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au 30 juin 1831, devait offrir un déficit d'environ 8,000,000 de piastres (1) et que les dividendes des emprunts hypothéqués sur le huitième du produit des douanes, plus assuré que celui des mines, n'arrivaient que par petites portions à Londres où le crédit de la république ne s'est pas relevé.

COLOMBIL.

Un spectacle plus curieux s'offre, dans la Colombie, à la méditation des philosophes.

Bolivar, qu'on a vu sonder la liberté de sa patrie, après aroir couru en vainqueur toute la chaîne des Andes, donné son nom à une république, ses officiers pour chefs à une autre; après avoir rêvé le protectorat de la confédération hispano-américaine; après cing ou six ans d'une vie qu'on pouvait appeler Bonapartique, ayant des soldats fanatisés de sa gloire et de son génie, mais trouvant des factions peut-être plus jalouses 'de sa fortune que de leurs libertés, paraissait méditer une tentative hardie, un changement dans la nature et dans la forme du gouvernement de la Coloınbie; il avait sondé les dispositions de ses officiers les plus aflidés, de manière à ne pas laisser de doute sur ses projets (2). Un congrès

(1) Les dépenses évaluées au commencement de 1830 à 15,000,000 piastres, ont ensuite été reconnues comme devant aller à 20,499,680 piastres, tabdis que la recette ne pouvait être au plus que de la á 13 inillions.

(a) Voici quelques fragmens d'une lettre qu'il adressait à Paëz avant la dé. claration de l'indépendance de Vénézuéla :

« Le moment est arrivé, le moment est arrivé où Vénézaéla doit se déclarer, sans égard à autre chose qu'aa bien général. Si des moyeus radicaux sont adopiés pour exprimer ce que vous désirez réellement, les reformes seront parlaites et le væu public sera rempli. Je me dispense de rien indiqaer; car je ne veux point encourir de responsabilité, oyant résolu de conserver le commandement suprême. Il n'a jamais existe de nécessité aussi argente que dans cette occasion, puisqu'il ne s'agit de rien moins que de constituer de nouveau la société, ou, pour ainsi dire, de la régénérer..... Il serait bien , dans de pa. reilles circoostances, d'avoir un oeil vigilant snr les révolutionnaires, parce que, sous le prétexte d'opinion publique, ils pourraient tenter quelques crimes, ce que nous ne devons point tolérer. Qu, lo congrés soit informó uvec modéra•

convoqué depuis plus d'un an (décret du 24 décembre 1828), composé de députés nommés en grande partie sous son influence ne lui faisait prévoir aucune opposition sérieuse aux mesures ou aux changemens qu'il avait à lui proposer, lorsque la révolution de Caraccas, la déclaration d'indépendance de Vénézuéla et des départemens voisins, et la défection de Paëz qui se laissa mettre à la tête des fédéralistes, vinrent déconcerter tout-à-fait ses desseins ( voy. l’Ann. hist. pour 1829).

Il hésita et parut disposé un moment à se porter lui-même avec me armée dans les provinces qui échappaient à son pouvoir. Mais la surprise de voir ses meilleurs généraux, celui qu'il regardait comme son Murat, à la tête de l'insurrection, sans doute aussi la crainte d'une guerre civile où se perdraient peut-être sa gloire et les services rendus à son pays, l'arrêtèrent sur le point de passer le Rubicon, et il parut céder au congrès de Bogota comme aux indépendans de Vénézuéla le libre arbitre de leurs destinées, le choix des résolutions qu'il ne pouvait plus empêcher.

20 janvier. Le message que Bolivar adressa encore en qualité de président de la république au congrès national qui se rassembluit à Bogota, doit figurer entre les plus curieux documens de l'histoire moderoe (V.I'Appendice). Le libérateur y rappelle soigneusement tous los services qu'il a rendus à la Colombie jusqu'à la guerre du Pérou; les calomnies dont il a été l'objet... Il expose la nécessité de changer la constitution du pays, il parle légèrement des événemens de Vénézuéla. Mais il iosiste au long et revient à plusieurs fois sur l'intention qu'il a de se retirer, il conjure le congrès de ne point songer à lui conserver le pouvoir par reconnaissance pour lui, par intérêt pour la patrie. Il se plaint amèrement d'avoir été soupçonné, accusé aux États-Unis, en Europe, et dans son pays même, d'as

tion de ce qui est jaste ou de ce que vous désirez; mais qu'il ne soit pas forcé par des actes, el encore muins intiinidé par des menaces. Je n'ambitionne point le commandement; mais și on voulait me l'arracher par la force ou par l'intrigue , je combattrais jusqu'à mon dernier soupir. Dites ceci à tout le monde pirer à la tyrannie, et dès ce moment, il abdique, il refuse pour toujours le commandement qu'on serait tenté de lui déférer de nou

de ma part.

veau...

Malgré ces assurances, auxquelles le congrès répondit par une adresse, dans laquelle il suppliait le libérateur de ne pas abandonner les rênes du gouvernement, du moins avant que les représentans du pays n'éussent donné une constitution et un chef à l'État, on ne croyait ni à la sincérité de la résolution, ni à l'indépendance d'une assemblée élue sous l'influence du libérateur, où il ne se trouvait guère qu'une cinquantaine de députés (car ceux de Vénézuéla n'y parurent point), et qui se donna pour président le général Sucre, un des plus dévoués à la fortune de Bolivar.

