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SOUVENIRS

ET ANECDOTES

SUR L'INTÉRIEUR DU PALAIS

DE L'EMPEREUR NAPOLÉON,

DE L'IMPÉRATRICE MARIE-LOUISE,

ET SUR QUELQUES ÉVÉNEMENS DE L'EMPIRE,
DEPUIS 1805 JUSQU'EN 1816.

CHAPITRE PREMIER.

SUR CELUI

Marie-Louise et son fils quittent la France. Leur suite. Honneurs qu'on lui rend au-delà du Rhin.— Naïve réflexion du jeune prince. — Arrivée de Marie-Louise dans le Tyrol. — Enthousiasme des Tyroliens. Singulier contraste. Chants nationaux des Tyroliens. Ressemblance étonnante entre les traits de Joseph II enfant et ceux du jeune Napoléon. - Accueil de la princesse royale de Bavière. Entrée de Marie-Louise à Vienne. Premier avis d'un congrès à Vienne. Départ de la duchesse de Montebello, de MM. de Saint-Aignan et Corvisart. — Retour de l'empereur d'Autriche dans sa capitale. — Armistice entre le prince Eugène, et le feld-maréchal de Bellegarde et le roi de Naples Joachim Murat. Vœux des Italiens.

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L'IMPERATRICE Marie-Louise, après avoir passé les frontières de la France, arriva à Bâle le

2 mai 1814, à 5 heures du soir. Sa suite et celle de son fils se composaient de madame la comtesse de Montesquiou, qui avait promis de consacrer encore deux années à l'éducation du jeune prince; de madame la duchesse de Montebello, qui, espérant retarder le moment d'une séparation douloureuse, voulut accompagner S. M. jusqu'à Vienne; de madame de Brignolé qui avait succédé à madame de Montebello en qualité de dame d'honneur, et qui devait rester et mourir auprès de l'impératrice. Le général Cafarelli, le baron de SaintAignan, le docteur Corvisart, M. Lacorner, chirurgien, etc., etc., devaient revenir en France avec madame de Montebello. M. le baron de Menneval, mesdames Hurcau de Sorbec, Rabusson, Souflot et moi, devions rester pendant quelques années auprès de S. M.

Les événemens extraordinaires qui avaient obligé Maric-Louise à s'éloigner d'une patric qu'elle avait adoptée avec autant de confiance que de bonheur et d'innocence, avaient mis dans son ame un sentiment de tristesse et de regret dont l'empreinte mélancolique se reproduisait sur les traits de son visage; mais la consolation d'avoir avec elle son fils adoucissait l'amertume d'une situation dont elle n'était point la cause, et qui l'avait laissée entourée de tant de personnes dont l'affection et le dévouement lui étaient bien connus. Dans son service personnel, rien n'était changé : c'étaient les mêmes individus,

la même représentation, les mêmes usages, le même état de maison, la même étiquette, la même domesticité, les mêmes équipages, etc., auxquels elle était accoutumée depuis son mariage. Ces transitions éclatantes et soudaines qui sont les conséquences d'une telle catastrophe, et qui divisent en deux parts si différentes une vie marquée par une haute fortune et par une chute profonde, n'existaient point pour elle. Si elle quittait un trône, des sujets qu'elle aimait et dont elle était adorée, c'était pour retrouver un père qui la chérissait et qui lui-même était un des plus puissans princes de la terre; pour elle-même, elle emportait l'espérance d'une vie douce et tranquille dans ces duchés de Parme, l'un des faibles débris de la couronne impériale qu'elle venait de déposer sur les bords du Rhin.

En effet, une destinée spéciale était réservée à cette princesse au milieu du plus grand des naufrages, impératrice et régente, elle fut contrainte de descendre du trône en présence des armées de son père; et à peine eut-elle passé les frontières de l'empire, qu'elle retrouva le même éclat, la même pompe et les mêmes hommages dont elle était entourée dans le palais des Tuileries. Des corps nombreux de troupes autrichiennes et bavaroises l'attendaient sur la rive étrangère, et la reçurent avec tous les honneurs dus à la puissance suprême : les acclamations et l'empressement des peuples l'accueillirent avec une espèce d'ivresse :

elle était désirée ; elle était attendue, mais simple et modeste elle se refusa à toutes les démonstrations du vif intérêt qu'elle inspirait. Logée à Bâle chez le sénateur Wincher, elle y resta la journée du 3, renfermée dans l'intérieur de ses appartemens: ce fut le premier jour de repos depuis le voyage; il appartint tout entier aux plaisirs d'une mère. Son fils voyageant à part avec madame de Montesquiou, les journées de cette longue marche se passaient sans que l'impératrice pût le voir. Cette princesse ne consentit à sortir de l'intérieur de ses appartemens que pour donner audience à M. le général Kinski, accompagné des comtes de Wrbna et de Tosi, chambellans de l'empereur d'Autriche, qui avaient été chargés de l'honorable mission de la recevoir aux bords du Rhin et de l'accompagner jusqu'à Schoenbrunn.

Ah! je vois bien que je ne suis plus roi, dit ce même jour le jeune prince, car je n'ai plus de pages. Accoutumé à jouer avec ceux d'entre eux qui étaient de service auprès de lui, il avait remarqué leur absence: heureux âge! des jeux enfantins étaient les seuls objets de ses regrets!

Les frais de poste du voyage à travers la France furent réglés ce jour-là par le baron de SaintAignan; ils s'élevèrent à une somme ronde de

50,000 fr. qui fut payée sur les fonds de l'impératrice à M. Carré, inspecteur des postes. Jusqu'aux bords du Rhin toutes les autres dépenses avaient également été acquittées avec les mêmes fonds; mais une fois hors de France, les frais de poste furent soldés par la maison d'Autriche : 24 voitures de toute espèce composaient le cortége.

Je passerai rapidement sur les événemens de ce voyage, et ne m'arrêterai qu'aux incidens qui me paraîtront avoir quelque intérêt: il me suffira de dire une fois pour toutes que les plus grands honneurs furent rendus à Marie-Louise jusqu'au terme de son voyage. Notre marche avait plutôt l'air d'un triomphe que d'une fuite; on eût dit, peut-être avec raison, que l'Autriche, forcée de prêter momentanément une princesse adorée, célébrait son retour comme une conquête. Tous les souverains de Bade, de Wurtemberg, de Bavière, etc., dont nous traversions les extrêmes frontières, envoyèrent des députations de grandsofficiers de leurs couronnes....; il n'y manquait que des arcs de triomphe pour se croire encore sur le terrain fidèle et soumis de l'ancienne confédération du Rhin.

Après avoir admiré la fameuse chute du Rhin près de Schaffhouse, les beaux lacs de Zurich et

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