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nairement dans l'atmosphère , restent fixés dans le compost. Il faut avoir employé un pareil mélange pour se faire une idée de l'empire qu'il exerce sur la végétation du lin principalement. Formant par quart avec des terreaux de feuilles, de la terre franche et de la terre de bruyère, les plates bandes sur lesquelles je fais des semis et des fiches de bois, d'arbustes, j'obtiens, dès la première année, des sèves d'un à deux mètres de hauteur.

3o. Ne jamais faire succéder, ainsi que cela se pratique trop souvent, le lin à des céréales plus ou moins épuisantes, et toujours salinantes; mais le semer à la suile d'un défriché de trèfle, de sainfoin de deux ans au plus , d'un fourrage fauché en vert , pâturé ou enfoui. Il vient très-bien dans une terre parquée immédiatement après l'enlèvement de la récolte du chanvre.

4o. Ne ménager ni démarches, ni dépenses, ni précautions pour se procurer chaque année une graine neuve suffisante pour fournir toute la semence de l'année suivante ; ainsi le même lin ne servira que deux fois : la première, on le répandra beaucoup moins dru que la seconde à l'effet de l'obtenir plus grenu : on le laissera bien mûrir, pour que la graine soit de bonne qualité. C'est à ce moment, et lorsqu'il est en bulle, qu'on peut facilement le purger de toutes les productions étrangères et nuisibles qui ont échappé au sarclage.

5o. Examiner avec la plus scrupuleuse attention l'instant où la récolte doit être effectuée ; ce point généralement mal saisi est plus important qu'on ne pense , et doit être subordonné à l'objet priucipal qu'on a en vue. Arraché trop vert , le lin fournit une filasse trop tendre, et qui tombe en étoupes au lieu de s’affiner. Cueillie trop mûre, cette filasse perd son moelleux et sa finesse.

6o. Différer d'un assez grand nombre d'années, le plus long-temps possible, le retour de la culture du lin dans le même champ; car elle épuise le sol qui finit par ne donner que de chétives récoltes de ce genre : la terre la plus fertile et la mieux traitée ne peut faire exception. Je connais des personnes qui , ayant manqué à la précaution que je signale avec tous les auteurs, sont dans l'impuissance de cultiver maintenant le lin sur leur terroir. Autant en arrivera immanquablement à la grande majorité des cultivateurs du département de l'Aisne , s'ils ne renoncent pas à une vicieuse pratique qui est en opposition avec une vérité que l'expérience confirme en pure perte.

7o. Tels sont les principaux moyens d'amélioration relatifs à la culture du lin. Qu'il m'en resterait à proposer aux fabricans du pays entre les mains desquels ce lin passe en son æuvre ! Mais ce n'est pas un traité que

la société demande : je me borne donc à cet égard à assurer qu'on pourrait infiniment gagner sous le rapport du rouissage, en supposant même que de nouveaux procédés ne puissent avec avantage remplacer les anciens. Ne fixant aucunement le haut intérêt qui résulterait d'une savante manipulation , la regardant uniquement comme une occupation propre à remplir les désauvremens d’hiver, on choisit mal , ou plutôt on ne choisit pas les eaux auxquelles on confie le dépôt : les unes rapides s'opposent à une fermentation qui doit dégager les fibres corticales du gluten gommo-résineux qui enveloppe les plantes filamenteuses ; les autres stagnantes accélèrent trop l'opération , brunissent et tachent la filasse ; souvent crues , séléniteuses , calcaires ou minérales, elles ne valent absolument rien. Puisse-t-on enfin, 1°. se. pénétrer de la nécessité de choisir celles qui se trouvent alimentées par un ruisseau dont le cours est paisible; seules elles peuvent procurer un résultat satisfaisant; 2o. ne plus laisser trop attendrir , et même pourrir sur les prés , ainsi que j'en ai été plusieurs fois le témoin, le lin à sa sortie de l'eau.

On n'obtiendra jamais une filasse douée de toutes les perfections qui la constituent de première qualité, sans la réunion de toutes les améliorations que j'ai envisagées ; elles exigent de l'intelligence, des soins minutieux, des dépenses, il est vrai; mais on peut d'abord opérer en petit, d'autant que la culture de lin n'est qu'une branche secondaire de notre industrie agricole. Bientôt convaincu que le produit croit toujours en proportion des déboursés qu'elle entraîne, on se gardera bien de rester en aussi beau chemin.

