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léon d'entretenir plus de deux ans les troupes qu'il a amenées avec lui. — Cette circonstance et les nouvelles qu'il reçoit du continent le disposent à ne pas rester à l'ile d'Elbe. - Sa réconciliation avec Murat , et les conseils qu'il lui donne. Au commencement de l'année 1815 Napoléon apprend que les souverains réunis à Vienne vont se séparer, qu'on songe à le déporter dans d'autres mers, et que les partis sont parvenus en France au dernier degré d'exaspération. Il prend tout à coup la résolution de quitter l'ile d'Elbe avant que les longues nuits, si favorables à son évasion, fassent place aux longs jours. — L'arrivée de M. Fleury de Chaboulon le confirme dans cette résolution. Préparatifs secrets de son entreprise, dont l'exécution est fixée au 26 février. Son dernier message à Murat et son embarquement le 26 février au soir. — Circonstances diverses de sa navigation. — Débarquement au golfe Juan le 1er mars. — Surprise et incertitude des habitants de la côte. — Tentative manquée sur Antibes. — Séjour de quelques heures à Cannes.Choix à faire entre les deux routes, celle des montagnes conduisant à Grenoble, celle du littoral conduisant à Marseille. - Napoléon se décide pour celle de Grenoble, et par ce choix assure le succès de son entreprise. — Départ le 1er mars au soir pour Grasse. - Marche longue et fatigante à travers les montagnes. Arrivée le second jour à Sisteron. Motifs pour lesquels cette place ne se trouve pas gardée. Occupation de Sisteron, et marche sur Gap. Ce qui se passait en ce moment à Grenoble. Dispositions de la noblesse, de la bourgeoisie, du peuple et des militaires. — Résolution du préfet et des généraux de faire leur devoir. Envoi de troupes à La Mure pour barrer la route de Grenoble. — Napoléon , après avoir occupé Gap, se porte sur Grenoble, et rencontre à La Mure le bataillon du 5° de ligne envoyé pour l'arrêter. Il se présente devant le front du bataillon et découvre sa poitrine aux soldats du 5€. Ceux-ci répondent à ce mouvement par le cri de Vive l'Empereur ! et se précipitent vers Napoléon. — Après ce premier succès, Napoléon continue sa marche sur Grenoble. En route il rencontre le 7e de ligne, commandé par le colonel de La Bédoyère, lequel se donne à lui. — Arrivée devant Grenoble le soir même. — Les portes étant fermées, le peuple de Grenoble les enfonce et les ouvre à Napoléon. Langage pacifique et libéral tenu par celui-ci à toutes les autorités civiles et militaires. Napoléon séjourne le 8 à Grenoble, en dirigeant sur Lyon les troupes dont il s'est emparé, et qui montent à huit mille hommes environ. Le 9 il s'achemine lui-même sur Lyon.

- La nouvelle de son débarquement parvient le 5 mars à Paris. Effet qu'elle y produit. On fait partir le comte d'Artois avec le duc d'Orléans pour Lyon, le maréchal Ney pour Besançon, le duc de Bourbon pour la Vendée, le duc d'Angoulême pour Nimes et Marseille. Convocation immédiate des Chambres. Inquiétude des classes moyennes, et profond chagrin des hommes éclairés qui prévoient les conséquences du retour de Napoléon. — Les royalistes modérés, et à leur tête MM. Lainé et de Montesquiou , voudraient qu'on s'entendit avec le parti constitutionnel, en modifiant

