wieland, envoyés extraordinaires de la diète du grand homme qu'il combat aujourd'hui. helvétique, et la réponse de VOTRE MAJESTÉ confir

« Nos regards tombent avec confiance sur cet mant la reconnaissance déjà faite par son miempereur que tant de næuds joignent au nôtre; nistre de la neutralité de la Suisse. qui nous fit le plus beau don dans une souve- Pendant que ces envoyés présentaient à VOTRE raine chérie, et qui voit dans son petit-fils l'hé- MAJESTÉ la lettre dont ils étaient porteurs, d'autres ritier de l'empire français.

envoyés s'étaient rendus à Francfort auprès des « Avec tant de motifs pour s'entendre et se réu- souverains alliés. Ceux-ci promettaient de reconnir, la paix est-elle si difficile ?

naitre aussi la neutralité de la Suisse, et le gé«Qu'on fixe tout à l'heure le lieu des confé- néral en chef de leurs armées donnait partout des rences; que les plénipotentiaires s'avancent de ordres pour la faire respecter. part et d'autre avec la noble volonté de pacifier Pleins de confiance dans ces promesses et dans le monde; que la modération soit dans les con- ces ordres, les Suisses avaient borné leurs préseils ainsi que dans le langage. Les puissances cautions à l'établissement d'un simple cordon. étrangères elles-mêmes l'ont dit dans cette décla- Votre Majesté n'avait aucun corps sur cette fronration qu'on leur attribue : Une grande nation ne tière. Elle avait voulu éloigner jusqu'à l'idée que doit pas déchoir pour avoir éprouvé à son tour des la neutralité des Suisses pùt courir quelques risrevers dans cette lutte pénible et sanglante elle

ques de ce côté. a combattu avec son audace accoutumée.

Mais ce n'est pas seulement la neutralité de la « Sénateurs, nous n'aurions point rempli les Suisse que les alliés ont violée; ils ont envoyé M. de devoirs que vous attendez de votre commission, Senft à Berne pour demander que ce pays resi, en montrant, avec une si parfaite évidence, les nonce à l'acte de médiation et aux conséquences intentions pacifiques de l'EMPEREUR, nos dernières de cet acte qui l'avait rendu si heureux depuis paroles ne rappelaient au peuple ce qu'il se doit dix ans. M. de Senft accompagnait cette demande à lui-même, ce qu'il doit au monarque.

de la déclaration que l'armée alliée allait entrer « Le moment est décisif. Les étrangers tiennent

en Suisse. un langage pacifique, mais quelques-unes de nos Dans le même moment, M. de Bubna sommait frontières sont envahies, et la guerre est à nos les troupes de la Confédération d'évacuer leurs portes. Trente-six millions d'hommes ne peuvent postes ; le pont de Bàle était forcé, et l'armée trahir leur gloire et leur destinée. Des peuples alliée entrait sur différents points. illustres, dans ce grand différend, ont essuyé de En violant de la sorte le ierritoire d'un peuple nombreux revers; plus d'une fois ils ont été mis paisibleet sa neutralité respectée par l'Europe penhors de combat : leurs plaies sanglantes ruisse- dant trois siècles, les alliés ontd'eux-mêmes donné

« PreviousContinue »