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De l'Imprimerie de L. NARDINI, No 15. Poland-Street. A V IS:

QUAND

QUAND des hommes indiscrets discutoient, sans les entendre, dans les lieux publics, dans les rendez-vous des oisifs, les questions les plus délicates, les plus difficiles et les plus dangeTeuses, et versoient alternativement le reproche, le blâme et la calomnie, tantôt sur une portion respectable du corps épiscopal, tantôt sur le souverain Pontife même : quand des hommes de parti dégradoient le S. Siége en le dépouillant de son autorité légitime, de ses droits incontestables, et que d'autres, remaniant des armes cent fois désavouées par ceux mêmes en faveur de qui on vouloit les employer, transformoient le père commun des fidèles en un despote arbitraire, le chef essentiel de l'église en un maître absolu, et sans considérer qu'ils

fournissoient aux ennemis du catholicisme de nouveaux préM textes, de nouveaux moyens d'inculpation, s'efforçoient de

montrer toute l'autorité de l'église réunic en lui seul, toutes les formes et les règles canoniques dépendantes de ses vouloirs ; quand des deux côtés on s'invectivoit sans s'écouter, sans s'entendre; quand on travestissoit des instructions en manifestes, des avis en dénonciations, je me crus permis d'essayer de démontrer aux uns et aux autres, qu'ils étoient véritablement nonseulement hors des principes, mais même hors de la question ; qu'on pouvoit, par des motifs également respectables, embrasser deux partis différens, et cependant rester uni au S. Père, à l'église universelle et aux églises particulières : c'étoit mon but unique; c'étoit une proposition que chaque page rappeloit. Mais comment faire goûter la paix à ceux qui, préoccupés d'une opinion, veulent forcément y ramener tous les autres, ne trouvent la vérité que dans ce qu'ils ont adopté, et cherchent moins ce qui est vrai, que ce qu'il est possible, ce qu'il leur est utile de répondre? Comment faire discuter, de sang-froid, ceux qui, ulcérés par de longs regrets, n'ont vu

constamment dans les maux de la patrie, que ce qui les intéressoit, et n'y ont cherché que les moyens de relever et d'établir une doctrine qui leur est chère, ei à laquelle ils n'ont jamais entièrement renoncé, malgré les déclarations contraires vingt fois prononcées.

Aussi, à la nouvelle de mon foible essai, il est une classe d'hommes qui se remua tout entière. Il n'avoit pas encore paru, et l'on se proposoit d'y trouver des hérésies. On les désignoit même déjà. Il en résulta pour moi plus de vigilance, et je tâchai partout de m'appuyer sur l'autorité de ceux mêmes qui sont chers aux censeurs qui m'étoient connus. J'espérois les réduire au silence, et qu'au moins ils auroient reconnu les sources où j'avois puisé de mot pour mot tout ce : qui intéresse le dogme. Je me suis trompé. On vouloit répondre et on l'a fait sans ménagement, comme sans justice.

Il est un genre d’éloquence, une sorte de démonstration que l'on a cru pouvoir employer. A cet égard je m'avoue vaincu: je conviens que je suis incapable de lutter avec ces messieurs. Que répondre, en effet, à ces qualifications de faussaire, de de sophiste, d'hypocrite, de perfide, de cameléon, d'homme sans entrailles, d'adulateur, de déclamateur, de perturbateur du repos public, d'anarchiste, &c. On sent que de pareils argumens sont irrésistibles. Comme le lecteur intelligent est bien persuadé que ces messieurs s'y connoissent et savent parfaitement bien à qui conviennent ces heureux caractères, déclaré tel à dire d'experts, il me faudra des preuves bien évidentes pour démontrer

que c'est à mon insa que j'ai mérité ces glorieux titres.

Je le confesse encore une fois : en prouvant à ces messieurs qu'il y a trop de générosité de leur part à se dépouiller ainsi de leurs avantages en ma faveur, je suis dans l'impuissance d'atteindre à cette hauteur d'expression, à ce sublime de conviction, qui leur a donné tant de partisans. Ce langage est malheureusement à la portée d'un bien plus grand nombre de lecteurs, qu'un raisonnement précis et serré, énoncé, autant qu'il est possible, dans les termes et avec les ménagemens qu'employe la bonne société. Il est bien plus expéditif pour la passion, pour l'avidité intéressée, de dire, c'est une hérésie, que de la démontrer: il y a une adresse à dénoncer comme faussaire, celui que l'on regarde comme son ennemi, quand on ne peut soi-même employer contre lui que la ressource des falsifications de textes, des citations abusives: on est sûr par là d'en imposer au grand nombre qui n'est point susceptible

d'examiner, qui ne veut pas le faire, qui a un intérêt prochain à être trompé et qui désire de l'être.

