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du Sénat.

des otages.

décision du sénat, et demandèrent quelles réparations on voulait, quels sacrifices on exigeait.

Le sénat, sans s'expliquer positivement, ré- Déclaration pondit qu'ils devaient envoyer en otage trois cents jeunes gens

des premières familles, et obéir à tous les ordres

que

donneraient les consuls. Malgré la dureté vague de cette réponse , Carthage, sans armée, sans alliés, et qui n'avait pu

résister aux seules forces de Masinissa, résolut d'envoyer les otages demandés et de se soumettre.

La ville relentissait de cris et de gémissemens; Départ les mères infortunées s'arrachaient les cheveux et fondaient en larmes *. Elles accompagnèrent leurs enfans jusqu'au port, et leur dirent un éternel adieu. Ils arrivèrent en Sicile. Les consuls qui s'y trouvaient firent partir les otages pour Rome, et commandèrent aux députés d'aller les attendre à Utique.

L'armée romaine débarqua bientôt près de cette ville. Les consuls ordonnèrent à Carthage de livrer loutes ses armes ; elle représenta vainement qu'on l'exposait par là aux vengeances d’Asdrubal qui campait alors près de la ville, à la tête de vingt mille bannis. On n'écoula pas ses remontrances; il fallut obéir.

Une longue file de chariots, chargés de deux Désarcent mille armures et de vingt mille machines de Carthage. guerre, arriva quelques jours après à Utique. Elle

An du monde 3856. --- De Rome 600.

inenient de

était précédée par les sénateurs et par les pontifes qui venaient dans l'intention d'exciter la pitié et d'implorer la clémence des Romains.

Censorinus les reçut avec une froide hauteur, et leur dit : « Je vous loue de votre prompte obéis» sance ; mais le sénat et le peuple romain veulent » que Carthage soit détruite : abandonnez-la donc, » et transportez-vous où vous voudrez, pourvu » que ce soit à quatre-vingts stades de la mer. »

L'indignation enleva aux Carthaginois la force de répondre; mais à la consternation et aux larmes succédèrent bientôt les reproches, la fureur et les imprécations. Les députés retournèrent à Carthage et rendirent compte de l'ordre barbare qu'ils avaient reçu. Le désespoir, se communiquant dans la ville avec la rapidité d'un incendie, fit

passer

la colère et la rage dans toutes les âmes. Hommes , femmes, vieillards , enfans, lous jurèrent de mourir et de s'ensevelir sous les débris de leur patrie, plutôt que de l'abandonner.

Les consuls, qui croyaient n'avoir rien à craindre parentiés de d’un peuple désarné, négligèrent de hâter leur

marche. Profitant de ce délai, les Carthaginois réparèrent leurs fortifications, rappelèrent les bannis, nommèrent pour général leur chef Asdrudal, et fabriquèrent jour et nuit des armes.

Dès cet instant chaque homme devint un ouvrier, chaque maison un atelier. On manquoit de cordes, les femmes coupèrent leurs cheveux et en

Ses pré

fournirent abondamment. En peu de temps le courage répara toutes les pertes, et Carthage renaissante parut comme Minerve lorsqu'elle sortit tout armée du cerveau de Jupiter.

Les Romains en arrivant croyaient ne rencontrer que des esclaves soumis; à leur grande surprise , ils trouvèrent une nation en armes, et ils éprouvèrent une résistance qu'ils n'attendaient pas. En vain, pour réparer leur lenteur, ils redoublèrent leurs efforts et multiplièrent leurs attaques; ils se voyaient eux-mêmes assaillis par les assiégés qui faisaient de fréquentes sorties, repoussaient leurs cohortes, comblaient leurs fossés , exterminaient leurs fourrageurs, et brûlaient leurs machines de guerre.

Les consuls, déconcertés par cette opiniâtre défense, ne commirent plus que des fautes. Les opérations mal combinées échouaient, et leur témérité malhabile les exposa plusieurs fois au danger d'une défaite lotale , dont ils furent préservés par un jeune guerrier, Scipion Emilien, qui servait alors sous leurs ordres comme tribun. Sa vigilance, sa bravoure et sa prudence lui acquirent dès ce moment une gloire éclatante.

Dans ce temps Masinissa mourut. Les Romains perdirent en lui un allié utile et puissant *. Enfin le désespoir courageux des Carthaginois l'emporta

Mort do Masinissa.

An du monde 3857.-- De Rome 601.

sur le nombre et sur la force de leurs ennemis, dont tous les efforts furent infructueux.

L'année suivante les nouveaux consuls n'eurent pas plus de succès. Les Carthaginois les battirent souvent, augmentèrent leurs troupes, et demanderent des secours au roi de Macédoine.

L'inquiétude se réparıdait dans Rome ; le jeune Scipion y parut alors pour solliciter une place d'édile *. Sa renommée le précédait; le peuple, frappé de sa ressemblance avec le premier Scipion, oublia les lois en sa faveur, l'élut consul malgré sa jeunesse, et lui donna l'Afrique pour dépar

tement.

Son arrivée sauva Mancinus qui s'était laissé envelopper, et qui se voyait au moment d'être taillé en pièces.

Scipion ne trouva dans l'armée ni ordre ni discipline; il s'appliqua d'abord à réformer les abus , à réparer les pertes, à former des magasins, à remettre en vigueur les règlemens militaires. Il s'approcha ensuite de Carthage, et, reconnaissant un côté de la ville , nommé Mégare, moins fortifié que les autres, il l'escalada de nuit et y pénétra. Maître de l’Isthme, il brûla le camp des ennemis, qu'il enferma par un retranchement.

La famine désolait Carthage ; mais elle attende Euipava. dait des vivres par la mer. Scipion, imitant l'audace

et l'activité d'Alexandre , construisit une levée

Victoires

* An du monde 3858. - De Rome 602.

pour fermer le port. Les Carthaginois, aussi infatigables dans leurs travaux, s'ouvrirent une autre issue par laquelle leur flotte sortit.

Une grande bataille navale eut lieu. Les Romains, après de longs efforts , remportèrent la victoire, et détruisirent, prirent ou dispersèrent les vaisseaux ennemis.

Pendant l'hiver Scipion , informé que Carthage rassemblait, sous les murs d'une ville nommée Néphéris, une forte armée sur laquelle se fondaient toutes ses espérances , y marcha, battit complètement les Africains, leur tua soixante-dix mille hommes, et s'empara de la forteresse.

Le printemps suivant il resserra Carthage, l'at- Copitulataqua sur tous les points, se rendit maître d'un tlage. port nommé Cothon, et, franchissant les murailles, arriva sur la grande place d'où l'on montait à la citadelle par trois grandes rues *.

L'extrême péril des assiégés redoublait leur fureur, et leur désespoir semblait accroître leur courage : leurs boucliers étaient devenus leurs seuls remparts. A chaque pas les Romains avaient un combat à soutenir; chaque maison exigeait un siége. Les rues étaient pleines de cadavres et de blessés qu'on jetait avec des crocs dans les fossés. On se batlit avec le même acharnement six jours et six nuits, sans accorder à la lassitude et au besoin un instant de repos. Enfin, le septième jour,

* An du monde 3859.-- De Rome 603.

tiou de Car

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