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où l'on veut s'élever dans l'opinion des hommes sans reculer devant aucun moyen si criminel qu'il soit, voilà donc le premier obstacle au salut. Comment en effet concevoir que Dieu donne le ciel, se donne lui-même en récompense à ceux qui n'ont rien fait pour lui, qui n'ont cherché en toutes choses que leur propre gloire, aux dépens de la soumission qu'ils devaient à ses divins commandements ? Les malheureux ! Après avoir péniblement obtenu, peut-être, une gloriole fugitive ils seront, avec le rebut de l'espèce humaine, refoulés au fond des enfers, devenus un objet d'abomination aux yeux de Dieu et des Saints. Abominatio Domino est omnis arrogans (Prov. 16). Remerciez le Seigneur de vous avoir éclairé sur vos véritables intérêts; et efforcez-vous de désabuser, à l'occasion, les aveugles victimes de l'orgueil, leur faisant comprendre tout ce qu'il y a, d'une part, de bassesse à être à genoux devant l'opinion, et, d'autre part, de vraie grandeur à ne dépendre que du maître de l'univers, seul arbitre de nos destinées.

AFFECTIONS. Demandez la grâce d'ètre vous-même très-pénétré de ces vérités, d'en tirer votre profit et de les faire goûter aux autres.

RÉSOLUTIONS. Ne chercher que le triomphe de la gloire de Dieu en nous et dans les autres.

II. POINT. LA CUPIDITÉ, SECOND OBSTACLE AU SALUT,

CONSIDÉRATIONS. J'ai fait l'acquisition de cinq attelages de beufs, j'en dois faire l'essai : je ne saurais venir. Notre Seigneur nous signale ici le second obstacle au salut : la cupidité, l'avarice ou la soif immodérée des richesses.

Comment l'avare penserait-il au ciel? Ses jours et ses nuits se passent à calculer, à combiner les moyens de faire de nouvelles acquisitions, comme s'il devait toujours rester dans ce monde. Son Dieu c'est l'argent, à qui il est disposé à tout sacrifier.

APPLICATIONS. Il n'est point de vice contre lequel il faille plus se tenir en garde que l'avarice ou l'attachement déréglé aux biens de la terre. On y arrive par une pente insensible à mesure qu'on s'enrichit. Tel est devenu avare qui invectivait avec le plus de véhémence contre l'avarice, contre les travers et les folies de l'avare! Il faut donc se défier de soi-même et prendre des précautions contre les séductions, les surprises de l'avarice. Une des meilleures et des plus agréables à Dieu, c'est de vous prescrire pour règle invariable de conduite de rendre vos aumônes plus abondantes en proportion des accroissements que reçoit votre fortune.

AFFECTIONS. Remerciez Dieu de vous avoir fait connaître les dangers, les folies et les maux de l'avarice. RÉSOLUTIONS. Sois charitable autant

que
tu le

pourras. Si tu as beaucoup, donne abondamment; si tu as peu, aie soin de donner de ce peu de bon cæur (Ch. 4). Tant que je vivrai je veux me conformer à ce précepte que le saint homme Tobie donna à son fils.

III. POINT. LA VOLUPTÉ, TROISIÈME OBSTACLE AU SALUT.

CONSIDÉRATIONS. Je viens de me marier, je ne saurais venir : excusez-moi. En nous faisant voir dans l'excuse de ce troisième invité un troisième obstacle au salut, Jésus-Christ ne condamne pas le mariage, comme des hérétiques l'ont avancé; mais il nous fait entendre que l'attrait des plaisirs charnels conduit par une pente rapide à tous les excès de l'impureté, et que ce vice abrutit l'âme au point de lui rendre odieuse la pensée même du ciel et l'invitation de travailler à y parvenir ; il nous avertit d'être sur nos gardes, afin de n'être pas atteints de la contagion du vice.

APPLICATIONS. Entrez dans les vues de votre aimable Sauveur : veillez et priez, afin de ne pas succomber aux tentations de la volupté, mais de conserver votre âme toujours pure et belle å ses yeux.

COLLOQUE, Avec notre divin Sauveur.

