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fit naufrage et se noya, Sérigny arriva heureusement en France et aprés avoir rendu compte de la mission, il reçut l'ordre d'armer 4 batimens à Rochefort et de les conduire à Plaisance à son frére d'Yberville, pour qu'il allât attaquer les Anglais qui apres avoir repris le fort Bourbon lui avaient rendu le nom de fort Nelson.

D'Yberville mit à la voile le 8 Juillet, 1697, avec une division composée des 4 batimens qui lui avait amené Sérigny et d'un brigantin, il monta le Pélican de 50 piéces de canons et Sérigny le Palmier. Le 3 Aout ils entrérent dans la baye d'Hudson; ils la trouvérent tellement serrée par les glaces, qu'ils furent obligés de se cramponner sur les plus grandes. Ce qui faisait le danger de leur situation, c'est que ces glaçons étaient entrainés avec violence et donnaient des secousses si fortes à leurs batiments, qu'elles les mettaient à chaque instant dans le cas de périr. Aussi, dès le 5eme jour de leur entrée dans la baye, le brigantin fut écrasé entre un de ces écueils flottans, et le Palmier que commandait Sérigny ; et cela si subitement qu'on eut a peine le temps de sauver les hommes, tout le reste fut perdu.

Le 28 Aout d’Yberville se trouva débarassé des glaces; mais seul, et ne sachant pas ce qu'étaient devenus les autres navires. Le soir il jetta l'ancre assez près du Fort Nelson. Le lendemain à 6 heures du matin, il decouvrit à trois licues sous le vent trois navires qu'il prit dabord pour ceux de son frère; mais comme ils ne répondirent pas aux signaux de reconnaissance, il vit qu'ils étaient ennemis, et il se prépara à les combattre. Il fallait être bien hardi pour prendre une semblable détermination. Il avait a peine 150 hommes en etat de combattre et des trois navires ennemis qu'il osait attaquer l'un était plus fort que le sien le Hamshier qui avait 58 canons et les 2 autres en portaient chacun 32, le Pélican fut placé par les Anglais entre trois feux et on vit alors un des plus rudes combats dont la mer ait jamais été le théatre. D'Yberville dirigait tout sur son navire,

