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ment provisoire pour susfire aux premiers besoins du moment.

Elle reçut bientôt une sorce nouvelle de l'adjonction du célebre M. de Potter, venu de Suisse en France après la révolution de Paris, et qui ne pouvait manquer à celle de Bruxelles. Il arriva le 27 au soir, dans une chaise de poste surmontée du drapeau brabançon, descendit directement à l'Hôtel-de-Ville, où il prit la direction principale des affaires, aux grandes acclamations du peuple, enchanté de le voir comme l'auteur principal de la révolution Son premier acte înt de faire une proclamation pour le rétablissement de l'ordre et prévenir les excès dont le ressentiment du peuple menaçait quelques personnes soupçonnées d'avoir de mandé ou désiré la rentrée des Hollandais. On y réussit en assurant au peuple qu'il n'aurait plus de Nassau,

La journce du 28 fut calme. 0: apprit que les habitans d'Ath s'étaient einparés de la forteresse et d'un matériel immense ; que la défection se propageait dans les troupes, et que le prince Frédéric continuait son mouvement de retraite sur Anvers. Mais on n'en poursuivit pas avec moins de zèle les mesures de défense jugées nécessaires. Le gouvernement ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était nécessaire de se resserrer pour l'expédition plus prompte des aflaires; il créa dans son sein un comité central, composé de MM, de Potter, Charles Rogier, Silvain Van de Weyer et Félix de Mérode, qui réunit en effet toute la puissance exécutive. On arrêta que les gardes urbaines seraient composées de tous les habitans en clat de porter les armes, de dix-huit à cinquante ans; que les ouvriers recevraient, lorsqu'ils seraient de garde, une indennité de 35 centimes par jour; que des corps francs seraient formés dans la capitale et daus les provinces, et le général Juan Van Halen lut nommé de nouveau commandant en chef des forces actives de la Belgique... Quant à l'administration judiciaire et civile, le comité central, sans se prononcer encore entre les opinions qui se débatvaient déjà dans les journaux sur la question de la séparation ou de la réunion à la France, arrêtait que la justice serait rendue au nom du gouverocment provisoire, et maintcwait tous les impôls, à l'exception des droits si odieux de mouture et d'abattage.

Grâce à la confiance qu'inspirait le gouvernement, la révolution s'opéra dans la plupart des villes belyos, presque sans effusion de sany. Les gouverneurs hollandais se rendirent ou fun rent faits prisonniers avec leurs garnisons, et cédèrent l'autorité aux régences ou municipalités nouvelles qui se niirent aux ordres du gouvernement de Bruxelles; la plupart des soldats belges passèrent au service de leur patrie, et le matériel des villes de guerre, excepte d'Anvers, de Maëstrich et du Luxembourg, tomba en quelques jours au pouvoir du nouveau gouvernement.

Pendant que la Belgique se détachait ainsi de la maison d'Orange, on delibérait à La Haye des questions déjà résolues par le fait. La suconde Chambre des états généraux décidait (le 29), à ung faible majorite (50 voix contre 44), qu'une révision de la loi sons damwntale était devenue nécessaire. La question de la séparation, mise aux voix dans une réuniou plus nombreuse, fut aslipmativement prononcée par 55 contre 43 : résolution que la première Chanubre sanctionna deux jours après, d'un avis presque unanime.

L'objet de la session extraordinaire élait rempli. D'ailleurs la plupart des députés belges étaient partis à la nouvelle du résultat de l'attaque des troupes hollandaises, et quelques-uns d'eux ne s'étaient pas échappés sans avoir couru de grands dangers. On ne pouvait plus regarder l'assemblée de La Haye comme la représentation nationale; on résolut de la dissoudre.

Le 2 oetobre, il y eut à la seconde Chambre 'une dernière séance, où des députés hollandais exaltèrent la valeur des troupes hollandaises, en témoignant l'espérance que la politique européenne, qui avait fondé le royaume-uni, ne verrait pas avec indifférence la révolte inouïé du niidi, et que les intérêts d'un peuple resté fidèle à son roi, ne seraient pas sacrifiés aux demaudes exagérées des rebelles (M. Donker Curtius).

Ce même jour, les deux Chambres étant réunies, sous la présidence du prince de Gavre, M. le ministre de l'intérieur vint faire la clôture de la session par un discours dans lequel il informait LL. NN. PP. que, l'objet principal de la session extraordidaire étant" accompli par la solution des deux questions que Sa Majesté avait cru devoir soumettre à leur examen, le roi, maintenant informé des voeux des états-généraux, et désirant les réaliser par des voies promptes et régulières, avait nommé une commission d'État qui, dans l'intervalle de la clôture de la session extraordinaire à l'ouverture de la prochaine, s'occuperait des mesures qu'elle jugerait nécessaires pour atteindre à ce but. Le ministre ajoutait à ces informations, que Sa Majesté tenterait tout pour mettre un terme aux désastres qui affligeaient quelques provinces, et veillerait à ce que celles qui en avaient été préservées jusqu'à ce jour n'en fussent point atteintes.

