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Sos premiers habitans.

romain, destiné à conquérir le monde et à devenir à son tour la proie des barbares du nord.

La Sicile s'appelait autrefois Trinacrie, parce qu'elle a la forme d'un triangle. La fable dit qu'elle était habilée primitivement par des Lestrigons et des Cyclopes. Les Troyens, en fuyant leur patrie, y

bâtirent les villes d'Érix et d'Égeste. Ses premiers habitans connus furent les Sicaniens , dont on ignore l'origine. Enfin un peuple venant d'Italie, nommé Sicule, donna à cette île le nom qui lui reste.

Son circuit est de cent quatre-vingt-deux lieues ou quatre mille trois cents stades; elle est trèsfertile en blés et en vins ; on croit même que le blé

у est venu naturellement et s'est répandu de là

dans toute l'Europe ; aussi on consacra cette conSes temps trée à Cérés et à sa fille. Les poètes disent que ce

fut dans les charmantes prairies d'Enna que Pluton vit Proserpine , s'enflamma pour elle et l'enleva. Ces prairies sont tellement parsemées de violettes et d'autres fleurs que les chiens, dans cette terre embaumée, perdent la trace des animaux qu'ils poursuivent : elles sont situées au centre de l'île ; non loin de là on trouve une caverne souterraine, par laquelle Pluton retourna, dit-on,

aux enfers en enlevant la déesse. On raconte que Minerve, Diane et Proserpine, voulant garder leur virginité, vivaient retirées dans ces prairies et travaillaient à un voile de fleurs dont elles firent présent

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à Jupiter. On prétend qu'en consacrant l'hymen de Pluton, Cérès donna pour dot la Sicile à Proserpine. Cependant la ville d'Hymère fut particulièrenient consacrée à Minerye, et Syracuse à Diane. On l'appelait Ortygie, nom qu’on attribuait aussi quelquefois à toute la contrée.

La fable rapporte que les nymphes, pour lui plaire , firent jaillir de la terre la fontaine Aréthuse ; et les poètes disent que ce fut par l'ouverture d'une autre fontaine, appelée Cyanée, que Pluton redescendit aux enfers.

Cérés apprit aux Siciliens l'art de l'agriculture; ils lui durent leurs premières lois. L'historien Philiste, parent du roi Denys, écrit que les Sicaniens venaient d'Espagne ; mais comme dans ces premiers temps la navigation était peu connue , l'opinion de ceux qui font venir d'Italie les premiers habitans de la Sicile paraît la plus probable.

Les Sicaniens habitaient d'abord sur les montagnes, dans de petites bourgades gouvernées par différens princes; ils possédaient toute l'ile : l'embrasement de l'Etna et ses éruptions les chassèrent vers l'occident. Long-temps après une colonie italienne, formée, comme nous l'avons déjà dit, des Sicules,

vint occuper la partie de l'ile abandonnée : les deux euples se firent de longues guerres, dont les événemens ne nous sont pas connus. Les Grecs, profitant de leurs divisions,

HISTOIRE DE LA SICILE.

colonies grecques.

4 semont des s'emparèrent des côtes, et y établirent des colo

nies. Les Chalcidiens bâtirent Léonte et Catane; les Mégariens Mégare; les Messéniens Messène; Arcbias de Corinthe fonda Syracuse l'an 3295 du monde ; d'autres colonies s'établirent en Calabre, ce qui fit donner à la Sicile, et à la partie de l'Italie qu'elles habitaient, le nom de GrandeGrèce. Les habitans de Mégare fondèrent Hybla; les Messéniens Hymère ; les Syracusains Aere, Casmène , Camarine et Géla; ceux de Géla Agrigente et Sélinunte.

