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ajouter aux autres ; que la subsistance manqurait à tous ceux que les autres fesaient subsister avant la banqueroute, que le commerce intérieur et extérieur, les arts et les manufactures seraient perdus, que l'industrie cesserait faute d'objet; que la culture des terres serait restreinte à la seule nourriture de ses habitans destitués de tout commerce ; que le roi serait plus pauvre et moins puissant le lendemain du jour qu'il aurait acquitté ses dettes par une banqueroute qu'il ne l'aurait été la veille.

A l'égard du second conseil, que les inconvéniens auxquels il était sujet, quoique moins étendus, étaient cependant très considérables ; que la dette de l'etat était une valeur estimative selon l'opinion journalière dont la révision qui en diminuerait le nombre, diminuerait aussi la valeur, de sorte que les effets qui en subsisteraient après cet examen auraient moins de valeur qu'ils n'en avaient auparavant, on suppose que la totalité de ces effets fut d'un milliard qui perdait 60 pour cent c'était une valeur réelle pour les porteurs et pour l'etat de 400 millions. Si les retranchemens n'en laissent que 400, ils perdront de même 60 pour cent et peut être plus ; alors il ne restera pour les particuliers et pour l'etat qu’une valeur de 160 millions : c'est 240 millions de perte pour les particuliers et pour l'etat qui se trouve plus pauvre de 240 millions qu'il n'était avant le retranchement.

A l’egard d'une chambre de justice, qu'il était vrai que les gens d'affaires en méritaient les recherches; que tout le mal venait de ce que les ministres les avaient regardés comme gens nécessaires; qu'ils avaient souffert que tout ce que le peuple payait au roi depuis 30 ans passât par leurs mains, qu'une partie très considérable leur était restée ; qu'ils méritaient sans doute de rigoureuses punitions mais qu'avant de se déterminer à punir, il était à propos d'examiner si les punitions seraient utiles ou dommageables; qu'il ne croyait pas qu'une chambre de justice fút un remède aux maux présents, qu'il fallait une fermeté plus qu'humaine pour en faire exécuter les décisions ; que l'or et l'argent corromprait tout; qu'il n'y avait

pas d'example qu'une chambre de justice eût donné de quoi rétablir les affaires ; que les gens en crédit en avaient seuls profité en vendant chèrement les grâces qu'ils obtenaient en faveur de ceux qui avaient été taxés ou qui devaient l'étre; que le roi n'en tirait rien, que le discrédit et l'obstruction que ce tribunal redoutable mettait dans toutes les affaires, était au royaume le moitié de la valeur ordinaire de son revenu'; que cette perte était certaine ; qu'il fallait la mettre dans un des côtés de la balance; qu'il ne restait pour l'autre que l'incertitude du retour, et qu'ainsi ce n'étaient pas ces moyens proposés qui remedieraient au mal présent; que ce mal venait beaucoup moins de la dette dont l'etat était chargé que du diserédit et de la lethargie universellemens répandue, qui empéchait l'action de tous les biens fonds et de tous les biens d'industrie du royaume capables de supporter une dette plus forte lors que le mouvement leur aurait rendu le dégré de valeur où ils pouvaient, atteindre, lequel était aujourdhui concentré et presque nul; que tout ce qui le ranimerait serait salutaire et lui rendrait sa force naturelle qui n'était pas perdue et qui était seulement étouffée par des obstructions entassées l'une sur l'autre depuis 30 ans; que les deux systèmes proposés contenaient ce qui était le plus capable d'entretenir et d'augmenter cette fatale léthargie dans laquelle consistaient tous les maux présents et qu'ils étaient une production de l'ignorance, de la paresse, de l'envie et de la dureté.

