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sur deux canots d'écorce, en s'embarquant sur l'un d'eux, et il fut attaquer à l'abordage un batiment Anglais de 12 canons, sur le quel se trouvait le général qui commandait la baye, et qui avait 30 hommes d'équipage. Il tua les matelots qui faisaient le quart, et réussit à s'emparer du navire, en même temps son frère, Ste. Helène, qui avait été détaché avee 50 hommes, rencontra sur la côte un bâtiment qui n'était pas gardé it s'y embarqua avec sa troupe, fit voile vers le fort Rupert éloigné de 15 a 20 lienes de Mousipi, débarqua près de la place, monta de suite à l'assaut, et fit mettre bas les armes à la garnison, après cette seconde conquête tous les Français se réunirent ils s'embarquerent sur les deux prises de Ste. Hélène et de d'Yberville et ils se dirigèrent vers le fort de Guitchitchoum dont ils s'emparérent après une assez longue cannonade, les grands magasins des Anglais étaient dans cette place, dont la prise, rendit les Français maitres de toute la partie, méridionale de la baye d'Hudson, d'es l'année suivante, les Anglais firent une tentative sur le fort Guitchitchoum, dont on avait changé le nom dans celui de Ste. Anne: mais ils y trouverent le brave d’Yberville qui les reponssa avec perte, leur prit un batiment et leur brula une maison qu'ils avaient construite sur le bord de la mer. Un 4eme fils de Mr. Charles Lemoyne, du nom de Sérigny était cadet de la marine à Rochefort en 1688 ; et comme on désirait dans cette année là, faire la paix avec les sauvages Iroquois, on l'envoya à Marseille pour y chercher quelques prisonniers de cette nation qui y étaient retenus il parlait tres bien la langue de ces sauvages, dont il était aimé.

D'Yberville conduisit sa prise à Québec à la fin de 1687, il revint dans la baye d'Hudson en Octobre 1688. Les Anglais envoyèrent contre lui deux batimens, dont l'un avait 18 canons, et 4 pierriers et l'autre 10 canons et aussi 4 pierriers. Ils avaient ordre de tout mettre en usage pour le prendre, et le faire périr cruellment. Ils étaient chargés d'une grande quantité d'armes, de munitions et de vivres. Ils avaient parmi leur équipage, onze pilotes sur douze que les Anglais employaient dans la baye d'Hudson; aussi, ne se promettaient-ils rien moins, que de chasser les Français de tous les postes quils y occupaient : mais ils avaient affaire à un homme d'une habileté rare, de la plus grande intrépidité, et qui savait se bien tirer des positions les plus difficiles. On aura de la peine à croire que n'ayant avec lui que 14 hommes, parmi les quels se trouvait son frère Maricour il réussit à mitrailler les Anglais; qu'il les fit ensuite harceler par son frère, et qu'après les avoir considérablement affaiblis, il sortit avec sa petite troupe, les attaqua ouvertement, les força à capituler, à livrer leurs deux batiments, avec toutes leurs charges et la plus grande partie de leurs équipages. Il ent surtout le soin de garder les 11 pilotes au nombre de ses prisonniers.

Au mois de Juin 1689, Ste. Hélène vint rejoindre ses deux frères, et apporta a d’Yberville, l'ordre de conduire à Québec la plus forte de ses deux prises, ainsi que les principaux d'entre ses

prisonniers, il partit au mois de Septembre avec Ste. Hélène et il laissa à Maricour le commandement des forts de la baye d'Hudson, avec des forces suffisantes pour les défendre. Il rencontra sur sa route, un navire Anglais quil ne pouvait pas attaquer parce que son équipage était trop peu nombreux, et qu'il avait des prisonniers à garder. Il se décida alors, à arborer pavillon Anglais. Le capitaine du batiment ennemi donna dans le piege. Il fut convenu que les deux batiments navigueraient ensemble ; que celui de d’Yberville porterait le feu pendant la nuit, et quils se visiteraient au premier beau temps. L'intention de d'Yberville était d'attirer le capitaine Anglais à son bord, et de tenter ensuite l'abordage. Mais une violente tempête les sépara ; d’Yberville arriva heureusement à Québec le 25 Octobre.