le ministère et les corps de l'État dans le sens des opinions libérales. - Les royalistes ardents, au contraire, ne voient dans les malheurs actuels que des fautes de faiblesse, et ne veulent se prêter à aucune concession. - Louis XVIII tombe dans une extreme perplexité, et ne prend point de parti. — Suite des événements entre Grenoble et Lyon. Arrivée du comte d'Artois à Lyon. Il est accueilli avec froideur par la population, et avec malveillance par les troupes. Vains efforts du maréchal Macdonald pour engager les militaires de tout grade à faire leur devoir. — L'aspect des choses devient tellement alarmant, que le maréchal Macdonald fait repartir pour Paris le comte d'Artois et le duc d'Orléans. — Il reste seul de sa personne pour organiser la résistance. — L'avant-garde de Napoléon s'étant présentée le 10 mars au soir devant le pont de la Guillotière, les soldats qui gardaient le pont crient : Vive l'Empereur ! ouvrent la ville aux troupes impériales, et veulent s'emparer du maréchal Macdonald pour le réconcilier avec Napoléon. — Le maréchal s'enfuit au galop afin de rester fidèle à son devoir. Entrée triomphale de Napoléon à Lyon. — Comme à Grenoble, il s'efforce de persuader à tout le monde qu'il veut la paix et la liberté. Décrets qu'il rend pour dissoudre les Chambres, pour convoquer le Corps électoral en champ de mai à Paris, et pour assurer par diverses mesures le succès de son entreprise. — Après avoir séjourné à Lyon le temps indispensablement nécessaire, il part le 13 au matin par la route de la Bourgogne. Accueil enthousiaste qu'il reçoit à Mâcon et à Chalon. – Message du grand maréchal Bertrand au maréchal Ney. — Sincère disposition de ce dernier à faire son devoir, mais embarras où il se trouve au milieu de populations et de troupes invinciblement entrainées vers Napoléon. — Le maréchal Ney lutte deux jours entiers, et voyant autour de lui les villes et les troupes s'insurger, il cède au torrent, et se rallie à Napoléon. — Marche triomphale de Napoléon à travers la Bourgogne. Son arrivée à Auxerre le 17 mars. – Projet de s'y arrêter deux jours pour concentrer ses troupes et marcher militairement sur Paris. -- État de la capitale pendant ces derniers jours. Les efforts des royalistes modérés pour amener un rapprochement avec le parti constitutionnel ayant échoué, on ne change que le ministre de la guerre dont on se défie, et le directeur de la police qu'on ne croit pas assez capable. — Avénement du duc de Feltre au ministère de la guerre. Tentative des frères Lallemand, et son insuccès. Cette circonstance rend quelque espérance à la cour, et on tient une séance royale où Louis XVIII est fort applaudi. - Projet de la formation d'une armée sous Melun, commandée par le duc de Berry et le maréchal Macdonald. Séjour de Napoléon à Auxerre. Son entrevue avec le maréchal Ney qu'il empêche adroitement de lui faire des conditions.

Son départ le 19, et son arrivée à Fontainebleau dans la nuit. - A la nouvelle de son approche, la famille royale se décide à quitter Paris. — Départ de Louis XVIII et de tous les princes dans la nuit du 19 au 20. Ignorance où l'on est le 20 au matin du départ de la famille royale. Les officiers à la demi-solde, assemblés

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Janv. 1815.

tumultueusement sur la place du Carrousel, finissent par apprendre que le palais est vide, et y font arborer le drapeau tricolore. — Tous les grands de l'Empire y accourent. Napoléon parti de Fontainebleau dans l'après-midi arrive le soir à Paris. — Scène tumultueuse de son entrée aux Tuileries. Causes et caractère de cette étrange révolution.

Séjour de lord

à Paris.

Il obtient

de

la concession

du duché

en

Parti de Vienne le 15 février 1815, lord CastleCastlereagh reagh était arrivé le 26 à Paris, et s'y était arrêté

fort peu de jours, étant impatiemment attendu à Londres par ses collègues, qui n'osaient pas entreprendre en son absence la discussion des actes du

congrès. Il avait vu Louis XVIII, avait été reçu Louis XVII par ce prince avec une extrême courtoisie, et avait

réussi dans la négociation dont il s'était chargé, de Parme laquelle consistait à laisser Parme à Marie-Louise Marie-Louise, pendant la vie de cette princesse, et à placer proviet promet

en retour

de Murat du trône de Naples.

soirement à Lucques l'héritière de Parme, c'est-àl'expulsion

dire la reine d'Étrurie. Louis XVIII s'était prêté à l'arrangement proposé pour complaire à l’Angleterre, et surtout pour obtenir le concours de cette puissance dans l'affaire de Naples. Du reste, le bruit que produisaient en Italie les armements de Murat simplifiait la solution pour les ministres anglais euxmêmes, et il était devenu facile de représenter le roi de Naples comme infidèle à ses engagements, comme perturbateur du repos européen, et comme ayant mérité dès lors d'être précipité du trône sur lequel on l'avait momentanément souffert. L'Autriche aux cinquante mille hommes qu'elle avait en Italie s'occupait d'en ajouter cent mille, et Louis XVIII avait décidé dans son Conseil que trente mille Français seraient réunis entre Lyon et Grenoble pour concourir par terre et par mer aux opérations projetées contre

Janv. 1815.

