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» gubre, et souvent le conquérant lui-même, s'il est

humain, est forcé de verser des larmes sur ses propres

victoires. » Mais la gloire, sire, d'être cher à son peuple, et » de le rendre heureux, n'est environnée que de la

gloire et de l'abondance. Il ne faut point élever de » statues et de colonnes superbes pour l'immortaliser; » elle perpétue dans le coeur de chaque sujet un mo» nument plus durable que ne l'aurait été le bronze » parce que l'amour, dont il est l'ouvrage, est plus

que la mort. Le titre de conquérant n'est écrit » que sur le marbre, le titre de père du peuple est gravé dans tous les cours. »

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» fort

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Exgei monumentum ære perennius *.

J'ai construit un monument plus durable que l'airain.

UNE REVUE DE L'EUROPE.

Si pourtant je rencontrais en Belgique de nouvelles disgrâccs...., je pourrais encore ajouter un nouveau chapitre à cette histoire de mes malheurs.

CHAPITRE XV.

QUELQUE jour je m'entretiendrai avec vous sur l'histoire de ma vie entière; vous ne comprendrez pas et ne pourrez croire ce dont vous serez pourtant convaincu. » Ainsi écrivait Mirabeau à M. Béranger; ainsi je disais, le 7 septembre, à la Vérité, fille de la Raison, que je rencontrai fréquemment au Loosberg, où j'allais régulièrement de la douzième à la quatorzième heure du jour; déjà même j'avais eu plusieurs conférences avec elle.

La céleste déesse ne cessait de me dire : Les charlatans politiques soufflent dans des chalumeaux de paille; ils en font sortir des bulles éblouissantes qu'un rien fait évanouir ; leur faux brillant n'a plus de va. leur quand on les pèse.

Leur fureur et leur ressentiment n'ont pu parvenir à vous enlever le plus précieux des biens. Vous êtes libre, malgré eux; en Prusse, vous pouvez vous permettre de les défier; l'abîme dans lequel ils auraient voulu vous plonger s'ouvrira un jour pour eux-mêmes; ; l'influence funeste qui les rend criminels leur fera éprouver les traits les plus sensibles : plus de sérénité; des réflexions leur feront souffrir les plus cruelles peines; qu'ils redoutent de porter leurs regards sur l'avenir, mais qu'ils s'occupent de faire le bien s'ils en sont capables ?

Vous n'avez jamais loué ou blâmé personne pår aucune vue d'intérêt : vous coulerez vos jours éloignés de la Belgique. Vous ne perdrez jamais le souvenir des bonnes qualités de ses habitans. L'on trouve dans ce peuple une sensibilité dont l'honnête homme seul peut apprécier toute la valeur, puisqu'il ne cherche qu'à mériter l'approbation des génies éclairés et sublimes; cette respectable nation vous a donné tant de preuves d'une joie sincère, d'une véritable confiance, que votre plume ne trouvera point d'expression propre à lui témoigner toute l'étendue de votre reconnaissance; les habitans de Bruxelles vous ont applaudie, au jour de l'équité, avec des sentimens affectueux et des transports d'admiration. Telle fut la récompense de vos longs malheurs ! Tels furent les effets de la noble émotion d'un peuple que vous ne pourrez oublier ? Il n'est personne dans les Pays-Bas qui ne dise: « On a rendu justice à mademoiselle Le Normand »,

excepté celles dont la politique enchaînait le silence; la vérité déclare

que ,
si on finissait

par vous dédommager du tort irréparable fait à votre fortune, on ne vous rendra jamais ce que vous avez perdu.

Mais vous allez revoir votre patrie, dont vous êtes exilée depuis huit mois ; vous allez revoir vos amis, tous ceux qui vous ont plaint dans le malheur. On ne vous crut point coupable; vous avez droit d'exciter l'intérêt et de vous ouvrir le cour des véritables amis de l'humanité.

De quels sentimens d'espoir et de consolation votre âme est pénétrée! Lorsque vous jetez vos regards vers l'avenir, vous pouvez vous promettre, pour récompense de votre longue constance, une nouvelle scène de prospérité. Elle s'ouvre à vos regards après cent jours de souffrances. Voici une nouvelle époque dans l'histoire de votre vie ; un nouveau rôle que vous allez encore remplir , au moment où vous croyiez toucher à la dernière catastrophe : vous allez reparaître encore une fois, et avec un front serein, sur le grand théâtre du monde. On vous y verra telle que vous vous êtes dépeinte dans votre captivité : votre ambition d'écrire va se réveiller ; elle doit dévorer une âme ardente et prompte à s'enflammer à l'excès. Hélas ! il est possible qu'une nouvelle tempête vous rejette encore une fois au milieu de l'océan politique, vous devez être préparée à tous les événemens et même à celuilà !!!

Le nuage s'éloigne, mais il n'est pas entièrement

dissipé. . .... Comme vous, m'ajoute la Vérité, j'ai su résister à la persécution, elle semble me menacer encore, cependant je vais vous dévoiler ce qui est , ce qui sera, et vous ferai connaître le nom du souverain maître qui doit juger les Musulmans.

Et je lui racontai alors ce songe fameux que j'avais fait dans la prison de Bruxelles. Elle voulut bien m'en donner la véritable interprétation ( non seulement de la mère, mais de la 2ème partie); je frissonnai de terreur. Après un sérieux examen, elle ajoute : « De si violens » remèdes accélèrent les crises au lieu de les prévenir. » De justes concessions envers vous calmeraient vos esprits au lieu de les irriter, >>

A l'exemple des anciens, repris-je, je crois qu'il suffit de goûter des eaux du Léthé pour éteindre la haine et les souvenirs fâcheux. J'ai déjà prouvé jadis, et je vais prouver au présent, que ces eaux ont conservé pour moi toute leur vertu primitive. Cependant,

Que chez les Brabançons nul mortel ne raconte
M'avoir flétri du plus léger affront ,
Sans que ma plume en ait demandé.compte
Et n'ait chassé le nuage de honte
Dont son injure aurait voilé mon front.

Je n'hésitai point à m'élancer dans sa nacelle * aérienne (on va vite, en voyageant de cette manière), le vent

* Lors de mon passage à Louvain , je m'enpressai de rendre une visite à mon digne avocat Vanmeen : « J'ai tremblé pour

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