Le gloire de d'Yberville et de ses frères parut d'autant plus grande, que dans la campagne de 1689, les armes Françaises n'obtinrent de succès à la nouvelle France, que dans les endroits où ils commandaient.

En 1690, Mr. de Fontenac gouverneur du Canada, voulut prendre l'offensive sur les Anglais, pour rétablir la réputation des Français dans l'esprit des sauvages; 'il prépara une expédition dont il donna le commandement à deux officiers dont l'un était Ste. Hélène. D’Yberville toujours avide de glorie, voulut faire partie comme simple voluntaire, de l'expedition commandée par son frère. Ils se dirigerent vers le bourg fortifié de Corlar; ils étaient tous a pied, ayant quelquefois de l'eau jusqu'a la ceinture; étant souvent obligé de rompre la glace et souffrant alors un froid excessif. Le fort de Corlar fit une vive résistance: mais il finit par être pris; il fut livré au pillage et brulé.

En Octobre 1690, une escadre Anglais, sous les ordres de l'Amiral Phibs, vint assiéger Québec: Mr. de Longueil fils ainé de Mr. Charles Lemoyne, fut chargé d'aller examiner les mouvemens de la flotte, avec son frère Maricour nouvellement arrivé de la baye d'Hudson. Ils s'en approchèrent dans un simple canot; des chaloupes Anglaises furent sur le champ, mises à leur poursuite: mais ils firent sur elles, un si grand feu de mousquetterie, qu'ils les forcèrent à les abandonner, et qu'ils purent regagner la terre.

Le 18 Octobre, les Anglais attaquèrent Québec; mais ils furent repoussés; Ste Hélène pointa lui même presque tous les canons de la principale batterie, et aucun de ses coups ne porta à faux, le lendemain ils descendirent à terre, et cotoyèrent pendant quelque temps la rivière, en tres bon ordre, mais MMrs. de Longeuil et Ste Hélène firent sur eux des décharges continuelles et si apropos, qu'ils les contraignirent à se retirer. Dans une nouvelle affaire, les deux commandants furent blessés, Mr. de Longueil en guérit, mais Ste Hélène mourut d'un coup de feu quil avait reçu dans la jambe et qui n'avait pas paru d'abord, dangéreux, il fut regretté de toute la colonie qui perdait en lui dit, Charlevoix, un des plus aimables cavaliers, un des plus braves hommes quelle ait jamais ene.

Les sauvages du canton d'Ononiagai qui l'affectionnaient d'une manière particulèire la brave famille Lemoyne et qui l'avaient adoptée, envoyèrent, suivant un usage de leur nation, un collier à Mr. Lemoyne père, pour pleurer la mort de son fils Ste. Hélène ; ils firent accompagner celui qu'ils nommèrent pour cette cérémonie, par deux femmes du village de la montagne qu'ils retenaient prisonnières, et auxquelles ils donnèrent la liberté à cette occasion.

En 1691 Mr. Le Chevalier de Vaudreuil ayant eu l'ordre d'aller attaquer les sauvages dans un lieu nommé St. Sulpice, prit avec lui plusieurs braves, au nombre des quels se trouvait un autre fils de Mr. Lemoyne, nommé Bienville, il eut le sort de son frère St Hélène et fut tué dans l'attaque, son nom fut donné après sa mort, à un de ses frères fort jeune alors, et qui a été depuis gouverneur général de de la Louisiane et fondateur de la Nouvelle Orléans.

En Juillet 1693, les Anglais reprirent de fort Ste Anne dans la Baye d'Hudson, la court de France qui avait fort à cæur une expédition contre cette baye en chargea Sérigny et d’Y berville son frère, le premier arriva à Montréal au milieu de 1694 avec des instructions du gouvernement; tous les préparatifs se firent avec activité, et le 24 Septembre les deux frères arrivèrent à l'entrée de la rivière Sainte Hélène, apres avoir couru de grands dangers au milieu des glaces dont la baye était converte. D'Yberville commandait la Salamandre et Serigny le Poli, ils debarquérent le jour même de leur arrivée, et investirent sur le champ, le Fort Nelson dont la prise était l'objet principal de leur expédition. Ce fort avait en dehors, une batterie des 8 canons qui battait sur la rivière ; audessous, se trouvait une plate forme ayant six canons de gros calibre. Le corps de la place qui était entouré d'une double palissade, avait trente-six canons et six pierriers, les glaces empécherent pendant un mois entier, les deux batimens de s'approcher du fort, elles pensèrent briser la Salamandre, et ce ne fut que le 28 Octobre