Quoique le regent sentit toute la force de ces raisons, néanmoins il commenca à faire exécuter une partie de ce qui lui avait été proposé, soit qu'il voulût simplement en essayer, soit qu'il ne se sentit pas encore assez de force pour résister seul à l'opinion générale qui n'avait d'autres principes de gouvernement que de prendre des engagemens et de ne les pas remplir, de faire des billets et de les discréditer, de mettre des impositions sur le peuple et de le livrer à la discrétion des traitans pour en tirer ce que l'on pouvait. Il établit au louvre un bureau pour la révision des promesses, des gabelles, billets de legendre, billets des receveurs généraux et autres dont une partie souffrit le retranchement des quatre cinquièmes de son capital et la totalité des intérêts. On donna le nom de billets de l'etat à la partie qui fut conservée à laquelle on assigna 4 pour cent d'intérêts, et ces billets n'eurent pas plus de valeur dans le public que ceux dont ils étaient l'extrait: ce fut une perte réelle de 240 millions pour les particuliers et pour l'etat qui fut privé d'une valeur qui était utile au commerce : voilà le succès de ce visa.

Les Rentes viagères de la creation de 1713 et de 1714 furent diminuées aussi de la moitié par un edit du mois de Décembre, 1718.

La valeur de l'argent était alors à 27 le marc, tous les négocians demandaient une augmentation d'espèces afin de rendre le paye. ment, de leurs dettes plus facile et pour ne pas être obligés de rendre en monnaye forte ce qu'ils avaient emprunté en monnaye faible. Leur demande était juste et s'accordait avec leur intérêt et celui de le'tat. Le Conseil s'y opposait sur ce qu'il était persuadé que le commerce étranger en souffrirait

. Le regent persuadé du contraire, que le nom que le roi donne à la monnaye est indifferent au commerce étranger; qu'il ne sort pas plus de matières d'argent pour payer quand le marc est nommé 40 que quand il est nommé 27 ; que c'est avce le poids que l'on acquitte la dette extérieure et non pas avce le nom, porta, au mois de Decembre, la monnaye à 40 le marc et fit une refonte de l'or. Les dettes et les impositions devenaient par là plus faciles à payer de près d'un triers. C'est la première opération de la régence qui a été favourable au com

La recherche des gens d'affaires était toujours proposée Le peuple demandait vengeance. La robe désirait qu'on lui livrat des fortunes à abaisser, qui avaient tant excité son envie. Les courtisans ne le désiraient pas moins dans l'expérance de vendre cher leur crédit, et le conseil promettait au régent une ressource infaillible. La chambre de justice fut créée par edit du mois

merce.

d'avril 1716, avec l'appareil le plus formidable, et les lois de recherches les plus exactes pour tous ceux qui, directement ou indirectement étaient entrés dans les affaires du roi depuis, 1688. Le zèle des commissaires du conseil répondit à la passion des auteurs de ce rigoureux tribunal. Il prononça des supplices contre des malhereux dont on a cru juste, quelque temps après, de réhabiliter la mémoire. Mais cette épouvante, ces supplices ne donnaient que de tristes spectacles qui excitèrent bientot la pitié publique. Ils ne donnaient pas cet argent tant promis, et c'est de quoi il était question. Les confiscations étaient enlevées par les courtisans en partie et l'autre ne suffisait pas à payer les frais. Cependant le revenu du royaume et celui des particuliers diminuaient tous les jours. Le commerce, les arts, l'industrie s'anéantissaient de plus en plus; l'usure seule fleurissait et rendait l'argent 30 pour cent, sur les meilleures lettres de change.

Ce fut alors que le régent éprouva que les deux partis qu'on lui avait proposés augmentaient encore le mal au lieu de rétablir le bien. "Il revint à un examen plus sérieux des objections qu'on lui avait faites au deux systémes six mois auparavant et examina les moyens de parvenir à un milleur succès. Ils se réduisaient au simple rétablissement du crédit et de la circulation qui devaient opérer infailliblement le rétablissement de tous les biens du royaume. cette matiere n'était pas connue et voyez comment elle lui fut expliquée.