Cette contrée, riche, étendue et fertile, défendue par la mer des attaques du dehors, et propre par la quantité de ses ports à devenir maritime et conquérante, aurait pu balancer la puissance des plus grands Etats de l'Europe si ses habitans s'étaient réunis sous un seul gouvernement; mais la Sicile resta toujours divisée en différentes nations, gouvernées tantôt en républiques, tantôt en monarchies, cherchant toutes à s'étendre et se combattant sans cesse. Elles préparerent ainsi une riche proie à l'ambition de Rome et de Carthage; et la Sicile devint la principale cause de leurs guerres et le théâtre de leurs luttes sanglantes.

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CHAPITRE SECOND.

Gélon, Son commandement. Son élévation au trône. Sa

victoire sur les Carthaginois. Son sage gouvernement. - Sa mort. Hiéron et Thrasybule.

Règne de Hiéron. Sa mort.-— Règne tyrannique de Thrasybule. Loi du pétalisme.

Victoires de Deucétius. Son abandon par son armée. Son exil à Corinthe. — Denys le tyran. Exploits d'Hermocrate. -Sa mort. Description de la ville d’Agrigente. Harangue de Denys. Sa nomination de généralissime. Sa ruse pour accroître son pouvoir. Sédition dans le camp de Denys.—Traité de paix entre Carthage et Syracuse.—Nouvelle révolte dans l'armée de Denys.- Préparatifs hostiles de Denys.Guerre avec Carthage.—Harangue de Théodore.—Déclaration de Sparte. — Fermeté de Testa seur de Denys.-Victoires de Denys.-Son amour pour les lettres.—Sa mort.-Amitié de Damon et de Phytias.-Épée de Damoclès.-Denys le jeune.—Son règne paisible.- Arrivée de Platon à Syracuse.-Exil de Dion.Retour de Platon à Athènes. - Son rappel à Syracuse. Son retour en Grèce. — Haine de Dion contre Denys. Sa descente en Sicile. — Prise de Syracuse. Disgrâce de Dion.Son rappel. — Sa nomination de généralissime. — Conspiration contre lui. —Sa mort. - Descente de Denys en Sicile. —Guerre entre Corinthe et Denys. Commandement de Timoléon. Son fratricide. Ses exploits. - Exil de Denys.- Prise de Syracuse par Timoléon. — Ses nouvelles victoiręs.

Son jugement. Sa démission. - Sa cécité. - Fin de sa vie.

GÉLON. Avant le règne de Xerxés en Asie, et de Gélon à Syracuse, les anciens auteurs ne nous ont rien Géloa. transmis de certain sur l'histoire de Sicile; nous

Commandement de

savons seulement par eux que Cléandre , lyran de Géla, ayant péri sous le poignard d'un assassin , laissa la couronne à son frère Hippocrate qui confia le commandement de ses armées à un citoyen nommé Gélon, d'une famille sacerdotale, et plus considérable encore par son mérite personnel que par sa naissance.

Gélon se concilia, par sa vaillance et par son habileté, la faveur da peuple et de l'armée. Il enleva Camarine aux Syracusains, et se distingua par beaucoup d'autres exploits. Hippocrate mourut et laissa denx fils. Un parti républicain, assez puissant dans Géla, refusait à ces princes le trône de leur père. Gélon parut s’armer pour eux ; mais, s'étant emparé de vive force de la ville, il se fit déclarer roi par le peuple. Dans ce temps Syracuse était gouvernée républicainement et déchirée par des factions : l'une d'elles, s'emparant de l'autorité, bannit un grand nombre de citoyens. Ceux-ci implorèrent la protection de Gélon : il

les ramena à Syracuse, et défit leurs ennemis. Tous. au trône. les citoyens, fatigués de l'anarchie et prévenus en

faveur de Gélon par sa haute renommée, se soumirent à lui et lui donnèrent le trône avec un pouvoir absolu.

Les Carthaginois l'attaquèrent: repoussé d'abord par eux, il envoya demander des secours à Athènes et à Sparte; mais sans leur aide il parvint à triompher de ses ennemis, et augmenta tellement ses

Son élévation

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