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est chargé de faire des propositions aux généraux Lecourbe et Marulaz.

Voici le projet de traité:

Le... l'engagement de remettre au roi Besançon et le fort de Joux aussitôt que les armées alliées entreront, d'y arborer le drapeau blanc et de faire prendre à la garnison la cocarde royaliste, enfin, de coopérer de tous ses efforts et de tous ses moyens au succès de la seule cause que tout bon Francais puisse embrasser sans se déshonorer.

Je suis chargé au nom de Sa Majesté Louis XVIII et des alliés d'assurer au général Marulaz que le roi, en attendant qu'il puisse récompenser ses services, lui conservera son grade de lieutenant général en activité, et, s'il le préfère, ce dont je doute, qu'il aura le même grade, dans quelque autre armée des alliés qu'il jugera à propos. S'il a besoin de fonds pour s'assurer de sa garnison, pour lui faciliter les moyens de servir le roi de la manière la plus efficace, il lui sera assigné une somme de cinq cent mille francs sur quel banquier qu'il voudra et qu'il touchera, aussitôt qu'il aura rempli les engagements sacrés qu'il aura pris envers Sa Majesté. Cet arrangement, s'il le désire, sera garanti par toutes les puissances.

Il est absolument nécessaire que j'aie la réponse le 1er juin. Le roi ne doute pas, messieurs, des sentiments du général Marulaz. Garantissez-le-lui, mais il désire avoir la certitude qu'il lui est et lui sera fidèle'.

Une note semblable fut remise au général Lecourbe.

1. 25 mai 1815.

Il est inutile d'ajouter que ces offres odieuses eurent le sort qu'elles méritaient et que Marulaz et Lecourbe 1 se contèrent de faire connaitre à l'empereur l'étrange proposition que des insensés n'avaient pas craint de leur faire.

Les officiers de la garnison d'Huningue furent l'objet de tentatives du même genre,

AU NOM DU ROI...

Sa Majesté Louis XVIII, convaincu que la garnison d'Huningue, qui s'est immortalisée dans la dernière guerre par la valeur et le talent avec lesquels elle a défendu cette place, ne voudra pas aujourd'hui souiller la gloire qu'elle s'est acquise en se rangeant sous l'étendard de la trahison...

Le roi pour reconnaitre le témoignage de fidélité que lui donneront le général Barbeneigre et le second commandant Chancel, en prenant l'engagement d'exécuter ce que Sa Majesté attend de leur dévouement, accordera au général Barbeneigre le grade de lieutenant général et au commandant Chancel celui de maréchal de camp.

Pour leur faciliter les moyens de... croix, et cinq cent mille francs..., somme qui sera déposée chez tel banquier Suisse ou Allemand que le général Barbeneigre désignera et qui sera mise à sa disposition aussitôt qu'il aura rempli, lui et sa garnison, les engagements que Sa Majesté désire et que l'honneur lui commande de

1. Lecourbe (Cl.-Ja., comte), né à Lons-le-Saunier (FrancheComté), 1762-1815, célèbre général de division en 1798, en nonactivité sous le premier empire à cause de ses opinions républicaines; accepta un commandement en 1815, remporta près de Belfort des avantages signalés sur l'archiduc Ferdinand et mourut peu de mois après.

prendre. Sa Majesté, sentant bien que l'emploi des fonds promis ci-dessus ne peut être que secret, veut qu'il ne soit jamais demandé aucun compte au général.

Les souverains alliés et amis de Sa Majesté sont garants de l'exécution des conditions ci-dessus énoncées et promettent en outre dans leurs armées aux généraux Barbeneigre et Chancel le même grade qui leur est accordé ci-dessus, si toutefois ils jugeaient à propos de quitter le service du roi.

Fait à Zurich, au nom du roi, le... juin 1815.

Je reconnais que le soussigné de Grimmel, lieutenant-colonel de cavalerie, chevalier de Saint-Louis est particulièrement autorisé par Son Excellence le duc de Feltre, ministre de la guerre, à signer les conventions ci-dessus énoncées.

Zurich, le... juin 1815.

« ... Si je puis réussir, ajoute Talleyrand, je regar« derai ce succès comme un coup de partie, car si le « roi avait sous ses ordres un corps d'armée français « et deux places, tout l'est de la France marcherait. « Les Suisses, voyant leurs frontières entièrement « libres de dangers, nous rendraient aussitôt les régi« ments et nous donneraient bien des facilités pour « augmenter en pen de jours les cadres... »

Il n'est pas jusqu'à l'honnéte Carnot qu'on n'ait cherché à gagner.

« ... On a lieu de croire, écrit l'abbé Lafon, l'ancien « complice de Malet, qu'en travaillant Carnot, si on

« lui promettait les bonnes grâces du roi, on le déta« cherait de Bonaparte qu'il n'aime pas. »

Nous n'insisterons pas sur ces tristes menées. Les coupables, la France doit les ignorer, mais ce qu'il importe de flétrir, ce sont les meneurs, ces éternels inconscients qui ne savent que chercher à l'étranger le mot d'ordre capable de faciliter leurs entreprises néfastes.

Paris vaut bien une messe, a dit un spirituel monarque. Mais certes, le Béarnais n'eût jamais voulu du trône de France au prix de la trahison et de l'alliance avec les ennemis de la France.

Ses descendants auraient dû se le rappeler.
La France, elle, ne devait jamais l'oublier.

CHAPITRE XI

WATERLOO ET LES RESPONSABILITÉS

L'empereur quitte Paris le 12 juin 1815. – Son fåcheux état de santé.

Son but. — Passage de la Sambre. — Désertion de Bourmont, 15 juin. - Bataille de Ligny, 16 juin. – Bataille de Waterloo, 18 juin. - L'em

pereur est à Paris, 20 juin. Pressentiment de Lucien.- Arrivée de l'empereur à Rochefort le 3 juillet.

- Triomphe des Bourbons. — Annonce de la victoire. Examen critique de la situation par Lucien Bonaparte. – L'empereur,

devait-il rentrer à Paris ou rester à la tête de ses troupes ? Quel a été le rôle de Fouché ? – A-t-il trahi? – Est-ce à la trahison qu'on

doit un si grand désastre? - Pourquoi l'empereur ne s'est-il pas présente devant les représentants ? — Quel a été le rôle des Chambres ? — Conclusion de Lucien. - Cette conclusion formulée en 1832 est différente

de celle inscrite dans ses notes. Examen contradictoire au point de vue sociologique des Cent-Jours et de

Waterloo.

Le 12 juin, l'empereur quittait Paris. Il allait rejoindre l'armée.

Son état de santé élait critique. Tant qu'il avait pu, il avait retardé son départ dans l'espérance d'un mieux qui ne survenait pas. Il se trouvait dans l'impossibilité de monter à cheval. Et cependant il allait falloir agir et agir rapidement.

Avec le sentiment merveilleux qu'il avait gardé des choses de la guerre, en présence de ce cercle de fer qui s'apprêtait à l'étreindre, il avait saisi le point faible, le neud de la coalition, le trait d'union politique et financier, c'est-à-dire, l'armée anglaise, Anvers, où débarquaient les

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