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cretelle aà parler de religieux, il se sert toujours du mot de moines. Il sait surement très-bien quelle acception défavorable l'esprit d'irréligion a dans ces derniers temps attaché à cette expression. Elle est devenue, grâce à notre tolérance et à notre politesse, un signe de mépris. De peur même qu'on ne se méprit sur le sens que M. Lacretelle y attache, il a soin d'y joindre quelqu'une de ces épithètes expressives dout il est si libéral. Les adjectifs fourbe, violent, fougueux, odieux, etc., reviennent fréquemment sous sa plume, et ne sont pas toujours distribués avec discernement. Le mot de fanatique surtout est prodigué sans beaucoup de mesure, et j'en suis d'autant plus surpris que ce mot a été en quelque sorte décrédité par l'abus qu'en ont fait nos révolutionnaires. Depuis qu'ils l'appliquoient à ceux qui n'avoient d'autre tort que de croire en Dieu, il semble qu'il n'est plus permis de s'en servir; il ne l'est pas du moindre de le prendre dans le même sens qu'eux; or, M. Lacretelle l'applique aussi assez mal à propos. Il taxe le peuple de fanatisme pour avoir érigé dans les rues et sur les routes des croix et des images de saints. C'est juger bien sévèrement ces signes de la piété, communs à tous les peuples catholiques.

du

Enfin je ne parlerai plus dans cet article que compte que rend M. Lacretelle du colloque de Poissy. Tout l'avantage y est pour les protestans. C'est sur eux que porte l'intérêt. Les évêques n'ont pour eux que leurs dignités et la faveur; les ministres ont leurs malheurs et leur courage. Théodore de Bèze surtout est peint avec beaucoup d'art. Ses discours font une vive impression. Pen s'en, faut l'assemque blée ne se déclare protestante avec lui. Quant au

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cardinal de Lorraine, ses collègues étoient convenus d'avance de trouver ses argumens excellens, et ils se récrioient avec affectation sur la force de ses raisons. Tout ce récit est dans cet esprit. L'auteur emploie même des expressions qui trahissent tout le fond de sa pensée. On sait qu'un peu avant le colloque, le cardinal de Lorraine eut une conférence avec de Bèze, et qu'il essaya de le ramener à la religion catholique. M. Lacretelle appela cela une séduction. Le cardinal, dit-il, essaya inutilement de le séduire. C'est par ces traits qu'on juge de l'esprit d'un historien. Nous croyons, nous autres catholiques, qu'on ne séduit point un homme en cherchant à le rappeler à notre foi qu'il a oubliée.

Nous en resterons là aujourd'hui. Nous nous sommes assez attachés à prouver le systême de sévérité que déploie M. Lacretelle à l'égard des catholiques et surtout de leurs pasteurs. Mais nous devons ajouter qu'il n'est pas toujours aussi rigoureux dans ses jugemens. Il est une classe pour laquelle, par une sorte de compensation, il montre beaucoup d'indulgence. Il est aussi favorable pour les uns qu'il est prévenu contre les autres. Nous déduirons dans un troisième

article ces nouvelles preuves de son impartialité.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

ROME. On vient d'apprendre ici l'entrée du Ror de France dans sa capitale. Cet événement a excité d'autant plus d'enthousiasme, qu'on avoit plus d'inquiétudes. La tranquillité de la France importe au repos de toute l'Europe, et l'Italie en particulier ne pouvoit

être pleinement rassurée tant que le brouillon qui l'avoit si long-temps tyrannisée retiendroit quelque ombre de son pouvoir. Le peuple romain a donc mauifesté la plus grande joie. Il avoit hautement murmuré lorsqu'il y a trois mois, le sieur le Thiers, directeur de l'académie de France, se permit de faire enlever les armes du for à la porte de cet établissement. Il fit prendre à un de ses gens la cocarde tricolore, et le peuple en fut si irrité qu'il pensa en faire justice. Les jeunes gens de l'académie témoignèrent leur allégresse, et prirent aussi la cocarde tricolore. Le gouvernement romaiu, sitôt qu'il eût été délivré du voisinage de Murat, ordonna au sieur le Thiers de rétablir les armes du Roi, çe que celui-ci fit avec beaucoup de répugnance. On craint qu'il ne soit parvenu à inspirer ses sentimens à ses élèves. Il étoit lié avec la famille Buonaparte, et il passe pour tenir assez fortement à la révolution, et à toutes les belles choses qu'elle a produites.

- Le dimanche 23 juillet, M. l'an:bassadeur extraordinaire de France a fait chanter solennellement un Te Deum en musique dans l'église Saint-Louis des François. Le concours a été très-considérable. Le soir, il y a eu illumination au palais de l'ambassadeur, et dans tous les établissemens françois.