son navire. Il avait placé Mr. Bacqueville de la poterie sur le gaillard d'avant pour éviter l'abordage, son jeune frère Bienville commandait la batterie haute. Au bruit continuel de l'artillerie, dit Sacy, dans l'honneur Français se joignait celui des mats qui tombaient, des charpentes qui se déchiraient, les éclats des poutres volaient avec les boulets. On se tirait des bordées entiéres à portée de pistolet. Les Anglais devenus furieux par la meurtriere résistance du Pélican, ne songérent plus à prendre leur ennemi, mais à le faire périr. 58 canons à la fois étaient pointés à fleur d'eau pour le couller bas. A piene avaient ils fait leur décharge que les trois batimens en virant de concert, présentaient 58 autres canons pointés de même et qui faisaient un ravage effroyable. Le pont du Pélican était couvert de morts et de mourans; les voiles tombaient en lambeaux ; les cordages étaient coupés. Le combat avait duré 4 heures. Tous les officiers avaient combattu avec une bravoure qui méritait un plus grand nombre de témoins. Bacqueville était si noir de poudre et de fumae, qu'on entendit les Anglais dire en l'ajustant, à ce beau visage de guinnée. L'Hamshier seul avait 230 hommes d'équipage ce fut lui que d'Yberville chercha principalement à attaquer vergues à voiles, et il lui lança sa bordée avec tant d'habilité et de bonheur qu'il le coula. Il se retourna vers le Hudson baye qui se rendit à lui et il mit en fuite le 3eme batiment qui se nommaint le Deringue. Il avait eu plusieurs de ses mannæuvres coupées, deux pompes crévées, ses haubans fort endommagés; percé par 7 boulets de canons il faisait eau de toutes parts. Il répara cependant une partie de ces avaries avec une diligence extrème et le 6 Septembre il put mouiller dans la rade du fort Nelson. Mais le lendemain, ayant vu la mer grossir extraordinairement, ce qui dans cette baye est un signe d'une prochaine tempête, il laissa la rade qui n'est pas sure et alla mouiller au large. Sa précaution fut inutile, la vent ayant repris avec une violence extrême, tous les cables des ancres cassèrent et quoique put faire d’Yberville pour se soutenir, et qu'il n'y eut peut-être pas eu France de plus habile mannæuvrier que lui, il fut jeté à la côte et alla échouer à l'entrée de la rivière Ste Thérése, avec sa prise. Le calme étant revenu, l'équipage se sauva à terre oû d'Y berville descendit le dernier, mais il n'avait plus de vivres; il fit tout préparer en diligence pour donner l'assant au fort. Il fut rejoint fort heureusement par Sérigny dont les trois navires avaient aussi fait naufrage; le Palmier qu'il commandait y avait perdu son gouvernail. Plusieurs soldats moururent de froid sur la glace dont la côte était couverte ; les autres quoiqu'engourdis et se trainant à peine, se mirent en marche, pour assièger le fort, portant sur leurs épaules plus de provisions de guerre que de provisions de bouche. On franchit un marais glacé avec des peines inexprimables. La petite troupe se plaça dans un bois pour cacher sa faiblesse; il fallait vaincre ou périr et on attaquait une place bien fortifiée, bien munie, et dont la garnison était nombreuse. On la somma une première fois de se rendre, mais le gouverneur répondit en homme assuré, des succès de sa défense: il fit jouer son artillerie à travers le bois ou la troupe était retranchée. Les assiégeans qui avaient sauvé un mortier de leur naufrage, lancèrent quelques bombes. Les Canadiens escarmouchaient, les soldats faisaient des décharges plus réguliéres de mousquetterie ; mais on sentait qu'on ne pouvait pas continuer long temps. D'Yberville prit le parti de sommer une seconde fois le gouverneur de se rendre résolu de donner l'escala de la nuit suivante, si la place ne lui était pas livrée le soir même. Sérigny fut chargé de cette négociation; il prit le ton le plus imposant, menaça le gouverneur de toutes les horreurs qui suivent un assaut, en lui annonçant quil n'avait plus de quartier à espérer si'l temporisait encore; qu'on voulait bien par estime pour son courage lui accorder les honneurs de la guerre, mais qu'il était perdu s'il rejetait cette proposition, il fit dautres demandes; voyant qu'il balançait on le tint pour vaincu et on refusa. Il accepta en effet la capitulation proposée, on exigea de lui des otages, précaution bien nécessaire; car sans cela, il n'aurait certainement pas tenu un traité par lequel il

abandonnait un fort qui aurait pu résister à une armée, a une faible troupe exténuée de fatigue, qui était sans moyens d'existence et ne pouvait plus prolonger son attaque. Les Français rentrèrent ainsi dans possession de la baye d'Hudson par une affaire qui ajouta considérablement à la gloire de d’Y berville, qui s'etait déja illustré dans un si grand nombre d'occasions et qui devait continuer à le faire jusqu'à sa mort; apres ses étonnans succés il partit pour la France et y arriva le 8 Novembre 1697, avec deux novices dont la presque totalité des equipages était atteinte du scorbut.

Mr. de Lasalle en descendant le Misissippi par le pays des Illinois, avait découvert en 1682, la vaste contrée à la quelle il donna le nom de Louisiane qu'elle a toujours conservé depuis. En 1684, il obtint du gouvernement Français d'aller par mer à la recherche de l'embouchure du Misissipi : afin d'y former des etablissemens, son entreprise echoua; il passa devant cette embouchure sans la reconnaitre et aprés de longs malheurs, il périt assassiné par les siens. Apres sa fin tragique on avait paru renoncer à son projet ; mais d'y berville en revenant de son expedition de la baye d'Hudson réveilla l'attention du gouvernement Français sur son importance, et on arma à Rochefort les 2 batimens le Français et la Renommée, pour aller à la recherche du grand fleuve qui n'avait encore été découvert que par terre. Il eut le commandement du deuxiéme navire et Mr. Le Marquis de Chateaumorand, celui du premier, le 11 Decembre il mouilla au cap Français de St. Domingue, et aprés l'avoir entretenu le gouverneur de l'isle manda à Mr. De Pontchartrain ministre de la marine, que ses vues et son génie lui paraissaient répondre à sa valeur et à son habileté dans la guerre: le 27 Janvier, 1699, les deux capitaines, aperçurent la Floride et se présentèrent devant Pensacola ; mais le gouverneur Espagnol refusa de les recevoir. Le 31 Janvier, d'Yberville mouilla dans la Maubile grande rivière paralléle au Misissipi, et le 2 Juillet suivant il entra dans ce fleuve et y prit possession d'une isle qu'il appela