Toute la finance se réduit à deux principes, savoir; les fonds de terre auxquels le travail donne la production, et l'industrie du commerce qui lui donne la valeur.

Le commerce détermine le dégré de la culture selon de dégre du débit des productions de la terre qui fournit aux hommes le necessaire et le superflu. . C'est ce superflu qu'on échange avec l'etranger quand tout le nécessaire ne se trouve pas chez soi. La terre porte dans son sein tous les besoins des hommes. Le commerce les encourage au travail par la récompense qu'il leur procure. Ainsi l'union de l'industrie de la culture de la terre et l'union de l'industrie du commerce sont les principes originaires de tous les biens dont les hommes jouissent.

L'argent n'est un principe ni un bien par sa propre nature; mais il en est devenue un par la faculté relative que les hommes sont convenus de lui donner avec les véritables biens. Il produit sur eux de très grands effets qui sont utiles ou nuisibles selon la manière dont il est conduit, pour le connaitre, il faut examiner l'usage auquel il est raisonnablement destiné. Les hommes l'ont oisi

pour la commodité de l'échange et sout convenus qu'il serait le

gage réel et le signe de la tradition réciproque de toutes denrées et marchandises. Ils l'ont rendu aussi le salaire de leur travail et quoiqu'avec ces attributs, il continue d'être simplement un moyen et non pas un vrai principe: cependant, il décide souverainement de l'abondance ou de la rarété des véritables biens.

L'argent perd une partie de sa valeur á proportion du mouvement qu'il acquiert et alors il procure beaucoup de bien. Vailà sa fonction raisonable.

Il acquiert de la valeur à proportion que son mouvement deminue et qu'il demeure dans le repos. C'est alors que les biens qu'il devrait produire s'arrêtent et demeurent suspendus. Ainsi, il y a une communication de perte et de valeur entre l'argent et les fonds qui arrive toujours aux dépens l'un de l'autre.

Quand il est rare et en repos, les fonds, le travail, l'industrie et le commerce languissent faute de récompense et perdent leur valeur que l'argent leur enlève et s'approprie aux dépens de ces veritable biens dont il devient le dominateur tyrannique. Voilà son effet nuisible.

C'est alors que les possesseurs de l'argent jouissent seuls de l'abondance qui doit etre partagée entre tous les hommes et que les fonds de terre, les revenus de ces fonds et l'industrie d'un etat n'atteigment pas à la moitié de la valeur dont ils sont capables.

Car l'argent étant établi la mesure commune et comparative de tous les biens, s'il est resserré, ou en donne peu pour achetter les fonds de terre, les denrées, les marchandises, et pour payer le travail de l'industrie; or, comme il y a un beaucoup plus grand nombre de ces véritables biens dans un etat qu'il n'y a d'argent, la perte pour cet etat est infinie lorsqu'il est resserré.

Pour en concevoir l'idée, supposons qu'il y ait un milliard d'espèces en France et qu'à lui comparer les fonds de terre, les maisons, l'industrie et le commerce, on les estime vingt fois d'advantage seulement, si la moitié de ce milliard cesse d'être en mouvement, les 500 millions restant vaudront le double de ce que valait le milliard; c'est à dire qu'on payera avec un ce qu'on payait auparavant avec deux c'est par conséquent une valeur du double transmise à l'argent, qui fait une diminution du double qui s'étend sur les fonds, les maisons, l'industrie et le commerce, et comme il y a 20 fois plus de ces biens qu'il n'y a d'argent, un de valeur qu'il a acquis en fait perdre 20 à l'etat.

Il est vrai que cette perte est imaginaire à l'égard des fonds qui ne sont pas en vente, puisqu'elle leur est restituée dans des temps de circulation, mais elle est très réelle à l'égard de ceux qui sont à vendre et à l'égard des denrées, des marchandises, du travail et de l'industrie qui s'offrent toujours à vendre et qui ne tirent leur valeur que de la vente.