PARABOLE DE L'ÉCONOME INFIDÈLE:

CONCLUSION PRATIQUE QU'EN TIRE JÉSUS.

1. Prél. Voyez la foule qui se presse autour de Jésus et qui l'é-coute attentivement,

II. Prél. Demandez la grâce d'être docile et fidèle aux conseils de Jésus.

1. POINT. EMBARRAS DE L'ÉCONOME INFIDÈLE. CONSIDÉRATIONS. Un homme riche, dit Jésus, avait un économe qui fut accusé devant lui de malversation. Il le fit venir et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends-moi compte de ton administration, car tu n'auras plus désormais la gestion de mes affaires. L'embarras de l'économe, hors d'état de déposer ses comptes, fut extrême : Comment pourvoir dorénavant à sa subsistance?.. Que ferai-je ? se dit-il en lui-même, je ne saurais lubourer la terre, et j'aurais honte de mendier (s. Luc. 16

APPLICATIONS. Je suis cet économe; Dieu est ce riche propriétaire, à qui appartiennent tous les biens. Il m'a confié l'administration d'une partie minime, mais précieuse, de ces biens : de mon corps et de tous les sens de mon corps; de mon âme et des admirables facultés dont elle est douée; du temps, de ma vie, de ma liberté, de beaucoup de dons de la grâce, d'une infinité de créatures mises à ma disposition. Un jour, quand j'y penserai le moins, il me demandera un compte rigoureux de l'administration de ces biens; et malheur à moi, si elle n'a pas

été conforme à ses intentions, à ses commandements; si elle n'a pas produit les fruits qu'il avait droit d'en attendre, ou si je me les suis appropriés au lieu de lui en faire hommage! - Mes comptes sont-ils en règle? Si, dans ce moment, Dieu m'appelait å lui et me disait : Rends-moi compte de ton administration, mon embarras serait-il moindre que celui de l'économe infidèle ?..

AFFECTIONS. Demandez la grâce de vous bien connaître et de mettre en bon ordre vos comptes avec Dieu.

RÉSOLUTIONS. Faire toujours sérieusement l'examen journalier de sa conscience et celui qui doit précéder la confession. (1)

II. POINT. INDUSTRIES DE L'ÉCONOME INFIDÈLE. CONSIDÉRATIONS. Que fit l'économe disgracié pour se tirer d'embarras? Je sais, dit-il, ce que je ferai, afin que, quand on m'aura ôté mon emploi, je trouve des personnes qui me reçoivent chez elles. Ayant donc fait venir sépa

(1) On renouvellera avec grand fruit le souvenir des remarques faites pages 8-16-28 et 36.

rément les débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien devez-vous? Cent tonneaux d'huile, répondit-il. L'économe lui dit : Reprenez votre obligation; asseyezvous-promptement, et faites-en une autre de cinquante seulement. — Il en agit de même à l'égard des autres débiteurs... Et le maître loua cet économe infidèle de ce qu'il s'y était pris habilement; car les enfants de ce siècle, ajoute Jésus, sont plus habiles dans la conduite de leurs affaires que les enfants de lumière (s. Luc. 16).

APPLICATIONS. Remarquez que le Fils de Dieu, en nous proposant cette parabole, prétend non pas approuver l'infidélité de cet intendant, mais nous confondre du peu de soin que nous avons de nos intérêts spirituels, en nous faisant convenir que les enfants du siècle sont plus industrieux et beaucoup plus prévoyants dans la gestion de leurs affaires temporelles, que ne le sont les enfants de la lumière, c'est-à-dire les hommes adonnés à la spiritualité dans l'emploi des moyens propres à assurer leur salut, leur avancement spirituel. Ne devez-vous pas en convenir. pour ce qui vous concerne personnellement ?...

AFFECTIONS. Aveux. - Confusion. — Sainte indignation contre soi-même.

RÉSOLUTIONS. Je veux reprendre les pratiques et les pieuses industries qui, dans le temps de ma ferveur première, me firent faire de si rapides progrès dans la perfection.

III. POINT,

CONCLUSION DE LA PARABOLE DE L'ÉCONOME INFI

DÈLE.

CONSIDÉRATIONS. Considérez les paroles par où notre

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