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écoutez l’éloquent Massillon. « La perfidie qui » trompe les rois est aussi criminelle que celle » qui les détrône; la vérité est le premier hom» mage qu'on leur doit : il n'y a pas loin de la >> mauvaise foi du flatteur à celle du rebelle: on ne » tient plus à la vérité , qui seule honore l'homme » et qui est la base de tous ses devoirs. La même » infamie qui punit la perfidie et la révolte de» vrait être destinée à l'adulation. La sûreté pu

blique doit suppléer aux lois, qui ont omis de » la compter parmi les grands crimes auxquels » elles décernent des supplices. »

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Ainsi celle qui n'était venue en Belgique, que pour déposer ses ouvrages dans les mains des plus illustres princes, a dû conserver devant les courtisans toute sa dignité d'auteur. En vain le despotisme ministériel

essaya

de l'humilier et de l'abattre, elle a prouvé par sa constance, par son courage, par ses écrits * , qu'elle était étrangère à l'odieuse accusation que l'injuste aréopage avait dirigée contre elle.

* On remarque dans mes écrits une originalité brillante, quelquefois incorrecte ; j'écris sans art. La franchise, ou plutôt l'indiscrétion calculée de mes révélations, répándront toujours quelque intérêt sur mes ouvrages.

C'est la politique des courtisans d'opprimer celui qu'ils ont offensé, surtout s'il possède assez de talens pour se faire distinguer.

Mais la victime d'un pouvoir occulte a triomphé à Bruxelles avec les honneurs d'un martyr d'état; elle lève sa tête innocente et superbe, tandis que d'autres sont obligés de ramper dans les ombres d'une nuit ténébreuse.

DE LA BELGIQUE,

CENT JOURS D'INFORTUNE.

OU

LE PROCÈS MÉMORABLE.

Malheureuse Française, j'ai pu croire un moment me reposer sur une terre hospitalière... Mon réveil a été terrible. C'est à l'histoire à s'emparer de mes aveux !!!

CHAPITRE PREMIER

Souvenirs de mon voyage en Belgique, je vais vous retracer; ô muses, venez inspirer la triste prisonnière! L'infortunée tient déjà les pinceaux! Ce n'est point le grelot de Momus à la main, qu'elle entreprendra le récit de ses malheurs; non, rien n'étonnera son courage, rien n'affaiblira sa résolution; ni les difficultés de son entreprise, ni les timides refus d'une censure ombrageuse. Elle tracera les événemens dans le sentiment profond d'une sombre mélancolie; elle déposera toutes les impressions qu'elle a reçues; toutes

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les réflexions qui l'ont accompagnée sur cette terre néerlandaise. Elle a crayonné cet ouvrage dans les fers , mais le sujet en est tragique; la douleur seule peut en nuancer les couleurs. Elle devait être accusée puisque tant ď'hommes puissans sollicitaient sa chute; elle devait succomber, puisque tant de personnes l'enveloppaient de leurs piéges; elle devait éprouver les horreurs de la captivité durant cent jours, parce que son destin l'avait élevée au faîte d'une science sublime, dont la haine a fait de vains efforts pour la précipiter.

Dans toutes ses oeuvres, cependant, elle avait consacré des autels à la reconnaissance. Les temps sont-ils donc tellement changés, que ce qui était alors une vertu, aujourd'hui devient un crime? que, ce qui avait obtenu des récompenses l'ait fait jeter dans deux maisons d'arrêt?

* Ce qui semblerait prouver un plan habilement combiné pour me perdre , c'est la visite d'un inconnu la veille ou la surveille que j'ai quitté l'hôtel de Belle-Vue. Cet homme insista pour vouloir me parler ; je le fis éconduire. Il était armé d'une baguette soi-disant magique (mais ce n'est pas celle d'Aimar). Il ne savait , disait-il, comment s'en servir , et voulait recourir à mes lumières. Il ne s'agisait de rien moins que de toucher un trésor de 300,000 fr., que nous aurions , sans doute , partagé. Heureusement que l'ambition de la fortune ne me tourmente guère, mais bien celle de l'honneur. Aussi, ma fine mouche s'en retourna tristement sans avoir

obtenir la faveur d'un entretien, où, disait-il, étaient attachées toạtes ses espérances et présentes et futures.

pu

Ah! je le vois, elle a froissé des ambitions; cela ne me surprend plus aujourd'hui !

Je connais mes défauts , destins trop ennemis ,
Je les eus

corrigés, si vous l'eussiez permis ?

*

Les événemens se sont entassés d'une manière effrayante; les circonstances les plus affreuses se sont réunies sur sa tête; il lui sera difficile de revenir sur tant de jours pleins d'horreur, sans éprouver les mêmes sentimens. Elle a besoin de rappeler aujourd'hui, son énergie et sa constance!...

Plus courageuse que prudente, plus téméraire que sensée, doit-elle chercher à connaître l'implacable ennemi qui l'a persécutée? doit-elle flotter entre le desir de se justifier, et la prudence, qui lui commande de se taire ?

Cependant l'Echo du Brabant a répété son nom et a fait connaître ce caractère sombre et farouche; elle s'était endormie sans défense sur le sentiment qui l'avait dirigée vers Bruxelles, elle devait finir

par

être la victime de l'envie ou de la vengeance irritée...!

Personne au monde ne l'appuya de son crédit dans cette triste circonstance; les uns apprirent trop tard sa disgrâce;les autres craignirent d'approcher une femme que la foudre avait frappée; elle ne devait point engager ses amis à solliciter les secours de la puissance, à

* J'ai cru devoir me permettre cette licence poétique.

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