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M. le comte de Leibzeltern, auquel je m'empressai de présenter mes remerciements.

Quelques jours après mon arrivée à Rome, le père général, d'Araceli, m'appela et me dit de la part du pape que le Saint-Père avait été informé de ma conduite et qu'il était content de moi.

CHAPITRE XIII

LUCIEN BONAPARTE EN EXIL.

1815-1830.

Arrivée de Napoléon Bonaparte à Sainte-Hélène. --- Dispositions prises par

les puissances à son égard et à celui des membres de sa famille. – Rape port de M. Pozzo di Borgo. -- Internement de Lucien à Rome. – Dépêche de M. de Talleyrand. - Surveillance exercée sur Lucien dort on redoute la fuite en Amérique. – Attitude de M. de Blacas à l'égard des Bonapartes.

La révolution en Amérique. – Projets de Joseph. - L'insurrection au Mexique. -- Tentative de Xavier Mina.--Son débarquement, sa mort. - Coopération de Lucien et de Jérôme. – Précautions prises par les puissances. — L'envoi de Lucien en Allemagne est décidé. — Protestations de Lucien. – Protection du pape. – Insistance des ambassadeurs d'Espagne, de France et des Deux-Siciles pour l'éloignement de Lucien. - Nouvelles persécutions en 1820. - Mort de Napoléon. — Projet de mariage entre le fils ainé de Lucien et la fille de Joseph. – Demande de passeports. – Lucien à Bruxelles. — Mariage de son fils, 29 juin 1822.

Son retour, – Ses dépenses. Ses occupations. La Croce del Biacco. Situation des membres de la famille. - Madame Lætitia à Rome. - Le

cardinal Fesch continue ses achats de tableaux. Louis à Rome. - Sa bigoterie et son goût pour la poésie. – La reine Hortense en Suisse. Les deux Napoléon et les Carbonari -- Jérôme à Trieste puis à Rome.

Le prince Eugène à Munich. Mort d'Elisa Bacciochi. - Caroline Murat à Trieste sous le nom de comtesse de Lipona. – Ses chagrins domestiques. Son mariage. Ses deux fils. Leur départ pour l'Amérique. — Pauline Borghese ; sa maladie et sa mort, 19 juin 1825.

Le 16 octobre 1817, Napoléon abordait à Sainte-Hélène. L'envoi du César dans celte île était le résultat d'une

mesure de sûreté générale, prise par les puissances et non par l'Angleterre seule,comme le prétendaient certains opposants.

L'Angleterre n'avait fait qu'exéculer les ordres du Congrès, ou mieux ceux de Talleyrand.

Napoléon Bonaparte, dit le cabinet de Saint-Pétersbourg dans un rapport officiel, est regardé par les puissances qui ont signé le traité du 25 mars 1815, comme leur prisonnier?

Le cabinet de Russie a examiné la question relative au mode d'existence de Napoléon Bonaparte à SainteHélène et aux clameurs excitées en Angleterre et répétées dans quelques parties de l'Europe, concernant les traitements exercés envers un homme dont la funeste célébrité n'a pas encore cessé d'agiter le monde.

L'odieux que les révolutionnaires de tous les pays cherchent à jeter sur la mesure de sa détention, quoique autorisée par la justice et commandée par la nécessité ; l'accord que ce mot de ralliement produit entre les ennemis de l'ordre, quels que soient les doctrines et les intérêts qui les séparent; l'impression qu'ils produisent et le dessein qu'ils osent avancer ouvertement, ont donné lieu aux observations suivantes :

Bonaparte est confié à la garde du gouvernement britannique qui choisira le lieu de sa détention...

Il n'existe nul doute que, depuis l'arrivée de Bona

1. Mémoire remis par le cabinet de Russie sur le mode d'exécution de l'internement de Napoléon Bonaparte dans l'ile de SainteHélène.

Annexé au protocole n° 31 du 13 novembre 1818. (Ce mémoire est de M. Pozzo di Borgo. Il fut présenté et lu par M. Capo d'Istria.)

parte à Sainte-Hélène, on ne se soit efforcé de lui rendre sa captivité moins pénible. Elle le serait devenue, en effet, si, décidé à se considérer comme un particulier relégué dans cette île, il avait eu le courage ou la volonté de renoncer aux prétentions de la grandeur et aux exigences qui sont incompatibles avec sa situation et sa fortune actuelle.

Napoléon veut être considéré comme souverain, lorsqu'il est décidé qu'il est rentré dans la condition d'homme privé et qu'il doit être traité comme tel.

Il rejette des facilités qui lui sont offertes pour se distraire ou prendre l'exercice auquel il paraissait vouloir s'accoutumer, parce qu'il dédaigne d'être observé par un officier anglais.

Il peut avoir des correspondances par la voie du gouvernement, soit pour nourrir sa curiosité, soit pour entretenir ses affections et il n'en cherche que de secrètes et d'indépendantes de la surveillance publique!

Il se dil malade et il refuse la visite d'aucun autre médecin que celui qui était devenu son complice et qui même n'a jamais pu certifier que le général Bonaparte fût travail é d'aucune indisposition sérieuse ou apparente dont quelques jours d'exercice l'auraient délivré complètement.

Le traité porte que les commissaires des puissances s'assureront de sa présence et, jusqu'à ce moment, ils ne sont pas encore parvenus à le voir une seule fois,

rce qu'il ne consent à les laisser approcher de lui qu'en qualité d'ambassadeurs.

De ces difficultés, Napoléon descend à d'autres aussi fausses que puériles : les aliments, les provisions, le logement et enfin tous les détails minutieux du ménage

deviennent à chaque instant un objet de plaintes et d'intrigues. Loin de nous, de vouloir aggraver son sort par aucune privation de ce genre ; mais la vérité est que ces privations n'ont jamais existé et qu'elles ne sont présentées à la malignité publique que comme un moyen de plus pour réveiller l'intérêt en sa faveur et le faire revivre dans la mémoire de ses partisans.

Les membres de la famille ne manquent pas de recevoir les informations. Ils fournissent l'argent et maintiennent par des correspondances cette sourde activité qui travaille les esprits et la fait envisager par les débris de tenter les factions révolutionnaires comme le centre de l'union où ils pourront s'appuyer un jour. Leurs correspondances secrètes avec Sainte-Hélène sont prouvées au delà de toute contradiction. L'envoi de sommes clandestines et l'acquittement de toute lettre de change, endossée par Bonaparte, se trouvent également avouées et hors de doute. Ces vérités qui résultent des documents fournis par le gouvernement anglais n'ont jamais échappé à la vigilance des autres cabinets. Très souvent ils se sont fait à ce sujet des communications réciproques ; mais jamais les mesures et les précautions n'ont suivi le mal que l'on venait de dénoncer.

Parmi les émissaires arrivés de Sainte-Hélène, le colonel Gourgaud est au nombre des plus notables. Ayant pris un ton de franchise suspect, il a révélé néanmoins des particularités qui ne peuvent manquer de fixer l'attention des alliés.

Napoléon, selon lui, n'excite envers le gouverneur de Sainte-Hélène toutes les tracasseries dont il le fatigue, que pour mieux cacher ses véritables desseins.

La correspondance secrète avec l'Europe et les envois

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