La commission d'État dont il était question, composée de membres pris dans le nord et le midi, devait soumettre, dans le plus court délai, son travail au roi, qui se proposait de le renvoyer s'il y avait lieu à la délibération des états-généraux, mais en altendant, Sa Majesté, jugeant que la situation des provinces méridionales demandait des mesures plus promptes, ordonnait ( arrêté rendu à La Haye le 4 octobre ) que le prince d'Orange serait chargé de gouverner temporairement, au nom de Sa Majesté, toutes les provinces méridionales où l'autorité légale était reconnue; qu'il fixerait sa résidence dans la ville d'Anvers; qu'il seconderait et appuierait, autant que possible, par des moyens de couciliation, les efforts des habitans bien intentionnés, pour rétablir l'ordre là où il était troublé. Deux ministres d'État, le duc d'Ursel, ministre da Waterstadt, et celui de l'intérieur, lui étaient adjoints pour travailler sous ses ordres avec un conseil pris dans le conseil d'État du royaume, composé entièrement de Belges. Il n'est pas inutile de faire remarquer,

que dans les considérans de cet arrêté on citait, au nombre des motifs énoncés, une adresse présentée le z er octobre, par plusieurs habitans notables de ces provinces; et qu'ensuite de la séparation, M. Van Maanen fut rappelé au ministère de la justice.

En même temps qu'il prenait cette mesure de conciliation et de paix, le roi Guillaume appelait le peuple de Hollande aux armes : « Cet ordre s'accorde avec vos voeux, disait-il: aux armes à la pres* saute demande de votre souverain ; aux armes pour la cause de

« l'ordre et des lois; aux armes sous la protection du Dieu tout• puissant qui a si souvent sauvé les Pays-Bas et la maison d'Orange « des plus grands dangers. » (Procl. du 5 octob.)

Le prince d'Orange, arrivé le même jour à Anvers, s'adressait aux Belges dans un style plus pacifique : il leur annonçait une administration toute paternelle, toute belge. Il leur garantissait l'oubli de toutes les fautes politiques; il promettait toutes les améliorations qui pouvaient répondre aux voux de la nation et aux besoins du temps (proclamation donnée à Anvers le 5 octobre). Il nommait une commission consultative chargée de lui proposer toutes les mesures de conciliation que réclamait l'état de la Belgique, commission où figuraient beaucoup de personnages qui s'étaient déjà fortement prononcés pour la révolution (MM. le comte d'Aerschot, le comte de Celles, le baron Surlet de Chokier, Ch. de Brouckère, Ch. Lehon, etc., etc.).

Mais, comme on l'avait dit à l'Hôtel-de-Ville de Paris, celui de Bruxelles répétait son : « Il est trop tard! » Le gouvernement provisoire venait de déclarer :

Que les provinces de la Belgique, violemment détachées de la Hollande, constitueraient un État indépendant ;

Que le comité central s'occuperait au plus tôt d'un projet de constitution;

a Et qu'un congrès national où seraient représentés tous les intérêts des provinces serait convoqué; qu'il examinerait le projet de constitution belge, le modifierait en ce qu'il jugerait convenable, et le rendrait, comme constitution définitive, exécutoire dans toute la Belgique. (Arrêté du 4 octobre.)

Dès qu'il eut connaissance des mesures prises à La Haye, de la mission du prince d'Orange, et de la formation des commissions ou conseils institués pour traiter des affaires de la Belgique, le comité central se hâta de déclarer nuls et attentatoires à l'indépendance et à la sûreté de l'État tous actes ou transactions

que

des Belges ou lous autres, nos munis des pouvoirs du gouvernement provisoire de la Belgique, pourraient s'ingérer de passer ou conclarc. (Déclaration du 6 octobre.)

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Les propositions et tentatives direcies de conciliation faites par le prince d'Orange, au gouvernement provisoire, ne furent pas plus heureuses; quelques-uns de ses membres avaient paru y preter une oreille favorable; et tout en remettant le droit d'en décider au congrès belge , ils semblaient regarıler comme un acheminement vers la paix la retraite des troupes hollandaises au-delà du Moërdick, la délivrance ou l'échange des prisonniers que le prince Frédéric voulait bien faire en masse. Mais les dissentimens qui s'élcvèrent sur cette question amenèrent des désaveux, excitèrent des inquiétudes et des délances, qui compromirent plus d'une fois la victoire de la révolution. Plusieurs partis se la disputaient; l'un qui voulait bien accepter le prince d'Orange avec la séparation, l'autre qui désirait la réunion avec la France; un troisièine, à la lète duquel était M. de Potter, voulait la république, et le plus nombreux une monarchie constitutionnelle avec un prince étranger ou indigène. La dimission du général Van Halen, donnée dans ces circonstances, fut attribuée, d'un côté, à des intrigues qu'il aurait entretenues avec le prince d'Orange, de l'autre aux opinious démagogiques qu'il avait affectées, et à la crainte qu'on eut de son influence sur les corps étrangers qui arrivaient, ou qu'il attirait au service de la Belgique; mais sa disgrâce fuit couverte par des leuses de naturalisation, par le grade de lieutenant général en disponibilité de service qui lui fut déléré avec 10,000 fr: de traitement. Le commandement militaire sut donné provisoirement au général de brigade Nypels, et l'administration du département de la guerre passa des mains du général Goëthals dans celles de M. Jolly, membre du conseil provisoire...

On ne peut entrer ici ni dans le récit des événemens particuliers qui se succédaient dans les provinces de la Belgique, de la reddition des villes et des forteresses (1) qui s'opérait successivement par l'évacuation ou la soumission des troupes, ou des désordres et des excès qui souillèrent en quelques occasions et en divers endroits la

(1) Les garnison d'Ath et de Mons s'étaient rendues dès le ag septembre, celle de Philippeville le per octobre Numar le 2, la forteresse de Liège le 6.

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