L'acte du congrès du 9 juin, qui portoit la restitution au saint Siége des trois légations, n'a pas tardé à avoir son exécution. Le 18 juillet ces pays ont été remis à Mgrs, Giustiniani, Pacca el Bernetti, commissaires nommés par S. S. Le général qui y commandoit pour l'Autriche, le baron Stefanini, a prévenu de cette mesure par une proclamation où il s'exprime ainsi :

« Après avoir conquis deux fois les trois légations par les glorieux efforts de ses braves troupes, S. M. François Ier., mon maître, n'a pas voulu faire valoir les droits que lui donnoient la force et la valeur de ses armées; il lui plaît de céder ces belles et fertiles contrées à S. S. Pie VII, dont la sainte persévérance a brillé

d'un delat particulier parmi toutes les vertus dont il est orné. Cette résolution est le résultat de cette politique saine, modérée et conservatrice que S. M. 1. et R. a adoptée pour le bonheur des Etats d'Italie; elle est l'effet de sa vénération et de son affection pour le chef suprême de l'Eglise, dont il se plaît à donner au monde une preuve si éclatante, se réservant à lui-même la satisfaction d'assurer le repos de ces peuples qu'il remet à leur ancien souveraio, et un père qui n'a d'autre désir que celui d'accomplir leur bonheur par la douceur de son gouvernement, el par les soins de sou ministère sacré, etc. ».

Tous les Etats doivent s'applaudir de voir le principe de la légitimité, si indignement méconnu et violé par Fambition d'un seul homme, proclamé aujourd'hui et mis en pratique. Ce principe conservateur est le plus sûr gage de la tranquillité des peuples et de la sûreté des trônes, et il peut seul faire oublier à l'Europe tant de révolutions, de secousses, de désordres et de crimes.

DIJON. Il s'est formé ici une pieuse association de personnes pour prier et demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin. On s'y engage à prier pour le Roi, pour la France, pour les malheureux, pour les justes, pour les pécheurs. Cette association commencera le 15 août, jour auquel la France a été mise sous la protection de la sainte Vierge. On récitera chaque jour le Domine, non secundùm, le Salve regina et l'oraison pour le Bot. Ceux qui n'auroient connoissance de cette association que plus tard, pourront néanmoins commencer alors à s'y joindre, et ceux qui ne savent pas lire, suppléeront aux prières ci-dessus marquées par cinq Ave Maria. On no doute pas que les ames pieuses ne s'empressent à s'unir à de si louables intentions. Tout chrétien et François doit sentir plus que jamais la nécessité de fléchir le ciel par un redoublement de prières. C'est à cela que tend notre association, où d'ailleurs l'on ne s'engage à rien autre chose.

MARSEILLE (Oisc.) Ce chef-lieu de canton n'a pas

donné moins de preuves d'attachement an Roi que les plus grandes cités. Le 19 juillet, on y a célébré une fête pour le retour de S. M. Le maire et les fonctionnaires publics, précédés des jeunes gens, des demoiselles toutes vêtues en blanc, portant l'un et l'autre un drapeau aux armes du Roi, se sont rendus à l'église, où M. le curé a chanté la messe, et a prononcé un discours sur les derniers événemens. Le Te Deum a suivi la messe. Le soir feu de joie, décharges d'artillerie, danses et illumination; toutes les maisons avoient arboré le drapeau blanc. Les habitans ont fait une adresse au Roi pour le féliciter de son retour. Ils se rappellent avec attendrissement que S. M. passa par ce lieu le 20 mars, lorsqu'elle se retiroit vers la Flandres, et qu'elle eut la bonté au milieu de tant de soins d'y laisser des témoignages de sa charité pour les pauvres.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Mr. le duc d'Angoulême est arrivé ici de très-grand matin, le 7 août. A neuf heures il a fait sa visite au Roi, et il a paru au sortir de la messé. On a revu avec intérêt ce prince qui, au moment de nos malheurs, lutta avec persévérance contre les factieux, et qui montra dans des occasions difficiles le courage et la prudence d'un petit-fils de Henri IV. On croit qu'il ne tardera pas à retourner dans le midi. Il doit présider le collége électoral de Bordeaux.

-Le colonel Labédoyère a été extrait, le 6 août, du dépôt de la préfecture de police, et conduit dans la prison du premier conseil de guerre. On croit qu'il sera jugé trèsincessamment. Le conseil est présidé par le général BordesSoult.

- On va aussi mettre en jugement l'ex-directeur des postes Lavalette.

- M. le maréchal Oudinot, duc de Reggio, a passé, le 5 au matin, sur la place du palais Bourbon, la revue de plnsieurs compagnies de chasseurs et grenadiers de la vieille. garde.

On assure que M. le duc de Bourbon résidera habi

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