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Denys.

rence les étrangers , fit construire dans celte enceinte beaucoup de boutiques, mit en place toutes ses créatures, donna les meilleures terres des proserits à ses favoris, et partagea le reste entre les citoyens et les mercenaires.

Ayant assuré de cette sorte sa domination, il s'occupa à consoler les Syracusains, par un peu de gloire, de la perte de leur liberté. Il se mit à la tête de son armée, et subjugua plusieurs peuples qui dans la dernière guerre avaient donné des secours aux Carthaginois. Tandis qu'il assiégeait Nouvelle Herbérine, les troupes syracusaines qui étaient Fernbedie avec lui se révoltèrent , armèrent les bannis, et le forcèrent de se retirer à Syracuse avec ses soldats restés fidèles.

Les révoltés le suivirent, s'emparèrent de l'Épipole, lui fermèrent toute communication avec la campagne, mirent sa tête à prix, et promirent le droit de cité aux étrangers qui l'abandonneraient. Ils en gagnèrent beaucoup par ce moyen, Avec leur secours et quelques alliés ils formereni le siége de la citadelle. Denys, réduit à l'extrémité, avait tellement perdu l'espoir de se sauver, qu'il délibérait avec ses amis sur le genre de mort qui devait terminer ses jours. Dans cet instant Philiste lui reproche son désespoir, relève son courage, et le détermine à tenter encore la ruse et la force. Derys négocie; il demande aux rebelles la permission de sortir de la ville avec les siens :

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on le lui permet , et on lui accorde cinq vaisseaux. La nécessité de les équiper lui fait gagner du temps ; les Syracusains, dans une fausse sécurité, désarment une partie de leurs troupes. Denys avait fait appeler secrètement des Campaniens en garnison dans les places appartenant aux Carthaginois. Ils arrivent au nombre de quinze cents, forcent les portes , et s'ouvrent un passage jusqu'à la citadelle. Le découragement s'empare des Syracusains; Denys, saisissant le moment favorable, fait une sortie impétueuse, renverse ce qui se trouve sur son passage, disperse ses ennemis, et s'empare de la ville. Instruit par l'expérience du danger des excès, il arrête le carnage, promet l'oubli du passé, et congédie les Campaniens.

Dans ce même temps les Lacédémoniens, qui venaient de ruiner la liberté d'Athènes, envoyerent des ambassadeurs à Syracuse pour y fortifier la tyrannie.

Denys , craignant une nouvelle révolte, profita du moment où les citoyens étaient à la moisson, pour fouiller toutes les maisons et pour enlever les armes. Revenant ensuite au projet d'illustrer sa patrie qu'il asservissait , il s'empara de Naxe, de Catane, de Léontium ; enrichit Syracuse par ses trophées; et forma le dessein de se rendre maître de Rhège. Une sédition qui éclata parmi ses troupes le força d'y renoncer.

Apprenant alors que les garnisons carthagi

hostiles de

chasser Denys.

noises étaient très-affaiblies par une maladie con- Préparatifs tagieuse, il crut le moment favorable

pour ces dangereux ennemis de la Sicile, et s'y prépara. On vit tout à coup Syracuse changer de face. Ce n'était plus cette ville occupée de fêtes, de cérémonies, de spectacles ; elle ne paraissait plus qu’un vaste arsenal. Partout on fabriquait des armes, on construisait des machines, on équipait des galères, on exerçait des soldats. En

peu

de temps cent cinquante mille hommes furent levés et armés. Denys, métamorphosé lui-même, se montrait sage,

doux et clément : on croyait voir un autre homme.

Voulant se faire des alliés, il demanda en mariage la fille d'un riche citoyen de Rhège , qui lui répondit qu'on n'avait que la fille du bourreau à lui accorder. Cette raillerie coûta cher par la suite aux habitans de Rhège. Mieux accueilli à Locres, il épousa Doride, fille d'un homme puissant de cette ville. Il se maria aussi avec une Syracusaine nommée Aristomaque, fille d'Hypparinus et soeur de Dion, citoyen généralement considéré par ses talens et par ses vertus.

Ce double mariage était contraire aux mours d'Occident; mais Denys se plaçait au-dessus des lois. Il traita ses deux femmes avec douceur, parut les aimer également, et commanda à ses trésoriers de leur donner, ainsi qu'à Dion, tout l'argent qu'ils demanderaient.

Dion s'était formé à l'école de Platon. Espérant éclairer Denys par les lumières de la philosophie, et lui faire sentir l'évidente nécessité d'unir la morale à la puissance, pour son bonheur propre comme pour la félicité publique, il engagea Platon à venir à Syracuse, et fit entrer la sagesse dans le palais de la tyrannie.

Denys accueillit favorablement le philosophe, mais n'adopta pas ses principes. Un jour il se permit, en présence de Dion, des railleries sur le règne de Gélon: Dion lui dit : « Res» pectez la mémoire de ce grand prince. On » vous a permis de régner, parce que Gélon a » fait aimer la monarchie, et vous, qui la faites » haïr, peut-être priverez-vous d'autres princes » du trône. »

Denys, ayant achevé ses préparatifs, rassembla le peuple, et lui proposa de déclarer la guerre

à Carthage, assurant que c'était plutôt la prévenir que

la commencer. Le peuple approuva unanimement son dessein. Syracuse haïssait d'autant plus Carthage qu'elle croyait lui devoir son tyran. Aussi la guerre commença avec la fureur de la haine ; à son signal la populace, dans toutes les villes , pilla et massacra les marchands carthaginois.

Denys se voyait à la tête de quatre-vingt mille hommes; sa flotte montait à deux cents galères et cinq cents barques. Ses succès furent rapides ;

Guerre avec Carbage.

il prit la plupart des villes soumises aux Carthaginois ou à leurs alliés.

L'année suivante Carthage envoya en Sicile une armée de trois cent mille honumes sous les ordres d’Imileon ; Magon commandait une flotte de quatre cents galères. Ils se rendirent maîtres d'Erix et de Messène; presque toute la Sicile abandonna Denys. Ce prince, ayant résolu d'attaquer l'ennemi, ordonna à son amiral Leptine de l'attendre à Catane. Cet officier n'obéit pas, fut battu et mis en fuite. Denys se trouva forcé de retourner à Syracuse que Magon bloquait par mer. Imilcon l'y suivit et plaça sa tente dans un temple de Jupiter, près de la ville,

Magon s'empara des deux petits ports ; Imilcon se rendit maître du faubourg d'Achradine, pilla les temples de Cérès et de Proserpine, ravagea les champs et détruisit tous les tombeaux, sans épargner celui de Gélon et de Démarète. Mais bientôt Polixène, beau-frère du tyran, lui amena des secours de Grèce et d'Italie ; la flotte syracusaine défit la flotte ennemie..

Denys se trouvait alors absent pour rassembler des vivres : les Syracusains , fiers de leur victoire, s'ameutèrent pour reprendre leur liberté. Comme ils étaient réunis, le tyran arrive, et veut d'abord féliciter le peuple sur sa vietoire.

Un citoyen nommé Théodore l'interrompt : de Thes" « On nous fait, dit-il, de vains complimens pour

Harangue

doro.

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