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L'étranger, et surtoutce Français, si paisible, si noble et si généreux, éprouvent de fréquentes injustices; trop heureux encore, quand les vexations les plus étranges et les moins méritées ne s'appesantissent point sur lui, et que surtout un homme trop célèbre, ne l'inscrit pas sur ses tablettes accusatrices, pour le faire exiler!

Mes observations pourront paraître sévères ; elles sont utiles. Belges, je n'attaque personne; je pardonne même aux sacrificateurs de Baal quand je les vois au milieu du temple de Thémis. Qu'ilme soit permis de gémir sur des erreurs dont j'ai été la victime !il est de mon devoir, pour l'humanité, de les signaler au grand jour (en gardant le respect politique que je dois à la puissance des modernes Séjans). Je vais faire en sorte, dans cet ouvrage, de leur arracher le triple masque de la flatterie et de la corruption. C'est une tâche pénible, sans doute , pour qui n'aime point à nuire!!! Mais l'oeuvre est méritoire : elle est commandée par l'honneur, les circonstances l'exigent, et mes malheurs m'en donnent le privilége.

Je tracerai l'histoire de mes infortunes, sans laisser couler de ma plume ni le fiel de la satíre, ni les épanchemens de la haine. Ces souvenirs ne jetteront point dans la société les étincelles de la discorde; ils n'y produiront ni incendie ni explosion; on ne songera même pas à y répondre. Pour parvenir à une simplicité noble, expansive, convaincante, il faut quelquefois plus de soins que n'en prennent ordinairement ceux qui écrivent avec facilité; aussi, vous remarquerez dans cet ouvrage des retours fréquens sur les mêmes pensées; vous voudrez bien vous souvenir que j'ébauchais ces chapitres sous les verrous; qu'ils sont les fruits des veilles d'une captive , d'autant plus malheureuse, qu'elle gémissait sous le poids d'une injuste accusation. J'ose l’espérer, vous serez aussi généreux pour pardonner à une personne qui convient de sa faiblesse, que vous seriez courageux d'user contre elle de toutes vos forces si elle vous résistait.

Ainsi je réclame toute votre indulgence, Ô Belges! Je n'ai éprouvé que des impressions nobles et douces du touchant intérêt avec

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lequel vous avez daigné m'accueillir. Puisse ma profonde reconnaissance attirer mille bénédictions sur vous! Empressez-vous de parcourir cette cuvre biographique, vous ne regretterez peut-être pas les momens que vous y consacrerez; je souhaite que mes cent jours de captivité puissent effacer l'ennui que vous aura sans doute causé cette longue épître dédicatoire.

Je suis, avec un profond respect,

Peuple belge,

Votre très-humble et très-obéissante servante,

LENORMAND.

SIMPLE AVEU.

Barbarous times joined wilh calamities and disasters.» « Ils ont voulu nous ramener les calamités, et les dé» sastres des temps barbares. »

STERNE, sermons.

C'est à Bruxelles, c'est dans ce Brabant où on était si libre jadis et si jaloux de ses priviléges, que

l'infortune d'une femme a été consommée... Elle a été arrêtée au mépris du droit des gens, des lois et de la constitution du royaume.

On l'enveloppe des plus infernales ruses, et sans préparation, sans sujet, sans aucune cause, on lui ravit sa liberté pendant cent jours. Quelque explication qu'on veuille donner à cet acte absolu, il sera toujours illégal et odieux, car il y a des règles indépendantes de tout intérêt personnel, et même de toutes circonstances, qui constituent le droit légitime.

Il était résolu, dans l'opinion de certaines gens,

qu'une Française devait passer pour coupable aux yeux des Belges étonnés; cette arme, dont ils ont fait un terrible usage , prouve jusqu'à quel point les agens du pouvoir se sont rendus répréhensibles, en devenant les ministres d'une basse vengeance, et en prêtant à leur caprice un libre essor à la calomnie. C'est peut-être dans le noeud de cette énigme qu'on voit naître et se développer 'cette insidieuse accusation.

La personne accusée veut présenter simplement un aperçu moral et politique sur les causes, la durée, le but et les suites de son étrange procédure. Elle ne cherchera à blâmer personne, qu'autant qu'il sera nécessaire de le faire pour défendre la vérité, et pour empêcher le public d'être la dupe de l'imposture, de la mauvaise foi, de l'hypocrisie et de la superstition.

Que l'on traíte son ouvrage de fable, d'invention, de libelle, il n'en sera pas moins imprimé. Il se peut qu'elle ait parcouru un labyrinthe d'erreurs; on l'excusera de s'y être égarée, mais il lui est impossible de se renfermer dans un cadre plus nouveau, plus rapide et surtout plus sage. On ne parviendra jamais à lui imposer silence. O vous qui tenez la balance de Thémis,

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