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« Colosse aux pieds d'argile, que renversera le courage et la pieuse énergie, déjà vous êtes ébranlé » dans votre puissance et vous finirez par être enseveli » sous les ruines de l'édifice élevé

par
le

mensonge; ses » débris foudroyés essaieront de se soulever encore, » mais ils retomberont de nouveau, et le temps un jour v en détruira jusqu'aux derniers vestiges

Ce billet me fut remis par une prisonnière, elle exi- ' geait une réponse; je jugeai convenable d'attendre jusqu'au lendemain pour réfléchir sur ma propre opinion. Je craignais qu'à mon insu, l'esprit français n’entrât pour quelque chose dans l'espèce d'aversion que j'éprouvais pour un homme honoré de la confiance de son souverain, et qui venait de se déclarer ouvertement contre moi.

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LE COURTISAN.

Sous les dehors d'une prudence feinte,
Certain mentor m'enlevait toute crainte.
Je le croyais un guide qui ramait,
Aucun soupçon , hélas ! ne m'alarmait.
Pour me conduire au port... sa rame tombe
Sur un abîme ; elle y creusa ma tombe.

CHAPITRE IV.

-Je ne vous ai pas négligée, mademoiselle, non, je ne vous ai pas négligée : depuis vingt-huit heures, la chambre du conseil du tribunal de première instance de Bruxelles a prononcé d'une voix unanime que vous ne deviez point encourir l'application de l'article 405 du code des délits et des peines. Monsieur le procureur du roi a cru devoir motiver l'appel de ce jugement; en conséquence, vous n'êtes point libre; examinez sérieusement la détermination que vous avez à prendre: vous feriez mieux, selon moi, de solliciter la faveur (en déposant votre caution) de rentrer en France; là vous attendrez paisiblement une décision de la cour supérieure. Ainsi parle le sieur Véh** **.

Quoi! lui dis-je, vous m'avez laissée dans cette pour mé

cruelle incertitude depuis la décision du 8 16. Vous venez, pour me tranquilliser, rouvrir toutes mes blessures ; l'humiliation, le silence, les angoisses d'une prison où le captif ne trouve partout que le désespoir, est un châtiment beaucoup plus sévère que le dernier supplice: dans cette position, on est malheureux au présent et on tremble pour l'avenir..... Quelle effroyable mutilation de l'existence... Voilà ma situation dépeinte avec force, mais rendue avec vérité. Qu'ai-je fait riter un semblable destin ? - Je vous l'ai dit, vous avez offensé le voisin.

- Vous revenez sans cesse sur ce très-haut et trèspuissant seigneur : comment ai-je pu provoquer sa disgrâce ?

- On se plaît à raconter dans les cercles une prédiction alarmante que vous avez faite sur lui, et d'autant plus fâcheuse pour cet éminent personnage, que, n'étant point aimé du peuple, il semblerait la craindre.

– Tout repose ici, à ce qu'il me paraît, sur sa puissante recommandation; mais ce qui m'étonne et m'attriste en même temps, c'est de voir que les Belges se retirent dans une forteresse parce qu'ils n'ont pas

le courage de se mesurer sur le terrain ministériel.

- Vous parlez dans votre ouvrage de la Sibylle au congrès, d'une étrange vision , etc. Ce songe peut, aux yeux

des personnes méfiantes, supposer contre vous l'apparence des torts les plus graves : de votre persécution. N'en recherchez point d'autres causes; certes, si vous n'êtes qu'indiscrète , vous êtes trop sévèrement

punie; si vous croyez fermement à votre prescience, vous alarmez les esprits faibles qui s'imaginent être des esprits forts : par conséquent, vous êtes sous le poids de la prévention. Ne négligez aucuns moyens pour la combattre ? Je vous conseille de n'implorer la faveur de personne; aucune espèce de recommandation ne pourrait vous servir.

Ainsi, lui dis-je , vous semblez exiger que mes amis m'abandonnent pour complaire à l'ennemi que vous me supposez. Cette prétention me paraît extraordinaire; je ne sais pas comment on pourrait compromettre une personne, dans ma situation. Ce que vous me dites me rappelle une anecdote rapportée par madame de Staël : « Un révolutionnaire auquel, dans le

temps de la terreur, on s'adressait » de sauver un de ses amis de l’échafaud : Je craindrais » de lui nuire, répondit-il, en parlant pour lui » : De même, monsieur, vous seriez-vous rangé du côté du plus fort ? dans ce cas, j'apprécierais le mérite d'un tel aveu. Songez qu'il est difficile qu'une situation plus affligeante se représente dans la vie; apprenez-moi franchement les noms des familiers qui sont dévoués à l'homme puissant qui, d'après vous, a conjuré ma

pour qu'il táchát

perte?

J'embarrasse d'autant mieux les prétendus torys qui mont mise en prévention, que j'ai en quelque sorte , prévu l'effet du crédit et la chute de pareils adversaires :7. Je n'augure rien de favorable de l'acharnement que l'on met ici à me poursuivre; dans une

prison, on est peu mesuré dans ses paroles; on écrit quelquefois ce qu'on ne pense pas; on peut armer les juges contre soi, les hommes ne sont point infaillibles, ils considèrent l'élévation du caractère et la conduite courageuse comme le reproche secret de leur conscience : libre, on adoucit ses expressions; on cherche à convaincre, et non à faire briller un talent polémique; on revoit ses amis, alors ceux qui possèdent au suprême degré le talent séducteur de la calomnie, sont contraints de suspendre leurs projets et de flotter entre mille incertitudes. Monsieur, ajoutai-je avec chaleur, si une main barbare inscrit ma condamnation dans les archives du Brabant, ce serait une insulte que je ne dois jamais pardonner... ma vengeance pourrait égarer ma raison; en homme sage et prudent, tâchez que je ne sois pas contrainte d'y recourir.

Tout à coup j'entends murmurer à mes oreilles ces mots : - Il serait possible que l'on vous renvoyât à Louvain pour y être jugée. - Y pensez-vous, mon cher monsieur, l'analogieserait trop forte 17. Je récuse à l'avance les juges qui composent ce tribunal. — A quoi ce projet pourra-t-il vous conduire? — A me pourvoir devant la cour de cassation contre cet arrêt; dans cet intervalle, la tempête peut se calmer.– Dans le cas qu’une condamnation fût prononcée contre vous à Louvain, il vous resterait la voie d'appel. — Triste consolation

l'innocent opprimé, sa réputation a déjà souffert de grandes'atteintes... cependant je dois triompher et sortir victorieuse du combat. — Mais on

pour

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