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Nivelles, ce qui le mettait en état d'appuyer le feld-maréchal Blücher dans le cas où la bataille aurait eu lieu le 15.

BATAILLE DE LIGNY.

(16 juin.) L'armée prussienne était postée sur les hauteurs entre Brie et Sombref, et autour de celte dernière place ; elle occupait en grande force les villages de Saint-Amand et de Ligny, situés sur le front. A ce moment il n'y avait encore que trois corps de l'armée réunis ; le quatrième, qui était stationné entre Liège et Hannut, avait été retardé dans sa marche par plusieurs circonstances et n'avait pu rejoindre. Néanmoins, le feld-maréchal Blücher résolut de donner bataille, lord Wellington ayant déjà mis en mouvement pour le soutenir une forte colonne de son armée, ainsi que toute sa réserve stationnée dans les environs de Bruxelles, et le quatrième corps prussien étant sur le point d'arriver.

La bataille commença à trois heures après midi; l'ennemi déploya 130,000 hommes, l'armée prussienne était forte de 60,000; le village de Saint-Amand fut ce qu'attaqua d'abord l'ennemi, qui s'en empara après une vigoureuse résistance ; il dirigea ensuite tous ses efforts sur Ligny : c'est un grand village solidement bâti et situé sur un ruissean du même nom! Là, commença un combat qui peut être considéré comme un des plus acharnés dont l'histoire fasse mention. Des villages ont été pris et repris plusieurs fois ; mais là, la bataille se donna pendant cinq heures dans le village même, et les mouvements au-dessus et au-dessous eurent lieu sur un très petit espace de terrain.

De chaque côté, des troupes fraiches arrivaient continuellement ; chaque armée avait derrière la partie du village qu'elle occupait de grandes masses d'infanterie qui entretenaient le combat et étaient continuellement renouvelées par des renforts qu'elles recevaient de leurs derrières et des hauteurs de droite et de gauche. Environ deux cents bouches à feu tiraient de chaque côté sur le village, où le feu se manifesta plusieurs fois en différents endroits. De temps,

en temps l'engagement s'étendait sur toute la ligne, l'ennemi ayant engagé des troupes avec le troisième corps; mais le fort du combat avait lieu à Ligny. Les affaires semblaient prendre une tournure favorable pour les troupes prussiennes, une partie du village de Saint-Amand ayant été reprise par un bataillon que commandait le feld-maréchal en personne, avantage qui avait permis de reprendre la hauteur abandonnée après la perte de Saint-Amand.

Cependant le combat continuait à Ligny'avec la même furie, l'issue semblait dépendre de l'arrivée des troupes anglaises ou de celle du quatrième corps prussien. En effet, l'arrivée de cette division aurait donné au feld-maréchal les moyens de faire immédiatement, avec son aile droite, une attaque dont on devait attendre un grand succès ; mais on apprit que la division anglaise destinée à nous appuyer était violemment attaquée par un corps de l'armée française et qu'elle ne se maintenait dans sa position qu'avec une extrême difficulté.

Aux Quatre-Bras, le quatrième corps prussien n'avait pas paru, en sorte que nous fùmes forces de soutenir seuls l'engagement avec un ennemi très supérieur en nombre.

La soirée était déjà très avancée que le combat continuait à Ligny avec la même fureur et des succès également balancés; nous demandâmes, mais en vain, le secours qui nous était si nécessaire. Le danger devenait d'heure en heure plus urgent ; toutes les divisions étaient engagées ou l'avaient été, et il n'y avait aucun corps qui pût nous appuver. Tout à coup, une division d'infanterie ennemie, qui à la faveur de la nuit avait tourné le village sans être remarquée et quelques régiments de cuirassiers qui avaient forcé le passage sur l'autre côté, prirent à revers le corps principal de nos troupes qui était posté derrière les maisons; cette surprise de la part de l'ennemi fut décivive, spécialement au moment où notre cavalerie, poslée aussi derrière les maisons, avait été repoussée par celle de l'ennemi dans plusieurs attaques répétées.

Notre infanterie qui était derrière Ligny ne se laissa pas décourager, quoiqu'elle fût surprise dans les ténèbres, cir. constance qui accroit l'idée du danger dans l'esprit des hommes, et quoique elle eût l'idée qu'elle était entourée de tous côtés, elle se forma en masse, repoussa chaudement toutes les attaques de la cavalerie, et se retira en bon ordre sur les hauteurs, d'où elle continua son mouvement rétrograde sur Tilly.

L'irruption soudaine de la cavalerie ennemie obligeant notre artillerie à se retirer précipitamment, plusieurs pièces prirent des directions qui les conduisirent à des défilés où il y eut du désordre et quinze tombèrent entre les mains de l'ennemi.

L'armée se reforma à distance d'un quart de lieue sur le champ de bataille ; l'ennemi ne se hasarda point à la poursuivre. Le village de Brie resta en notre pouvoir pendant toute la nuit, ainsi que Sombref, où le général Thielmann avait combattu avec le troisième corps, et où il s'était retiré lentement à la chute du jour par Gembloux. Le quatrième corps commandé par le général Bulow, y arriva enfin pendant la nuit ; le premier et le deuxième corps se mirent en marche le matin derrière le défilé du Mont-SaintGuibert : notre perte en tués et en blessés a été grande, mais l'ennemi ne nous fit point d'autres prisonniers que les les blessés.

