Page images
PDF
EPUB

les rois afin de les dominer, l'enivrèrent du poisoni de la flatterie, le rendirent avide pour enrichir sa cour, injuste en lui faisant préférer la faveur au mérite, et violent parce qu'ils lui firent envisager comme factieux ceux quise plaignaient avec justice, ou qui disaient courageusement la vérité.

Les voluptés dérangèrent la santé d'Hiéron : forcé d'écarter les plaisirs, ils laissèrent place à la réflexion. Ses entretiens avec Simonide, Pindare , Bacchylide et Épicharme éclairèrent son esprit et adoucirent ses moeurs. Simonide eut principalement la gloire de le ramener à la vertu, fait honorable qui nous est rappelé par un traité de Xénophon sur la manière de

Cet

gouverner.

ouvrage portait le titre d'Hieron ; c'est un dialogue entre ce prince et Simonide. Le roi déplore le malheur pour un monarque d'être privé d'amis ; le poète trace tous les devoirs des rois. On y trouve cette belle maxime : « La gloire d'un souverain est, non » qu'on le craigne, mais qu’on craigne pour lui. » Il doit disputer avec les autres rois, non à qui » courra le plus vite aux jeux olympiques , mais » à qui rendra ses peuples plus heureux. »

Hiéron fit la guerre avec succès; il prit Catane

et Naxe, et mourut après avoir régné onze ans. Règne ty. Thrasybule, son frère, le remplaça, et parut n'héThrasybule riter que de ses défauts : ses vices firent regretter

plus vivement les vertus qu'avaient fait éclater ses
deux frères. Esclave de ses favoris et de ses pas

Sa mort. :

!

sions , il fut le bourreau de ses sujets , bannit les uns, dépouilla les autres, punit la vérité

par

l'exil et la plainte par des supplices. Les Syracusains, excédés, appelèrent à leur secours les habitans des villes voisines. Thrasybule se vit assiégé dans Syracuse: presque tous les princes cruels sont lâches; il résista faiblement, capitula, quitta la ville où il n'avait régné qu’un an, et se retira à Locres. On ne dit rien de la durée ni de la fin de sa vie; Syracuse l'oublia, reprit sa liberté, et prospéra sous le gouvernement'populaire jusqu'au temps où Denysy rétablit la tyrannie. Cet intervalle dura soixante ans.

Pour consacrer le souvenir de la délivrance des Syracusains le peuple érigea une statue colossale à Jupiter Libérateur, et ordonna de célébrer tous les ans une fête solennelle, dans laquelle on devait immoler aux dieux quatre cent cinquante taureaux qui servaient ensuite à nourrir les pauvres dans un festin public.

Quelques partisans de la tyrannie excitèrent, depuis des troubles ; ils furent vaincus ; et pour

pétalisme. réprimer l'ambition des ennemis de la démocratie, on fit une loi semblable à l'ostracisme d'Athènes; on la nommait pétalisme, parce que les citoyens donnaient leurs suffrages sur une feuille d'olivier.

Deucétius, chef des peuples qu'on appelait pro- Victoires prement Siciliens, les rassembla en corps de na- tius. tion, et bâtit la ville de Polissa près du temple des dieux nommés Palici. Il servait d'asile aux esclaves

Loi du

et

don

maltraités

par

leurs maîtres. Ce temple jouissait d'une grande renommée ; on croyait que les sermens qu'on y prêtait étaient plus sacrés qu'ailleurs,

que leur violation attirait un châtiment certain.

Deucétius soumit quelques villes voisines, et étenSon aban- dit sa puissance par plusieurs victoires; mais enfin, son armée. dans une bataille contre les Syracusains, il se vit

abandonné par toute son armée qui prit la fuite. Ne consultant alors que son désespoir , il entra seul de nuit à Syracuse. Le lendemain matin les habilans furent surpris, en arrivant sur la place , de voir prosterné au pied des autels ce prince leur ennemi, jusque là si redoutable et si souvent vainqueur, et de l'entendre déclarer qu'il leur abandonnait sa vie et ses États.

Les magistrats convoquent l'assemblée ; les citoyens accourent en foule ; quelques orateurs véhémens excitent les passions du peuple, retracent les maux passés, et demandent, pour expier tant de sang répandu, la mort d'un ennemi public que

le ciel lui-même semblait livrer à la

vengeance.

Cette proposition glaça d'horreur les anciens sénateurs : l'un de ces sages vieillards dit qu'il ne voyait plus dans Deucétius un ennemi , mais un suppliant dont la personne devenait inviolable; qu'écraser ainsi le malheur, ce serait à la fois une bassesse et une impiété. Il ajouta qu'en croyant plaire à Némésis, on s'attirerait son juste courroux, el qu'il fallait au contraire profiter de cet événe

à Corinthe.

ment pour prouver la clémence et la générosité des Syracusains.

Tout le peuple se rangea à cet avis : on désigna Son exil à Deucétius pour lieu de son exil Corinthe, métropole de Syracuse ; ct on lui assura dans cette ville une subsistance honorable.

Depuis que Syracuse eut recouvré sa liberté, jusqu'au moment où Denys la lui enleva, l'histoire ne nous a conservé le souvenir que d'un grand événement, celui de l'invasion des Athéniens sous la conduite de Nicias : avec une armée nombreuse ils formèrent le siége de Syracuse. Les habitans , secourus par plusieurs villes alliées, et commandés par le brave Hermocrate, résistèrent vaillamment; mais malgré leur courage ils se voyaient enfin réduits à capituler , lorsqu'une armée lacédémonienne , sous les ordres de Gylippe, défit la flotte des Athéniens, lua ou prit tous leurs soldats, et fit périr leur chef. Cette guerre désastreuse, conseillée par Alcibiade, justifia son exil, et fut la cause de la ruine de sa patrie.

DENYS LE TYRAN.

(An du monde 3598.-Avant Jésus-Christ 406.)

Les reyers ralentissent, mais n'éteignent point „Expioits l'ambition: Carthage avait réparé ses pertes et accru crate. sa puissance; pour les États comme pour les hommes la soif des richesses s'irrite en se satis

faisant, et la fertilité de la Sicile tentait sans cesse l'avidité des opulens Carthaginois : ils envoyèrent de nouveau dans cette île une forte armée. Le vaillant Hermocrate déploya contre eux le même courage qui l'avait fait triompher des Athéniens; il combattit souvent avec succès, et défit en plusieurs rencontres ses nouveaux ennemis.

Un jeune homme, destiné à opprimer sa patrie, Denys de Syracuse , la servait alors avec zèle ; il se faisait distinguer dans l'armée par son intelligence et son intrépidité : les uns lui attribuaient

une noble origine , les autres une basse extraction. Sa mort.

La gloire des exploits d'Hermocrate excita la jalousie de ses compatriotes : l'ombre n'est pas plus inséparable du corps que l'envie ne l'est du mérite; une faction le fit condamner à l'exil. Indigné de cette injustice , il voulut rentrer à Syracuse à main armée, et punir ses ennemis; mais il périt dans le combat. Denys, qui l'accompagnait, fut blessé dans cette action; et, pour apaiser la colère du peuple, ses parens répandirent le bruit de sa mort. Il ne reparut dans Syracuse que lorsque le temps , qui calme tout, eut assoupi les passions.

Les Carthaginois, profitant des dissensions de d'Agrigente cette république, attaquèrent Agrigente, une des

plus opulentes et des plus belles villes de Sicile. On

у

admirait un temple dédié à Jupiter, qui avait trois cent quarante pieds de longueur ,

Doscription de la ville

« PreviousContinue »