Le transport de l'argent étant sujet à des frais, à des risques, à une perte de temps qui retarde les affaires, fit chercher autrefois le moyen de remédier à un inconvénient si nuisible au commerce. On imagina les lettres de change. L'usage s'en étendit peu à peu avec utilité: on s'apperçut que ce moyen, en faisant la représentation de l'argent, le multipliait et multipliait le commerce de la même maniere qu'aurait fait l'argent, s'il y en avait eu une plus grande quantité. On s'apperçut aussi que l'argent tout seul ne suffisait pas à mettre en valeur les fonds et l'industrie ; qu'une partie en restait languissante

et qu'il était nécessaire d'y joindre le secours du crédit pour les animer.

Le crédit est le synonime de l'argent, qui le prévient et qui se présente partout où l'argent manque et où il ne peut pas arriver assez tôt. Il est le gage et la caution que l'argent viendra prendre sa place; il la remplit réellement et sa seule promesse produit dans toutes les mains où il passe le même effet que l'argent. Quoique l'argent ne se livre que dans une seule des mains où le crédit aura passé, il attire l'argent après lui qui ne peut l'atteindre, car il ne peut l'égaler dans la rapidité de son mouvement, et il suffit qu'il le joigne quelque fois et qu'on soit persuadé qu'il le joindra toujours. Ainsi il satisfait beaucoup mieux à tous les différens besoins du commerce, car il impèche qu'aucune entreprise ne soit retardée ou qu'elle n'échoue. Il s'offre à ceux qui en ont besoin pour l'exécution de leurs projets; il en réveille et en fait naître l'idée dans l'esprit des hommes industrieux quand ils voyent que le moyen de les accomplir ne leur manquera pas. Son activité et son mouvement ne souffrent aucune nature de bien dans l'oisiveté et dans la langueur. Il se multiplie de lui même et en se multiplians il multiplie le bien public. Vires acquirit eundo: pourvu qu'il soit conduit avec prudence et qu'on ne l'effarouche pas en voulant le prodiguer ou le contreviendre, car alors il disparait et ensevelit l'argent sous ses ruines. L'usure renait aussitôt et signale son triomphe en arrachant aux fonds, à la culture, au commerce et à l'industrie la valeur que le crédit leur avait données. Elle la transmet à l'argent et enrichit tous ceux qui la possèdent aux dépens des biens plus véritables et plus étendus. Les faibles lois ont beau la menacer, elle en devient plus forte et augmente ses ravages jusqu'à ce qu'on fasse renaître le crédit et la circulation qui sont ses veritables et ses seuls bourreaux. La peine n'en est pas légère pour les usuriers ; on en peut juger par leurs mouvements et par leurs cris, dès qu'ils sentent qu'on leur apprête le supplice de la circulation, pour rendre aux biens fonds et au commerce la valeur que l'argent avait usurpée sur eux.

Les ministres qui ont gouverné les finances depuis 30 ans n'ont connu ni la nature du crédit ni son effet. Ils ont été uniquement attachés à tirer l'argent du peuple ; tout moyen leur a semblé bon sans aucun égard au dommage qu'en recoivent les fonds : et ils ont travaillé à donner à l'argent dont ils avaient tant besoin une valeur pernicieuse qui les enprivait et à oter aux fonds, à l'industrie et au commerce une valeur qui leur aurait toujours fourni de l'argent. Ils ont ignoré. 1°. Que les opérations de finance doivent étre d'une nature à ne pas nuire au commerce, en faire de contraires, c'est prendre de son fonds pour sa dépense courante ; 2°. Que les peuples tirent le moyen de payer par la consommation et le commerce, que quand l'un et l'autre diminuent, le moyen de payer diminue dans la même proportion. 3°. Que le paysan et l'homme d'industrie font subsister l'etat et doivent par conséquent étre ménagés. S'ils ne le sont pas, le nombre des contribuans diminue et se trouve, á la fin, réduit á des malhereux qui sont insolvables. 4°. Que celui qui VOL. II.

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