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faisant, embellit et féconde tout dans sa noble

course.

Amour de: Masinissa

L'histoire de Carthage, jusqu'à l'époque de la troisième guerre punique, ne nous a conservé que le souvenir de quelques combats peu marquans entre elle et ses tributaires, Siphax et Masinissa qui furent alternativement ses alliés et ses ennemis.

Syphax avait épousé Sophonisbe, Carthaginoise, pour sopho- et fille d’Asdrubal. Masinissa, l'ayant défait, s'em

para de Cirtha, capitale de la Numidie; mais, au
moment de son triomphe, vaincu lui même

par

la beauté de Sophonisbe , ce fier Africain , ardent comme le soleil de sa contrée, brava les lois , rompit les traités, enleva la reine à ses premiers liens , l'épousa , et , pour lui plaire , embrassa le parti de Carthage. Assiégé bientôt par les Romains qui voulaient punir sa défection et rendre à Syphax sa femme et son trône, il n'écouta plus que sa fureur jalouse, et força la malheureuse Sophonisbe à s'empoisonner, pour qu'elle ne retombật pas dans les bras de son rival. Se croyant par la dégagé des noeuds qui l'attachaient à Carthage, il se rapprocha des Romains qui, le trouvant utile à leurs projets, lui rendirent leur confiance. Scipion le mit en possession de tous les Etats de Syphax, et obligea, comme on l'a vu, Carthage à lui restituer tout ee qu'elle lui avait pris.

Ce prince ambitieux, fort de l'appui de Rome

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sa

donna une injuste extension aux clauses du traité, et voulut s'emparer de la ville de Leptine , qui appartenait aux Carthaginois. Sur le refus qu'on fit de la lui céder , il prit les armes et se rendit maître de plusieurs, places. Carthage se plaignit à Rome de cette infraction de la paix, et le sénat envoyá des commissaires en Afrique pour régler ce différend.

Le célèbre Caton, membre de cette commission, détestait autant les Carthaginois qu'Annibal haïssait les Romains. Saisi de jalousie à la vue des restes de l'opulence que Carthage conservait

encore, haine s'en accrut , et, dès qu'il fut de retour à Rome, il ne cessa de proposer au sénat la destruction de sa rivale.

Cependant la discorde, qui suit toujours les revers, animait de plus en plus les factions dans Carthage et thage. Le parti populaire, esclave dès qu'il est faible, tyran dès qu'il domine , exila quarante séna teurs qui se retirèrent chez Masinissa. Celui-ci envoya ses fils à Carthage pour solliciter le rappel des bannis. Ces princes se virent insultés par

le peuple; Amilcar les poursuivit assez loin de la ville. Le roi de Numidie , irrité de cet affront, déclara la guerre.

Les deux armées se livrèrent bataille. Le jeune Scipion Émilien , envoyé par Rome à la cour de Numidie, fut témoin de cette action. Il vit avec Victoire de admiration Masinissa , âgé de quatre-vingts ans ,

Guerre entre Car

Masinissa.

Masinissa.

maîtriser un cheval fougueux , faire briller dans l'action l'ardeur d'un jeune soldat, se porter rapidement sur tous les points, rallier ses troupes ébranlées, ranimer les courages abattus, et remporter par sa bouillante valeur une victoire complète. Après ce triomphe, il dicta la paix, et força ses ennemis à lui payer un tribut.

De cinquante-huit mille Carthaginois très-peu échappèrent au fer des Numides; une peste terrible consuma le reste.

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CHAPITRE SIXIÈME.

TROISIÈME GUERRE PUNIQUE.

(An du monde 3855. - Avant Jésus-Christ 149. — De Carthage

697. — De Rome 599.)

Députation de Carthage à Rome. Déclaration du sénat.
Départ des otages.— Désarmement de Carthage.

Ses préparatifs de guerre.—Mort de Maşinissa.-Victoires de Scipion.Capitulation de Carthage. Lâcheté d'Asdrubal. Mort courageuse de sa femme. Pillage et destruction de Car. thage.-Reconstruction de Carthage après trente ans.

Carthage, inquiète de la partialité de Rome Deputation pour Masinissa, et des reproches qu'on lui faisait à Rome. d'avoir, au mépris du traité, fait la guerre sans permission, envoya des députés pour connaître les intentions de ces maîtres altiers.

Caton, renouvelant alors ses violentes déclamations dans le sénat, répéta qu'il avait trouvé à Carthage non une ville ruinée, mais une forte population, un commerce opulent, une nombreuse et ardente jeunesse, de grands trésors, et une immense quantité d'armes. « Voyez ces fruits, dit-il, » en jetant des figues d'Afrique au milieu de l'as» semblée; admirez leur fraîcheur : on les a cueil» lies il y a trois jours. Telle est la courte distance

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» qui nous sépare de notre implacable ennemi. Au » lieu de le détruire, attendrez-vous qu'il vienne » de nouveau en Italie ravager vos campagnes, » piller vos villes , moissonner vos légions, et me)) nacer vos murs ? »

Scipion Nasica combattit en vain avec une sagesse prévoyante cet orateur austère ét violent; il sentait la nécessité de l'existence de Carthage pour contenir l'insolence du peuple , et pour retarder la décadence de Rome.

Le sénat, qui partageait la haine de Caton,conclut à la guerre , sous prétexte que Carthage avait rompu la paix en armant plus de vaisseaux que le traité ne le permettait , en insultant les fils de Masinissa, et en faisant la guerre à un prince allié qui avait à sa cour un ambassadeur romain.

Les Carthaginois, dans celle circonstance critique, virent encore leurs forces affaiblies et leurs malheurs aggravés par une défection funeste. Utique, la seconde ville de l'Afrique, les abandonna et se livra aux Romains.

Manilius et Marcius Censorinus, nommés consuls, reçurent du sénat l'ordre de partir avec quatre-vingt mille hommes, et l'instruction secrète de ne terminer la guerre que par la ruine totale de Carthage.

Les députés de cette ville arrivèrent à Rome au moment où la guerre venait d'être déclarée; ils soumirent humblement le sort de leur patrie à la

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