que d'Yberville put mettre tout son monde à terre. Le siège commença d'une manière fort triste pour les deux commandans. Chateaugay leurleur jeune frère qui servait sur le Poli en qualité d'enseigne s'etant avancé le 4 Novembre pour empêcher les assiegés de faire une sortie, fut tué d'un coup de mousquet; ce fut le trosiême de sa famille qui mourut en combattant pour sa patrie à l'imitation de ce qui avait en lien pour Bienville on donna son nom a un de ses frères qui n'étant par encore au service et qui a été depuis gouverneur de Cayenne.

Apres treize jours de préparatifs et au moment ou on allait commencer le bombardement, le fort se rendit, d'Yberville lui donna le nom de fort Bourbon il y resta ainsi que Sérigny jusqu'au mois de Septembre de l'année suivante; mais ayant perdu beaucoup de monde du scorbut ils se determinèrent a revenir en France, et ils laissèrent le commandement du fort à Mr. de la Firêt, au quel ils donnèrent pour lieutenant Mr. de Marigny.

Le fort Pimkuit que tenait l'Acadie en échec, et qui appartenait aux Anglais, avait été attaqué sans succès par MMrs. d'Yberville, et de Bonnaventure en 1692, ils reçurent en 1696, l'ordre d'aller l'attaquer

de nouveau, on arma pour cela à Rochefort, les deux batimens l'Envieux et le Profond dont on leur donna le commandement. Ils arrivèrent le 26 Juin, à la baye des Espagnols et ils y apprirent qu'il y avait trois batimens Anglais du côté de la rivière St. Jean; ils se remirent à la mer pour aller à leur rencontre: le 14 Juillet d'Yberville les rejoignit et les attaqua: il s'empara de Nierrport de 24 canons, après l'avoir démâté, et il mit les deux autres navires en fuite. Le 14 Aout les deux commandans mouillèrent à une lieue du fort, ils l'investirent et l'attaquèrent le même jour, et ils firent sommer le commandant de se rendre, celui-ci leur fit répondre fiérement, qu'il verrait la mer toute couverte de vaisseaux Français et la terre de sauvages, qu'il ne se rendrait pas qu'il n'y fut forcé: au milieu de la nuit, d'Yberville descendit à terre, et fit travailler aux batteries avec tant de diligence, que le lendemain on put commencer le bombardement, on fit une seconde sommation, et cette fois-ci malgré la résolution annoncée par le commandant, il fut obligé de se rendre en disant qu'il y avait été forcé par la garnison.

Le 3 Septembre, d'Yberville naviguant avec sa prise rencontra une division Anglasie de 7 batimens, il sut l'éviter par la promptitude de ses manœuvres, le 12 il mouilla dans la rade de Plaisance, à Terre Neuve, son projet était de se rendre maitre de toute l'isle, et il est probable quil y aurait réussi, s'il n'avait pas trouvé la plus grande opposition dans Mr. de Brouillan, gouverneur de Plaisance, qui jaloux de ses succès, ne voulut pas le seconder dans une entreprise pour la réussite de la quelle son concours aurait été indispensable. D'Yberville voulut alors repartir pour la France et laisser toutes ses forces à Mr. de Brouillan qui alors aurait pu agir seul, comme il le voulait: mais les Canadiens que commandait d'Yberville, annoncerent formellement, qu'ils retourneraient plutôt dans leur pays que d'obeir à un autre chef. D'Yberville était leur compatriote, et ils l'idolatraient. Personne n'a fait plus d'honneur à sa patrie. Par amour pour la paix et dans l'interêt de la France il consentit à se rapprocher de Mr. de Brouillan qui ne cessa pas de le contrarier en tout et de chercher à faire manquer ses plus importantes opérations, en lui faisant des promesses qu'il ne tenait pas. L'avis de d’Yberville était de commencer par se rendre maître du nord de l'isle de Terre Neuve; mais il fut obligé de ceder à Mr. de Brouillan et d'attaquer dabord les forts et le bourg de St. Jean. Il se vengea de la contrariété qu'il en éprouvait, en y faisant des prodiges de valeur. Le 26 Novembre, il poursuivit lui-même à la tête d'une petite troupe, un parti d'Anglais ; il traversa une rivière tres rapide, ayant de l'eau jusque aux reins ; il força ses ennemis dans un retranchement, leur tua 36 hommes, fit plusieurs prisonniers et obligea les autres à se sauver dans l'un des forts. Le 28 Novembre, d'Yberville et ses hommes se trouverent a portée de pistolet, d'un détachement de 88 Anglais avantageusement placés derriére des rochers. Il les tourna sur la gauche pour les prendre en flanc du côté où les rochers ne les couvraient pas, tandis que Mr. VOL. II.