Isle Massacre, par ce qu'il y trouva plusieurs ossemens peu anciens. Cette isle a reçu plus tard le nom d'isle Dauphine, apres avoir reconnu cette embouchure si long temps cherchée, d’Yberville revient faire part de sa découverte à Mr. De Chateaumorand qui le suivait a petites voiles, et qui n'étant venu que pour l'acompagner jusques là, partit avec son batiment le Français et retourna à St. Domingue. Alors d'Yberville rentra dans le Misissipi avec l'intention de remonter le fleuve et il reconnut combien peu il devait compter sur la relation attribuée au chevalier de Tonti et sur toutes celles du père Hennepir qu'il avait déja trouvées en defaut sur le Canada et sur la baye d'Hudson.

D'Yberville batit un fort dans la Baye du Biloxi située entre le Misissipi et la Maubile, y laissa Bienville son frère et retourna en France. Il n'y resta pas longtemps ; car il etait de retour au Biloxi, le 8 Janvier, 1700, il y apprit qu'en September de l'année précedente, une corvette Anglaise de 12 canons etait entrée dans le Misisipi ; mais que Bienville l'avait forcée à se retirer. D'Yberville renouvela alors la prise de possession de toute la Louisiane, faite par Mr. de la Salle vingt ans auparavant. Il construisit un 2eme fort sur le bord du fleuve où il plaça 4 canons, qu'il nomma Nouveau Biloxi, et dont il confia la garde à Bienville, le chevalier de Tonti vint l'y rejoindre en descendant le fleuve, et lui protesta que la relation qui courait sous son nom et qui était tres inexacte, n'était pas de lui, mais d'un aventurier Parisien qui l'avait composée sur de mauvais mémoires. M. d'Yberville remonta le Misissipi jusqu'aux Natchez, ou il projeta de fonder une ville sous le nom de Rosalie, projet qui ne fut pas mis à exécution; plus tard seulement, son frère Bienville y établit un fort auquel il donna ce nom.

Dans les trois années qui suivirent la découverte de l'embouchure du Misissipi, d’Yberville fit deux nouveaux voyages à la Louisiane, pour y consolider, les établissemens Français, et reconnaitre les avantages que l'ou pourrait retirer des découverte faites dans sa derniere campagne. En 1702, il attrapa la fievre jaune, il en guérit, mais il fut long temps souffrant par suite de l'affaiblissement de sa santé, occasionné par les fatigues inouies qu'il avait éprouvées pendant un grand nombre d'années. Il ne put reprendre un service actif qu'en 1705. Il eut à la fin de cette année la le commandement d'une division de 6 batimens de guerre, avec les quels il se rendit à la Martinique où il arriva le 7 Mars, 1706. Il y prit ouze cents matelots et plusieurs flibustiers; et s'étant joint au comte de Chavagnac, ils attaquèrent le 2 Avril l'isle de Niéres chassèrent dabord les Anglais de l'isle de la pointe où ils s'étaient retirés. Ceux ci se retranchérent ensuite dans un endroit dont les avenues étaient presque impracticables ; mais d’Y berville qui ne se laissait effrayer par aucuns dangers, les y attaqua et les força à capituler. Les officiers, les soldats, et tous les habitans furent faits prisonniers de guerre, et l'on remit entre les mains des Français tous les negres de l'isle, qui étaient au nombre de plus de 7000, et trente navires les uns armés en guerre, les autres chargés de marchandises, ce qui fit aux Anglais, un tort de plus de quatre millions. Ces deux actions firent d'autant plus d'honneur a MMrs. d’Yberville et de Chavagnac, quils n'y perdirent que 50 hommes.