La nature des terres de mon exploitation, autant que le bénéfice résultant de la culture du lin , m'ont engagé, depuis 1804, à me livrer essentiellement à cette culture. Mille expériences ont été faites, et je ne crois pas me trop avancer en avouant qu'elles ont été presque toujours couronnées d'un heureux succès; aussi me plais-je à penser que les détails dans lesquels je suis entré ne seront contredits par aucun praticien ; cependant deux objections m'ont été faites : je crois d'autant plus nécessaire de les reproduire el d'y répondre, qu'elles paraissent de nature à paralyser tous les efforts , et que leur réfutation rentre dans le domaine des améliorations.

PREMIÈRE OBJECTION.

Il est permis de raisonner en culture et en spéculation autrement qu'en morale. Dans le dernier cas, il est beau de faire le bien uniquement pour le plaisir de le faire; dans les deux premiers, toute peine mérite salaire. Mais, lorsqu’un cultivateur, à force de soins minutieux, de nom

breux déboursés, sera parvenu à faire croitre du lin de plus belle et de meilleure qualité que tous ceux qui ont végété jusqu'ici dans le département de l'Aisne , trouvera-t-il un acquéreur assez intelligent, assez soigneux, assez habile, assez hardi pour lui offrir un prix raisonnable dans l'espoir de donner à ce lin la perfection dont il sera susceptible? En supposant le cas, qui parait contradictoire à ce qui a été dit, cet acquéreur lui-même aura-t-il des débouchés pour la vente dans un pays où le commerce ne s'étend pas sur les lins fins ? Dans la négative , qui ne parait nullement douteuse, ou la marchandise restera en pure perte sur les bras du propriétaire , ou, livrée à vil prix , à peine couvrirat-elle les frais.

Réponse. Dans l'état actuel des choses, ce raisonnement me parait spécieux, au moins pour toute la partie du département de l'Aisne, située au midi de Saint-Quentin. Je déclare avoir été plusieurs fois obligé de livrer au prix commun les plus beaux lins qui se soient peut-être jamais récoltés dans le pays, et j'ai acquis la certitude que, faute de les savoir maneuvrer, les acquéreurs n'en avaient eux-mêmes tiré qu’un très-médiocre parti; mais j'ajouterai que mon aveu, ainsi que l'objection , n'auraient de poids quedans le cas où l'on s'acharnerait à suivre encore le mode dont ce mémoire décelle la défectuosité; ainsi , bien loin de prouver contre nous, ils démontrent la nécessité de changer de méthode, et viennent corroborer ce qui a été dit. Les améliorations proposées une fois admises , tout change naturellement de face ; de beaux lins ne réclameront pas en vain une plus savante manipulation ; les chances favorables se multiplieront en raison d'un bénéfice qu'on ne pourra révoquer en doute , sans contester, en dépit de l'évidence, celui qui fait le bien-être de nos voisias. Alors, ici comme chez eux , les propriétaires se mettront à la tête de la fabrication, des personnes industrieuses en feront une nouvelle branche de spéculation ; alors les débouchés pour la vente naitront infailliblement par les motifs qui les ont procurés aux habitans du département du Nord. Il s'agit seulement de donner la première impulsion; et c'est dans ce cas que la nécessité et l'avantage de la Société d'agriculture se font vivement sentir. De grands moyens sont à sa disposition : les deux principaux consistent à accorder des primes d'encouragement, non pas tant à l'homme qui parlera bien qu'à celui qui fera le mieux; à solliciter auprès du gouvernement l'établissement d'une ferme-modèle qui, en donnant l'initiative, démontrera par la pratique les déplorables abus de l'ancienne routine.

SECONDE OBJECTION.

Se livrera-t-on maintenant aux améliorations proposées, lorsqu'on les a dédaignées dans un temps beaucoup plus prospère; quand le cultivaleur découragé réclame en vain le paiement des ventes de lin effectuées en 1827, voit sa récolte de 1828, dédaignée même à vil prix, occuper des bâtimens destinés à un autre usage, et prend la résolution, fort sage peut-être, de se soustraire désormais à cet état de choses en abandonnant une branche d'industrie devenue fort onéreuse ? Quand le fabricant, placé dans une position plus critique encore, se trouve réduit à quêter chez les autres des travaux qui étaient naguère chez lui les basses occupations du mercenaire ?

Réponse. Le temps est critique, on ne peut se le dissimuler; mais quelle branche d'industrie offre constamment les mêmes

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