Situation intérieure

au moment

de Vienne

allait

Absence

des

contenaient

ment,

Murat. Tout se disposait donc pour détruire en Italie le dernier vestige du vaste empire de Napoléon.

Mais le destin des Bourbons avait décidé qu'ils tomberaient avant Murat lui-même dans le gouffre de la France toujours ouvert des révolutions du siècle, pour en

où le congrès sortir de nouveau, plus durables et malheureusement moins innocents. Leur situation, hélas, ne

se séparer. s'était pas plus améliorée que leur conduite! A la fin de décembre tout ce qu'on désirait des Cham- regrettable bres ayant été obtenu, on les avait ajournées au Chambres,

qui 1er mai 1813, et en se débarrassant d'une gêne apparente, la royauté s'était privée de son meilleur le gouverneappui, car la Chambre des députés notamment, et moderaient

l'opinion dans sa marche timide mais sage, était l'expression

pablique exacte de l'opinion publique, qui tout en trouvant csalin detinant les Bourbons imprudents, souvent même blessants, souhaitait leur redressement et leur maintien. La Chambre des députés, qui n'était, comme on s'en souvient, que l'ancien Corps législatif continué, en faisant quelquefois retentir à la tribune un blàme sévère contre les folies des émigrés, donnait à l'opinion une satisfaction, au gouvernement un avertissement salutaire, et demeurait comme une sorte de médiateur, qui empêchait que d'un côté l'irritation ne devint trop grande, et que de l'autre on ne poussàt les fautes trop loin. L'absence des Chambres en un pareil moment était donc infiniment regrettable, car la nation et l'émigration allaient s'éloigner de plus en plus l'une de l'autre, sans aucun pouvoir modérateur capable de les rapprocher et de les contenir.

Aussi les fautes, et l'effet des fautes augmentaient continuation

Janv. 1815.

de biens nationaux,

chaque jour. Les prêtres en chaire ne cessaient de

prêcher contre l'usurpation des biens d'Église; les des alarmes laïques, anciens propriétaires de domaines vendus, acquéreurs obsédaient les nouveaux acquéreurs pour les dé

cider à restituer des biens que ceux-ci avaient souvent acquis à vil prix, mais qu'on voulait leur arracher à un prix plus vil encore. L'article de la Charte garantissant l'inviolabilité des ventes nationales, aurait dû rassurer suffisamment les acquéreurs pourvus de quelque instruction; mais on leur disait que la Charte était une concession aux circonstances tout à fait momentanée, et au milieu de la mobilité des temps, il était naturel qu'ils s'alarmassent. D'ailleurs les journaux les plus accrédités du parti royaliste tenaient sur ce sujet le langage le plus inquiétant, et quand on leur répondait en citant la loi fondamentale, ils répliquaient que la loi avait pu garantir la matérialité des ventes, mais qu'elle n'avait pu en relever la moralité, et faire que ce qui était immoral devint honnête aux yeux de la conscience publique. La loi, disaient-ils, garantit les acquisitions nationales, l'opinion les flétrit. On n'y peut rien, et il faut même s'applaudir de cette réaction de la morale universelle contre le crime et la spoliation. Ce langage, si on avait été conséquent, aurait dû être suivi de mesures spoliatrices, mais on n'osait pas se les permettre, et il était, en attendant, une sorte de violence morale faite aux nouveaux acquéreurs, pour

les obliger à se dessaisir eux-mêmes des biens contestés. Ainsi se trouvait réalisée cette parole de M. Lainé dans la commission de la Charte, qu'il fallait sans

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