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venir aux secours de sa patrie. Ce général , avant d'obéir, essaya d'effrayer et de tromper les Syracusains. Il fit passer dans la ville des débris de vaisseaux siciliens, dans l'intention de faire croire aux habitans que leur roi et son armée avaient péri. Déjà le peuple, consterné, parlait de capituler et de rendre la ville ; mais au même instant on vit arriver dans le port un petit esquif, envoyé par Agathocle, qui apprenait sa victoire et qui portait la tête d'Hannon : on la jeta dans le

camp

des Carthaginois. Cet horrible présent répandit la terreur dans leur armée.

Agathocle, en Afrique, avait engagé dans son alliance Ophellas, roi des Cyrénéens, en lui promettant le trône de Carthage. Ophellas arrive dans · son camp; Agathocle , aussi fourbe que cruel l'assassine et se rend maître de son armée. Pendant ce temps beaucoup de villes de Sicile, profitant de l'absence du tyran, s'étaient liguées pour secouer son joug. Informé de ces nouvelles, il s'embarque et laisse en Afrique Archagatus son fils.

La renommée d'Agathocle, devenue plus éclatante parle succès de son invasion, lui donna beaucoup de facilités pour lever des troupes, et en peu de temps il rétablit ses affaires en Sicile. Mais à peine il s'en était rendu maître qu'un courrier lui arrive, et lui apprend que trois corps d'armée carthaginois, ayant marché contre son son fils, l'ont défait complètement. Il retourne promptement en

,

dans son ar

Afrique; et, quoique ses affaires y fussent presque dans une situation désespérée, son étoile lui donna encore la possibilité d'échapper aux Carthaginois. Six mille Grecs de son armée désertaient une nuit Desastro pour passer à l'ennemi:dans cet instant un incendie med. éclata avec violence dans le camp des Carthaginois. Ceux-ci, effrayés par les flammes, voyant un gros corps d'ennemis arriver, se crurent perdus, prirent la fuite et coururent jusqu'à Carthage, persuadés qu’Agathocle y entrerait pêle-mêle avec eux. Les six mille Grecs, à la vue de ce désordre, s'imaginant qu'un corps de leur armée battait les ennemis, retournèrent sur leurs pas. Leur arrivée répandit dans le camp

d'Agathocle la même terreur que leur approche avait excitée dans le camp carthaginois : officiers, soldats, tout prend la fuite. Les esclaves, restés sans maîtres, se livrent au pillage, s'enivrent et mettent le feu au camp, qui en peu d'heures disparut dans les flammes.

Agathocle, sans vivres, sans équipages, sans espoir, avait formé le dessein d'abandonner l'armée. Ses soldats, et son fils même, pénétrant son projet, l'arrêtèrent et l'enchaînerent. Bientôt le désordre suivit l'indiscipline: la discorde des chefs, la licence du soldat, l'incendie du

la crainte des Carthaginois excitèrent une sédition. Dans la nuit, à la faveur du tumulte, Agathocle se sauva, s'embarqua et retourna en Sicile. L'armée , furieuse de son évasion, massacra ses fils, et nomma

camp,

و

le

Massacre à Syracuse.

rues

des généraux qui conclurent avec Carthage un traité par lequel les Carthaginois s'obligèrent à les transporter dans leur île, et à leur céder la ville de Sélinonte.

Agathocle, arrivé en Sicile , leva de nouvelles troupes, prit d'assaut la ville d'Égeste, et en passa les habitans au fil de l'épée. Dès qu'il apprit la mort de ses fils et la capitulation de son armée, son caractère cruel devint féroce; it ordonna à son frère Antander de faire périr tous les Syracusains qui tenaient

par sang ou par l'amitié aux officiers ou aux soldats de l'armée d'Afrique.

Jamais on ne vit un tel massacre; les étaient remplies de cadavres, les murailles de la ville et les eaux de la mer furent teintes de sang. Cet excès d'atrocité produisit la révolte. Un banni, nommé Dinocrate , se mit à la tête des citoyens armés, et battit si complétement le tyran que celui-ci demanda la paix , et offrit de lui céder le trône, à condition qu'on lui laisserait deux forteresses. On rejeta ces propositions. Le désespoir lui rendit sa force; il marcha contre les rebelles, les mit en déroute, et les tailla en pièces. Un corps nombreux, retranché sur une montagne, capitula. On avait promis la vie aux soldats qui le composaient; ils rendirent leurs armes, et aussitôt Agathocle les fit tous tuer, et n'accorda de grâce qu'à leur chef Dinocrate. Ses vices le rendaient digne de lui ; il le prit pour compagnon et pour ami.

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Agathocle , détesté universellement, avait atteint ce terme où la cruauté révolte et n'effraie plus. Des complots fréquens lui faisaient craindre le séjour de son palais. De tyran il se fit corsaire , ravagea les côtes d'Italie, attaqua les îles de Lipari, dont jamais jusque là on n'avait troublé la paix, leur imposa de lourds tributs, emporta leurs trésors et pilla leurs temples.

Une mort digne de sa vie suivit promptement ces derniers et honteux succès.

Un Syracusain , Ménon, qu'il avait outragé, empoisonna la plume dont il se servait

se servait pour nétoyer ses dents. Ce venin était si actif, qu'après avoir brûlé sa bouche , il se répandit rapidement dans tout son corps qui ne devint bientôt qu'une seule plaie. Respirant encore au milieu des plus affreux tourmens, on le porta sur un bûcher, dont la flamme termina ses crimes et son existence. Un

corps de soldats messéniens qui servait dans la garde d'Agathocle, qu'on appelait Mamertins , s'empara de Messine. Ces guerriers féroces tuèrent tous les habitans de la ville, et épousèrent leurs femmes. Syracuse , presque aussi malheureuse, se vit la proie d'une sanglante anarchie : Ménon, qui s'empara du pouvoir, fut chassé par Héractus; celui-ci ne prit que le titre de préteur. Timon et Sosistrate, chacun à la tête d'une faction, lui disputèrent l'autorité. Les Carthaginois les attaquerent; dans ce danger, ils appelèrent à leur secours TOME 3.

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un pays où

Pyrrhus, roi d'Épire, qui se trouvait en Italie *. Co
prince, las de la résistance des Romains, saisit avec
enpressement cette occasion de quitter
ses armes faisaient peu de progrès. D'ailleurs ,
ayant épousé une fille d'Agathocle, il se croyait des
droits au trône de Sicile.

Timon et Sosistrate lui livrèrent les troupes, le
trésor et l'autorité; le peuple le reçut comme un
libérateur. Il satisfit la vanité des Syracusains, en
remettant sous leur joug les villes qui s'y étaient
soustraites. Son affabilité lui avait d'abord gagné
tous les cours; mais, au lieu de chasser les Car-
thaginois de Lilybée , comme on le désirait , il
voulut faire la conquête de l'Afrique. Ses levées
d'hommes et d'argent aliénèrent les esprits; toutes
les villes partagèrent le mécontentement de Sy-
racuse. Sa rigueur exaspéra les citoyens ; on passa
de l'amour à la haine, et de la flatterie aux me-
naces. Rappelé alors en Italie, il abandonna la
Sicile, prévoyant qu'elle serait bientôt le champ
de bataille où la fortune de Carthage lutterait
contre celle de Rome.

Après son départ, les troupes s'emparèrent de l'autorité, et choisirent pour chef Hiéron. Son père était de bonne famille, et sa mère esclave. Il avait combattu avec éclat sous Pyrrhus ; sa bravoure, son esprit, et surtout la modération de son

Règne de Hiéron

* An du monde 3720..

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