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la garnison de la citadelle capitula et proposa de l'évacuer à condition d'avoir la vie sauve.

Scipion accepta cette proposition, exceptant seulement de la capitulation les transfuges. Cinquante mille hommes sortirent de la citadelle et furent conduits désarmés dans la campagne.

Neuf cents transfuges, ayant à leur tête Asdrubal, sa femme et ses enfans, se'retranchèrent dans le temple d'Esculape, situé sur un rocher où l'on montait

par soixante degrés. Ils étaient tous décidés à périr d'Aschubár: plutôt que de se rendre. Asdrubal seul, perdant

tout à coup son ancien courage, et entraîné par le lâche désir de sauver sa vie, descendit précipitamment, tenant à la main une branche d'olivier, et se prosterna aux pieds de Scipion. Les transfuges, furieux, l'accablèrent d'imprécations et mirent le feu au temple.

La femme d'Asdrubal, se plaçant avec ses ensa femme. fans sur la pointe du rocher à la vue de Scipion

s'écria : « Je ne te maudis point, Romain, tu uses » des droits de la guerre : mais puisses-tu, de con» cert avec les dieux de Carthage, punir, comme » il le mérite, ce perfide qui trahit sa famille et sa » patrie. Traître, dit-elle à Asdrubal, ce feu va ) nous consumer; pour toi , lâche guerrier, orne » le triomphe du vainqueur et subis après la peine » due à ton infamie. » A ces mots elle poignarde ses enfans, les jette dans les flammes et s'y précipite elle-même. Tous les transfuges l’imitèrent.

Mcrt cou

ragelisc de

Le fier Scipion , voyant la ruine d’unc si puissante cité, ne put lui refuser des larmes ; et, prévoyant peut-être le sort futur de Rome, il

prononca tristement ces deux vers d'Homère :

« Il viendra un jour où la ville sacrée de Troie et le vaillant » Priam et son peuple périront.

Pillage et

ile Carthage

Carthage fut livrée pendant plusieurs jours au pillage : on mit à part tous les trésors trouvés dans destruction les temples *. Les habitans de la Sicile reçurent l'ordre de venir reprendre leurs tableaux et leurs statues. On rendit à Agrigente le fameux taureau de Phalaris; dix commissaires romains firent démolir et raser tous les bâtimens de Carthage. On défendit à tout homme d'y habiter ; on ajouta d'horribles imprecations contre ceux qui enfreindraient cette défense. Utique obtint la propriété de tout le territoire situé entre Carthage et Hippone ; le reste du

pays

fut réduit en province romaine sous l'administration d'un préteur.

Cependant, trente ans après, l'un des Gracques, sa reconpour plaire au peuple , rebâtit Carthage et y con- structiun. duisit six mille Romains. On doit remarquer que ce fut la première colonie romaine envoyée hors de l'Italie.

Marius vint se consoler de ses malheurs sur les débris de cette grande villc. Appien rapporte que

* An du monde 3859. — Avant Jésus-Christ 155. — De Carthage 001.---De Rome 603.

César rendit à Carthage et à Corinthe leur ancien éclat. Sous les empereurs, Carthage était regardée comme la capitale de l'Afrique. Au septième siècle elle existait encore; mais les Sarrasins détruisirent sa population et effacèrent ses vestiges.

FIN DE L'HISTOIRE DE CARTHAGE.

HISTOIRE DES JUIFS.

CHAPITRE PREMIER.

Création du monde, d'Adam et d'Eve. Mort d'Abel. - Le dé

luge. - L'arche de Noë.

« Il serait honteux à tout honnête homme , di» sait Bossuet, d'ignorer le genre humain et les » changemens mémorables que la suite des temps » a faits dans le monde. Apprenons donc à la » jeunesse à les connaître : préparons-la, par un » précis de l'histoire universelle, à l'étude de l'his» toire particulière de chaque peuple,

» Nous lui proposerons un grand spectacle : elle » y verra tous les siècles précédens se dévelop» per, pour ainsi dire, en peu d'heures devant elle. » Elle trouvera dans la naissance, dans l'éléva» tion, dans la chute des empires, d'éternels mo» numens de la puissance de Dieu et des faiblesses » des hommes. Elle y apprendra, non par des » maximes abstraites, mais par des exemples con» vaincans, à respecter la religion qui fonde et )) conserve la morale; à chérir la vertu et la jus» tice, sans lesquelles il n'existe ni gloire ni puis) sance durables; et à détester les vices, les lâchetés » et les crimes qui entraînent la décadence des » nations, et tous les malheurs dont l'homme se » plaint, et dont il est à la fois lui-même cause et ) victime. »

L'antiquité nous cache , sous un voile épais, l'origine et l'enfance de presque tous les peuples de la terre. En voulant percer la nuit des temps, chaque philosophe s'est fait un système, chaque peuple s'est créé des fables. On ne trouve , à cet égard, dans les auteurs les plus anciens, que des romans dépourvus de liaisons et de vraisemblance. : Moïse est le seul qui nous ait donné une histoire suivie. Ainsi c'est en apprenant l'histoire de notre religion que nous apprenons celle des premiers temps du monde. Une source si sacrée nous commande le respect, et nous fait un devoir de présenter les lumières qu'on y puise sans discussion.

Il serait in, prudent de vouloir sonder les mysadam et tères et la profondeur des livres saints, et de pré

tendre en expliquer les obscurités. Ces livres, au reste, nous ont transmis

peu

de détails sur les événemens qui ont précédé le déluge. On ne peut donc que rappeler comme eux, en peu de mots, que Dieu, par sa parole , créa le ciel et la terre en six jours, et qu'il fit l'homme à son image *. Le dernier jour, la femme fut tirée de l'homme pour être son éternelle compagne. Placés tous deux

* An du monde 1. - Avant Jésus-Christ 4003.

(reation du monde

d'Eve.

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