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de Brouillan les attaquait de front. Les Anglais se défendirent bien pendant une demi heure ; mais ensuite, ils se débandèrent ; d'Yberville toujours plein du courage le plus énergique les poursuivit l'épée dans les reins jusque dans les forts, dont il prit deux sur trois, avant l'arrivée des troupes de Mr. de Brouillan, qu'il n'avait cependant précedé que d'un quart d'heure. Il fit 33 nouveaux prisonniers dans la nuit du 29 au 30 Octobre, les maisons qui entouraient le dernier fort, furent brulées, et le 30 il capitula. D’Yberville continua la guerre avec les braves qui s'étaient attachés à sa fortune, et au bout de deux mois, il ne restait plus aux Anglais dans l'isle de Terre Neuve que le poste de Bonnevista, trop bien fortifié pour être attaqué par une aussi petite troupe que celle dont ou pouvait disposer, et l'isle de Carbonnière située au nord de Terre Neuve inabordable dans l'hiver. Les Français n'avaient fait pendant ce temps, que courir de conquêtes en conquêtes. Ou voyait des détachemens de 12, 15 ou 20 hommes, prendre des bourgades, des forts même, ils erraient dans des bois, attaquaient des rochers, en clouaient les canons quils ne pouvaient emmener, recevaient les sermens peu surs de prisonniers qu'ils ne pouvaient garder, couraient sur la glace avec des patins, gravissaient avec des raquettes sur des montagnes couvertes de neiges, quelques, uns etaient engloutis dans les précipices qu'elles leur cachaient, plusieurs mouraient de faim et de froid, mais ceux qui restaient furent rassassiés de gloire. Enfin, 300 hommes se rendirent maitres de la presque tolalité d'une isle de 300 lieues de circonférence et prirent plus de trente bourgs villages ou forts dont les garnisons montaient à 1,800 hommes. D'Yberville

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donna les plus grandes preuves de courage et de capacité. Il se trouvait dans tout les endroits où il y avait des risques à courir et des fatigues à essuyer et partout il était vainqueur. Il n'est pas douteux, que si il avait eu assez de monde pour achever une conquête si avancée, et pour garder les postes qu'il avait pris, les Anglais auraient perdu pour toujours l'isle de Terre Neuve. Il espérait pour cela, des secours de France, et il les avait fait demander par Mr. de Bonnaventure qui etait parti le 22 Novembre, sur le navire le Profond ; mais le 18 Mai, 1697, d'Yberville vit arriver son frère Sérigny avec une division de quatre batimens qu'il venait mettre sons ses ordres: il était porteur d'instructions de la cour qui obligèrent d’Yberville a abandonner cette belle entreprise et a aller cueillir de nouveaux lauriers dans la baye d'Hudson. Il renonça sans hésiter aux biens considerables qu'il avait acquis, et il fit bruler, ne pouvant les emporter, pour plus de deux cent mille écus d'effets qu'il avait pris sur les ennemis.

En 1696, Sérigny qui commandait le Dragon et Lamotte-égron qui montait le Hardi, avaient eu l'ordre de porter au fort Bourbon, des secours en hommes, en munitions et en vivres ; mais ils n'avaient pu y aborder, parceque quatre batimens Anglais et une galiste à bombe, les avaient précédés de quelques heures dans la rade ou ils arrivèrent le 2 Septembre, la partie aurait été trop inégale, pour qu'ils osassent hasarder le combat: ils se retirèrent. Lamotte egron

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