Quelques jours après avoir donné sa démission (le 27 janvier), Bolivar soumit au congrès le dessein qu'il avait de se rendre dans le département de Vénézuéla « pour y régler les différends qui mal« heureusement, disait-il, avaient troublé l'ordre et la tranquillite « dans cette partie du pays. C'est dans ce but qu'il avait déjà invité « le chef supérieur de Vénézuéla (Paëz) à une entrevue, dont il

espérait une heureuse issue. » Le congrès s'empressa de donner son assentiment à cette démarche. Mais, soit défiance des dispositions du pays, soit crainte d'une guerre civile ou d'une révolution à Bogota, le libérateur, après avoir fait marcher quelques troupes sur Zulia et Maracaibo, resta dans la capitale, où l'on poursuivit la révision de la constitution, en se réservant de la soumettre à l'approbation des provinces séparées, qui eurent ainsi le temps d'orgapiser leurs gouvernemens.

Cette constitution, dont le congrès s'occupa exclusivement pendant près de trois mois, offrait les dispositions fondamentales qui suivent:

L'intégrité de la république colombienne telle qu'elle avait été garantie par la loi fondamentale de 1819, et la centralité du pouvoir, populaire, représentatif, était divisé en trois branches, législatis, exécutif et judiciaire.

Le pouvoir législatif appartenant au congrès composé d'un sénat et d'ane chambre de représentans, à raison de un par qua

etc.

rante mille habitans, dont les actes devaient recevoir la sanction du pouvoir exécutif.

Le pouvoir exécutif, résidant dans la personne du président de la république, devait être exercé par l'intermédiaire de ministres secrétaires d'État responsables. Le président ne devait pas l'être, excepté dans des cas de haute trahison : aussi ne pouvait-il pas commander les armées en personne. Son élection devait étre saile comme celle du vice-président, la première fois par le congrès, mais ensuite par les assemblées électorales à la pluralité des voix. La durée assignée à leurs fonctions était de huit années, passé. lesquelles ils n'étaient éligibles qu'après huit autres années.

L'élection des députés et des sénateurs était soumise à des conditions d'âge et de fortune, comme aux États-Unis. La durée des pouvoirs des représentans était bornée à quatre ans, celle des sénateurs à huit, etc.,

La constitution nouvelle ou révisée garantissait la liberté individuelle, le droit de propriété, l'égalité devant la loi, la liberté de la presse , la faculté de parvenir à tous les emplois, et le droit de pétition, mais non la liberté des cultes : la religion catholique, apostolique et romaine était déclarée religion de l'État; aucun autre culte public ne pouvait être reconnu.

A l'exception de cet article, qui fait disparate avec les dispositions libérales des autres, et qu'on croit avoir été nécessaire à cause de l'influence des prêtres sur une population fanatique, ignorante, et composée de tant de races diverses , ceite constitution, modelée sur celle des États-Unis et du Mexique, semblait plus propre que l'ancienne à garantir l'État des désordres de l'anarchie, ou des entreprises du despotisme.

Ce grand cuvre achevé, le 27 avril, Bolivar réitéra , dans un nouveau message au congrès, sa détermination positive de ne point accepter la présidence, que le congrès paraissait disposé à lui conférer de nouveau.

« Le bien de mon pays me condamne, disait-il, au sacrifice que a j'accomplis en quittant pour jamais la terre patale, afin que ma « présence ne soit pas un obstacle au bonheur de mes concitoyens.

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« Vénézuéla m'attribuait des projets ambitieux, et ils servirent « de prétexte à sa séparation de la république : ma réélection pour« rait empêcher une réconciliation desirable, et attirer sur la Co« lombie les fléaux de la guerre civile. »

Après cette déclaration, il n'était plus possible, ni au congrès d'insister, ni à Bolivar de céder. Le congrès se résigna, et procédant à l'élection, choisit, sous l'influence du libérateur, pour président Joachim Mosquera , homme habile qui avait rempli plusieurs missions diplomatiques au Pérou, au Chili, et qui vivait maintenant dans la retraite à Popayan, et pour vice-président Domingo Caïcedo, qui venait de faire l'intérim de ces fonctions depuis la première démission de Bolivar, et qui les continua jusqu'à l'arrivée de Mosquera.

Ces élections achevées, le congrès les fit notifier à Bolivar, qui s'en montra satisfait. Le lendemain, l'assemblée rendit un décret portant que la constitution nouvelle ou révisée serait offerte par le gouvernement aux provinces de l'ancienne Vénézuéla comme un gage de concorde et d'union. Dans le cas où elles y désireraient des changemens, on devrait assembler une convention nouvelle pour en délibérer. Mais il était stipulé que, quand même ces provinces rejetteraient absolument la constitution, et rompraient le pacte social qui les unissait à la république, on ne leur ferait point la guerre, dans l'espérance, que l'on devait toujours conserver, d'une réunion.

Quant à Bolivar, le congrès rendit, le jour même qu'il avait assigné pour son départ (le 9 mai), un autre décret dans lequel il lui offrait, au nom de la nation colombienne , « le tribut de la gratitude a et de l'admiration que son grand mérite et les services qu'il avait a rendus à la cause de l'émancipation américaine lui avaient si jus«tement mérités. »

Le même décret portait que, dans quelque partie de la république qu'il plût au libérateur de fixer sa résidence, il serait toujours traité avec le respect et la considération dus au premier et au meilleur des citoyens de la Colombic, et chargeait le pouvoir exécutif de veiller à ce que le décret du congrès du 23 juillet 1823 fût ponc

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