Peu de temps aprés cette expedition, d'Yberville fut atteint par une maladie grave dont il mourut à la Havane de 9 Juillet de la même année 1706. “ La marine Française et les colonies, dit Mr. de Sacy, firent en lui une perte digne de leurs regrets. Il avait été le conquérant de Terre Neuve, le restaurateur, ou pour mieux dire, le créateur de la colonie de la Louisiane, et peu de temps avant sa mort, il rassemblait des Alibustiers et d'autres troupes pour conquérir la Jamaïque."

En 1700, Louis Quatorze, pour récompenser les services qui avaient été rendus à la France par Charles Lemoyne de Longueil et par ses nombreux enfans, érigea en baronnie, en faveur de son fils ainé et de ses descendans par primogéniture, la propriété qu'il avait établie prés de Montréal et a laquelle il avait donné son nom de Longueil.

Ce premier Baron de Longueil est mort gouverneur de Montréal aprés 58 ans de services, il a eu deux fils: l'ainé qui a été le deuxieme Baron de Longueil, a servi pendant 45 ans, et il est mort comme son pére, gouverneur de Montréal, le Chevalier Longueil frére puiné du précédent a été gouverneur des trois rivières jusqu'au moment où le Canada a été cedé à l'Angleterre en 1763, il est venu alors s'établir en France et il est mort dans les environs de Tours, en 1772. Il avait un fils qui est retourné en Canada où il est mort sans posterité, avec lui, s'est eteinte la branche des Lemoyne de Longueil. Le second Baron de Longueil avait bien eu trois fils mais ils etaient morts jeunes et au service tous les trois, dans l'année 1756, l'ainé dans l'attaque du fort Carillion, et les deux autres qui étaient l'un enseigne de vaisseau et l'autre garde de la marine ont peri dans le naufrage du bateau du roi la Province de Guyenne.

Lemoyne d'Yberville n'a laissé qu'un fils qui est mort sans postérité.

Lemoyne de Bienville seconda, comme on l'a vu, son frére Lemoyne d'Yberville, dans plusieurs de ses opérations ; il a rempli avec habileté et courage plusieurs missions auprés des sauvages; il a passé une grande partie de sa vie à la Louisiane où il a formé les premiers établissements, il en a été gouverneur général pendant un tres grand nombre d'années, tant sous la Compagnie d'occident que sous la domination du roi, c'est lui qui a déterminé l'emplacement de la Nouvelle Orleans et qui en a jeté les premiers fondemens en 1717. Il a été la premiere cause de l'immense prospérité dont jouit aujourd'hui ce vaste pays, il est mort sans postérité à Paris le 7 Mars 1767.

Lemoyne de Chateauqué second du nom est mort gouverneur de Cayenne. Il a laissé un fils qui, aprés avoir servi dans la marine, s'est retiré à la Martinique où il a été assassiné dans les troubles du commencement de la révolution Française, il avait trois fils dont deux étaient au service, ils sont morts tous les trois sans postérité.

La seule_branche de la famille Lemoyne qui ait continué ses services en France, est celle des Lemoyne de Sérigny. Le chef de cette branche a partagé la gloire que s'est acquise son frére d'Yberville en s'emparant du fort Bourbon en 1697. Il a été chargé depuis d'un grand nombre de missions dont il s'est tiré avec beaucoup d'honneur, il a eu plusieurs beaux combats. Le 14 Janvier, 1719, il a pris aux Espagnols le fort important de Pensacola, comme il avait été repris et que sa garnison avait été considérablement augmentée, on envoya une escadre commandée par le comte de Champaulin, pour l'attaquer de nouveau. M. de Champaulin et son conseil balançaient pour faire entrer leurs vaisseaux dans le port, Sérigny seul se prononça pour l'affirmative. Il avait été chargé de sonder l'entrée, et comme il ne pouvait pas ramener les autres commandans à son opinion par de simples raisonnemens, il osa répondre sur sa tête des succés de l'entreprise, alors toute hesitation cessa ; l'escadre passa: ou prit le fort et on fit 1,500 prisonniers.

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