La bataille a été perdue, mais non notre honneur. Nos soldats ont combattu avec une bravoure qui a surpassé tout ce qu'on pouvait attendre. Leur courage demeura inébranlable parce que chacun mit sa confiance dans sa propre force. Le feld-maréchal courut dans la journée de très grands dangers ; une charge de cavalerie qu'il conduisait ne réussit point, et la cavalerie ennemie le poursuivit vigoureusement, son cheval ayant été frappé d'un coup de mousquet, l'animal, au lieu de s'arrêter, irrité de sa blessure, se mit au galop, et courut en furieux jusqu'à ce qu'il tomba mort ; le feld-maréchal étourdi de sa chute resta engagé sous le corps de son cheval. Les cuirassiers ennemis poursuivant leur avantage avançaient; notre dernier cavalier avait déjà passé le feld-maréchal, et il ne restait avec lui qu’un adjudant qui venait de mettre pied à terre, résolu de partager son sort ; le danger était grand, mais la Providence veillait sur nous; l'ennemi continuant sa charge passa rapidement

près du feld-maréchal sans le voir ; un moment après une seconde charge de cavalerie repoussa l'ennemi qui repassa avec la même rapidité sans remarquer davantage le feldmaréchal ; mais ce ne fut pas sans difficulté qu'on le retira de dessous son cheval mort ; il s'éloigna sur le cheval d'un dragon.

Le 17, dans la soirée, l'armée prussienne se concentra dans les environs de Wavre ; Napoléon se mit en mouvement contre lord Wellington, sur la grande route qui conduit de Charleroi à Bruxelles ; une division anglaise soutint le même jour un combat très vif près des Quatre-Bras. Lord Wellington prit position sur la route qui conduit à Bruxelles, ayant son aile droite dans la bruyère de la Leu, son centre près de Mont-Saint-Jean, et son aile gauche appuyée à la Haie-Sainte.

Lord Wellington écrivit au feld-maréchal qu'il était résolu à accepter la bataille dans cette position, si le feldmaréchal pouvait l'appuyer avec deux corps d'armée ; celui-ci offrit de faire marcher toute son armée, et proposa même, dans le cas où Napoléon n'attaquerait pas, que les alliés allassent l'attaquer le lendemain avec toutes leurs forces.

Cela peut servir à prouver combien peu la bataille du 16 avait désorganisé l'armée prussienne ou abattu son moral.

Ainsi fut terminée la journée du 17.

Au point du jour, l'armée prussienne commença à se mettre en mouvement; les deuxième et quatrième corps marchérent par Saint-Lambert, où il devaient prendre une position couverte par la forêt de Franclemont, afin de prendre l'ennemi sur les derrières quand le moment paraitrait favorable. Le premier corps devait agir par Olsain sur le flanc droit de l'ennemi. Le troisième corps devait suivre lentement pour porter des secours en cas de besoin. La bataille commença vers dix heures du matin : l'armée anglaise occupait les hauteurs de Mont-Saint-Jean ; celle des Français étaient sur les hauteurs devant Planchemond ; la première était de quatre-vingt mille hommes ; l'ennemi en avait plus de cent trente mille; en peu de temps la bataille devint générale tout le long de la ligne. Il parait

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que Napoléon avait le dessein de pousser l'aile gauche sur le centre, et par là d'effectuer la séparation de l'armée anglaise de celle de Prusse, qu'il croyait devoir se retirer sur Maëstricht. Dans ce dessein, il avait placé la plus grande partie de sa réserve dans le centre, contre son aile droite, et c'est sur ce point qu'il attaqua avec fureur : l'armée anglaise combattit avec un courage qu'il est impossible de surpasser. Les charges répétées de la vieille garde furent repoussées par l'intrépidité des régiments écossais, et à chaque charge la cavalerie française était renversée par la cavalerie anglaise ; mais la supériorité en nombre de l'ennemi était trop grande. Napoléon ramenait continuellement des masses considérables, et quelque fermeté que les troupes anglaises missent pour se maintenir dans leurs positions, il n'était pas possible que tant d'efforts héroïques n'eussent un terme. Il était quatre heures et demie : la difficulté extrême du passage par le défilé de Saint-Lambert avait considérablement retardé la marche des troupes prussiennes, de sorte qu'il n'y avait que deux brigades du quatrième corps qui fussent arrivés à la position couverte qui leur avait été assignée.

Le moment décisif était arrivé, il n'y avait pas un instant à perdre ; les généraux ne le laissèrent pas échapper. Ils résolurent de commencer l'attaque sur-le-champ avec les troupes qu'ils avaient sous la main. En conséquence, le général Bulow, avec deux brigades et un corps de cavalerie s'avança rapidement sur le derrière de l'aile droite de l'ennemi; l'ennemi ne perdit pas sa présence d'esprit; il tourna dans l'instant sa réserve contre nous et de son côté commença un combat meurtrier. Le succès de ce combat demeura longtemps douteux, pendant que la bataille avec l'armée anglaise continuait avec la même violence.

Vers les six heures du soir, nous reçûmes la nouvelle que le général Thielmann, avec le troisième corps, était attaqué près de Wavres par un corps très considérable de l'en- nemi, et que déjà l'on se disputait la possession de la ville. Le feld-maréchal ne fut pas cependant beaucoup inquiet de cette nouvelle. C'était sur le lieu où il était et non pas ailleurs que l'affaire devait se décider. On ne pouvait obtenir

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