Mais je n'ai point besoin de recourir à de pareilles ressources : ani de la vérité, c'est elle seule que je cherche aujourd'hui, prêt à m'y soumettre dès qu'on me la montrera, dut-il m'en coûter les retractations en apparence les plus humiliantes. Je ne tiens à aucune école: ma jeunesse s'est usée dans les débats scholastiques, et à force de m'y livrer, j'ai appris à les apprécier. C'est à la religion de J. c. à l'église qu'il a établie dépositaire et interpréte de sa doctrine que j'appartiens par le bonheur de ma naissance, par le besoin de mon coeur, par la conviction de mon esprit. Mon attachement à ses principes, mon dévouement à ses maximes, sont le seul bien qui me reste et qui me soit véritablement cher, et ni la violence, ni la calomnie, ni l'insidieuse duplicité, ne pourront m'en priver. C'est parce que je suis chrétien, c'est parce que je suis catholique, que je veux et dois vivre sujet fidèle, citoyen dévoué, ou me condamner à mourir dans le désespoir et le remords. C'est parce que je suis chrétien et catholique, que je me fais gloire de ne point détacher ma profession de foi, de ma déclaration de fidélité au roi, à la patrie, dont tous les intérêts reposent en lui. C'est parce que je suis membre du clergé Gallican, c'est parce que le bonheur de ma naissance m'a placé dans une classe où les sacrifices sont une dette, la mort pour l'état un devoir, le dévouement absolu au bien public le titre distinctif (gentis homo); c'est parce que j'appartiens à une province dont les membres des deux premiers ordres se sont de nouveau consacrés à la patrie, par des sermens solennels répétés trois fois en deux ans à la face de l'Europe et aux applaudissemens des gens de bien, que je trouve de la satisfaction à braver l'infortune, que je me console avec la justice de ma cause et que toute ma conduite se règle sur ce peu de mots de l'apôtre, Deum time et regem honora.

Ces Messieurs, auxquels je réponds aujourd'hui, croient pouvoir désunir les deux articles du précepte, ou du moins l'interpréter comme il leur convient: il ne m'appartient pas de me jeter entre leur conscience et eux. Je ne veux même pas établir un parallèle entre leur position et la mienne: qu'inporte qu'emportant avec eux les bienfaits d'une nation hospitalière, ils aillent recueillir la faveur, se ranger sous la protection, recevoir les dons des détenteurs de l'autorité, que paisibles au sein de leurs familles, près de leurs amis, ils puissent finir leurs jours aux lieux où fut leur berceau, concevoir encore une fois l'espoir si doux, de voir leurs yeux fermés par une main amie et de mêler leurs cendres à celles de leurs pères, . tandis que proscrit, fugitif; inquiet pour ceux de ma famille, qui portent le même nom que moi, n'osant qu'à peine me livrer dans une lettre furtive aux épanchemens de confiance que sollicitent la nature et l'amitié, je ne vois devant moi, après trente ans de travaux, que l'indigence et l'abandon : la vérité ne connoît point deconsidérations personnelles, et je n'imputerai point aux autres des sentimens dont je rougirois;on porte dans son cæur le

germe

des bassesses dont on est si prompt à soupçonner autrui : mais du moins, puis-je me plaindre que me sachant dans une position dont le véritable point de vue ne pouvoit leur échapper, ceux qui, placés avec tant d'avantage, ont cru devoir eux-mêmes garder l'anonyme, me fissent devant le public, devant mes ennemis, le reproche de ne m'être pas nommé. Que sera-ce, s'il est vrai qu'aucun d'eux n'a ignoré qui j'étois ? et si ce reproche d'avoir gardé l'anonyme n'est qu’une ruse perfide, pour se permettre des invectives dont mon nom prononcé eût annullé l'impression et eût suffi seul pour démontrer l'injustice.

M. De Boisgelin a été le premier averti et de mon projet et de mon ouvrage, et M. l'abbé De L... notre ami commun, avoit eu avec lui quelques explications à cet égard. Né dans la même ville, avec des parens et des amis communs, il étoit, depuis la mort du respectable évêque de Treguier, le seul prélat à Londres, avec qui j'eusse des rapports directs. J'étois par conséquent bien éloigné de vouloir l'offenser, et l'ironique persiflage qu'on m'attribue, étoit loin de mon cæur. J'avoue que le parti qu'il a embrassé m'a surpris et affligé, mais je n'ai pas cru qu'il me fût permis de manquer aux égards dus à son caractère, lors même qu'il sembloit oublier ceux qu'il devoit à ses confrères, et j'ai toujours respecté en lui la dignité épiscopale. Sous ce rapport seul je lui devois une déférence dont je ne me suis pas écarté. Sous tous les autres .points de vue sociaux, je ne puis croire que M. de Boisgelin réclame aucune supériorité, si ce n'est celle des talens auxquels je n'ai aucune prétention et dont la réunion en M. de Boisgelin a de quoi effrayer l'amour-propre le plus robuste. Poëte et orateur, académicien et administrateur, théologien et politique; il sait par la diversité de ses ressources, par l'habile emploi qu'il en fait, être également agréable à tous les partis et conserver le même degré d'utilité. Consacré de bonne heure au service du public, il a su ménager tous les caractères, etre estimé de Turgot et l'ami de Necker, etre inter

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