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des meilleurs souverains, ne peut-elle pas être surprise ? Si l'on m'avait traduite devant les magistrats que vous avez créés

pour

rendre la justice en votre nom, alorslaconscience du tribunal ne doit jamais paraître redoutable qu'aux criminels et aux calomniateurs. Mais la politique de certaines gens serait-elle d'opprimer celui qu'ils ont offensé, et qui possède assez de talent et d'énergie pour se faire valoir !!!! Eh ! pourquoi ne parviendrais-je pas à ressaisir le bonheur dont je jouissais sans mon imprudent voyage sur cette terre néerlandaise? Que ne dois-je pas augurer de mon destin, lorsque j'ai tant fait pour ma réputation ? déjà j'ai fixé la célébrité autour de mon char: le souvenir du passé devait me préparer un heureux avenir. Les dieux, dit Cicéron, attachent à la destinée des hommes qu'ils favorisent, un génie particulier qui les guide dans toutes leurs entreprises *. De même, entraînée dans mes desseins par une force supérieure, je dirai que j'ai été assez heureuse pour obtenir quelques succès littéraires, que les hommes les plus célèbres ont accordés à quelques personnes de mon sexe; il n'est point en effet d'entreprise si grande et si difficile

* Eh ! quel serait, grand Dieu, l'asite de cet infortuné que la tyrannieopprime à force ouverte, ou que l'ignorance condamne, sous le voile de la justice , s'il n'était point de Dieu qui le dérobât aux fureurs de l'homme. La philosophie qui enseigne le crime conduirait au bonheur plutôt que celle qui enseigne la vertu ; et Néron, qui embrase sa patrie, serait plus sage que Codrus qui expire pour elle.

qu'on ne soit capable de conduire par sa prudence, de soutenir par son génie, d'achever par son courage: telle est ma confiance dans la crise actuelle !!! Je la vois me préparer une apothéose au milieu des vrais croyans, qui déjà m'ont accueillie avec des cris d'allégresse.

LE MENTOR BELGE.

Ai-je quelque raison de supposer que la décision des magistrats de Louvain ait été contraire aux lois ? Sûrement, je crois en avoir, et c'est la force de la conviction qui m'a fait rompre le silence.

CHAPITRE IX.

ENTRAÎNÉE par un mouvement secret , qui souvent est un guide infaillible , je cherche à me former une juste idée du caractère du ministère public belge, et de sa conduite envers moi. Je ne puis dissimuler qu'il s'élève mille vraisemblances qui déposent contre lui.... Ah! conscience! conscience! faut-il que ton cri vengeur fasse taire la vérité même; qui pourra soulager ces magistrats de tes reproches?

Malgré l'importance que ces hommes attachent à ma perte, leur ressentiment n'oublie point d'autres victimes; opprimer les écrivains, punir une Française de sa fermeté inébranlable , la faire succomber , l'anéantir, s'il est possible, tels étaient les projets d'un acharnement sans exemple et d'une haine profonde;

ils m'avaient vue de mauvais oeil dès le premier moment de leur curiosité ; leur physionomie annonçait leur improbation pour la justice que l'on me rendait dans le monde; ils ne purent témoigner ce qu'ils pensaient, mais j'ai su qu'ils me détestaient ; j'en ai reçu des preuves, et cette haine cruelle a sur mon sort, dans ce procès, la plus funeste influence *

Je ne puis attribuer ce sentiment qu'aux plaintes que j'élevai sur l'arbitraire dont j'étais la victime.

Ils n'ignoraient pas que, lorsque les juges de Louvain prononcèrent ma condamnation, tous les yeux des assistans se tournèrent vers eux avec indignation **; il s'éleva un murmure confus qui s'étendit, qui se fortifia, et devint enfin semblable aux mugissemens d'une mer orageuse. J'entendais retentir ces mots autour de moi : Ce tribunal est vendu à l'ambition des Van Maanena et Vanderfossa; le murmure s'était

Cependant, puisque les faits allégués sont faux, il est bon d'ôter ce misérable prétexte aux Janus démasqués, et de les chasser de leur dernier refuge.

** Trouvez-vous heureuse et louez notre clémence, semblaient me dire les juges de Louvain , car à l'avenir, de même qu'au passé, l'art de la divination sera sans doute puni de la peine capitale.

Nous formons des voeux pour que nos lois prennent un degré de sévérité de plus, pour en constituer un délit qui sera puni de mort. A cet effet, nous soumettrons nos observations à MM. les députés des états-généraux, et leur sagesse connaîtra toute l'utilité, toute l'importance d'une semblable mesure...

apaisé, le silence le plus morne succéda au trouble. Mon imprudent interrogatoire, l'indigne réquisitoire de M. de Vander Vekena *, rien n'avait paru grave, imposant et solennel, tout était marqué au coin du ridicule et de la haine la plus prononcée; ma position n'en était pas moins cruelle, effrayante; ils savaient que j'étais résignée; je faisais plus, j'aimais à espérer

encore.

Cependant j'avais perdu mon procès, et je cherchais des consolations. L'exercice et la société

pou“ vaient-ils me fournir des secours contre le chagrin?

* La terreur environnait MM. les juges de Louvain. On s'alarmait sur mon sort, on me plaignait, on m'encourageait hautement dans ce redoutable tribunal, et l'intérêt était porté au comble. Dans la place publique, en tout lieu , de tout côté, le peuple témoignait sa juste indignation. Elle devint générale quand des témoins oculaires racontèrent avoir entendu dire à M. le procureur du roi, au moment même où MM. les juges durent se retirer pour recueillir les voix et prononcer sur mon sort : Cela n'est pas nécessaire. A l'aurore de ce jour fameux qui éclaira ce déni de justice, M. Vander-Vekena , causant avec son barbier, lui dit, avec ironie : Je ferai condamner à un an de captivité la très-renommée sibylle parisienne. Le nouveau Sancho reporta d'un bout de la ville à l'autre quelles étaient les louables intentions de ce maître bridoison. Cependant on osait espérer encore ; la société la plus brillante , comme la mieux choisie , avait daigné embellir un lieu où Thémis rend habituellement ses oracles sans être environnée de spectateurs! la foule était immense , les dames siégeaient à côté de mes juges. Chacun voulut voir , chacun voulut contempler de près Mademoiselle LeNormand, à qui M. le procureur-général accordait des pouvoirs aussi extraordinaires. Un plaisant stimulait la curiosité:

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