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Prise

Léon.

plus tyranniser des hommes, il se fit maître d'école ; peut-être, dit Cicéron, pour tyranniser encore des enfans.

Icetas assiégeait toujours la citadelle de Syracuse; mais, s'en étant éloigné avec Magon pour attaquer

Timoléon dans Catane, Léon le Corinthien, qui depuis le départ de Denys commandait dans le fort, fit une sortie, trouva les assiégeans en désordre, les tailla en pièces, s'empara du quartier de l’Achradine, le fortifia et le joignit à la citadelle.

Sur ces entrefaites un renfort de Corinthiens

étant arrivé en Sicile, Timoléon, à la tête de quapar Timos tre mille hommes, se saisit de Messine, et mar

cha contre Syracuse. Ses émissaires, répandus dans le camp d'Icétas, engagèrent les Grecs à se joindre à lui. Magon, craignant d'être trahi, embarqua ses troupes , et retourna en Afrique. Timoléon, trop habile pour ne pas profiter de cette défection , attaqua brusquement Syracuse, et la prit d'assaut.

Après cette victoire il exhorta tous les citoyens à raser la citadelle , à démolir les palais des tyrans, et à détruire leurs tombeaux. La tyrannie avait siégé dans la forteresse; Timoléon y établit la justice en y plaçant les tribunaux.

La plupart des habitans étaient morts victimes de Denys ou de Carthage; Timoléon écrivit à Corinthe pour l'engager à fonder une seconde fois Syracuse. Les Corinthiens envoyèrent des hérauts dans toute la Grèce, et promirent de conduire à

leurs frais tous ceux qui voudraient se rendre en Sicile. Soixante mille hommes y accoururent de toutes parts. On fit le procès à la mémoire et aux statues des tyrans ; elles furent toutes renversées, hors celle de Gélon. Rollin, à ce propos,

dit naïvement : « Si on faisait subir une pareille enquête » à toutes les statues, je ne sais s'il

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en aurait » beaucoup qui restassent sur pied. »

victoires de

Timoléon, ayant rétabli la tranquillité et la li- Nouvelles berté dans Syracuse, marcha contre les autres Timoléon. villes de Sicile. Il força Icétas à rompre avec Carthage, à raser ses forteresses et à vivre à Léontium en simple citoyen. Leptine , tyran d'Apollonie, osa le combattre, fut défait, pris et envoyé à Corinthe. Cependant Magon , mal accueilli à Carthage, s'était tué de désespoir. Asdrubalet Amilcar

reçurent l'ordre de conduire à Lylibée soixante-dix mille hommes, et de chasser les Grecs de Sicile. Timoléon, qui ne put rassembler que sept mille soldats, attaqua les Carthaginois près du fleuve Crimez, et remporta sur eux une victoire complète. Les tyrans de Sicile, ne fondant l'espoir de leur conservation, comme tous les princes ennemis de leurs sujets, que sur le secours des étrangers, se révoltèrent et se liguèrent contre Timoléon en faveur de Carthage. Il les vainquit tous. On conduisit à Syracuse Icétas , son fils, sa femme et sa fille. Le peuple les massacra pour venger l'assassinat de Dion, d'Arète et d’Aristomaque.

Son jugemont.

Sa démission.

Dans ce même temps deux citoyens de Syracuse accusèrent Timoléon de malversations ; ils le mirent en jugement. Le peuple s'indignait de cette audace; Timoléon voulut être jugé, s'écriant que ses voeux étaient comblés, puisque les Syracusains jouissaient d'une entière liberté. Il fut absous, et ce procès ne fit que répandre plus d'éclat sur sa sagesse et sur sa vertu.

Lorsque Timoléon eut vaincu les tyrans, chassé les ennemis, relevé les villes ruinées, et donné au peuple de bonnes lois, il se démit de son autorité et vécut dans une maison de campagne avec sa famille , jouissant tranquillement dans sa retraite de sa gloire et du bonheur de Syracuse.

Dans sa vieillesse il devint aveugle; on le consultait de temps en temps comme un oracle. Quand le peuple se trouvait dans quelque crise importante, Timoléon, rappelé de sa retraite , traversait la ville sur un char, au bruit des acclamations publiques. Il donnait son avis qu'on suivait re

ligieusement, et retournait dans sa solitude accomFin de sa vie pagné des bénédictions du peuple. Un deuil géné

ral et des larnies sincères honorèrent la tombe de ce grand homme. Il n'avait commis qu’un crime, expié par de longs remords et par une longue vie pleine de gloire et de vertus.

L'anniversaire de son trépas était célébré par des jeux gymniques; enfin, pour honorer complétement sa mémoire, le peuple ordonna que toutes

Sa cécité.

les fois que les Siciliens seraient en guerre avec les étrangers, ils donneraient le commandement de leurs armées à un général corinthien. Plutarque, trop indulgent d'ailleurs pour la seule action coupable de sa vie, le place avec raison au-dessus d'Epaminondas, de Thémistocle, d'Agesilas et des autres héros de la Grèce.

* An du monde 3666.

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CHAPITRE TROISIÈME.

Gouvernement tyrannique de Sosistrate. Son exil. Préten-
tion d'Agathocle au pouvoir.—Sa cruauté.-Son gouvernement.,

- Sa guerre avec les Carthaginois. Sa victoire. - Désas -
tre de son armée. Massacre à Syracuse. Mort d'Agatho-
cle.-Règne de Hiéron.-Règne de Hiéronyne. Sa mort.
Siege , blocus et prise de Syracuse par Marcellus. - Réduction
de la Sicile en province romaine.

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Si les lois de Timoléon semblaient propres à
établir une sage liberté, la population qu'il attira
dans Syracuse n'était pas faite pour y maintenir
long-temps la concorde ; car des hommes de
tant de nations différentes y portaient chacun
l'esprit, les coutumes et les préjugés de leur pa-
trie. Syracuse ne jouit pas vingt ans de la liberté ;
et encore ce temps fut agité par beaucoup de dis-
sensions qu’excitaient le penchant des militaires
pour la tyrannie, la turbulence des amis de la dé-
mocratie, et l'orgueil des partisans de l'oligarchie.

Les Carthaginois, ne perdant pas de vue le des-
sein de s'emparer de la Sicile, fomentaient tous ces

partis et alimentaient les troubles. Enfin Sosistrate, mique so l'un des généraux Syracusains, parvint, avec l'appui de l'armée, à s'emparer d'un pouvoir presque

absolu, et, comme tous les tyrans, chassa des em

Gouverne.

sistrate.

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