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PRÉFACE.

L'année 1851 a vu s'accomplir en France une transformation nouvelle du gouvernement, précédée de luttes intérieures d'une gravité sans égale, de conflits de pouvoirs, et de menaces d'une crise suprême, suivie d'un ébranlement profond en Europe.

Notre récit empruntait à ces événements une étendue et une importance singulière : fidèle à nos habitudes de sévère et calme impartialité, nous avons voulu, cette fois encore, laisser l'établissement nouveau se constituer et s'asseoir, le pays se rassurer, l'Europe ellemême porter sur nos dernières agitations sociales un jugement plus froid et plus sûr, avant de livrer au public le tableau de cette année si féconde.

Quelle qu'ait été la fortune du régime parlementaire en France, il nous a paru que les luttes de la parole, que le travail des partis avant le coup d'État du 2 décembre, avaient une toute autre importance que celle qu'on est tenté de leur attribuer aujourd'hui : les amoindrir, c'eût été, selon nous, montrer l'effet sans la cause. D'ailleurs la session de 1851 n'a pas été seulement remarquable par l'intensité des passions politiques, elle a eu encore pour résultats d'immenses études dont la trace se retrouve à chaque pas dans les actes du gouvernement nouveau.

L'histoire scrupuleusement détaillée de cette dernière session sera comme le testament politique du régime parlementaire en France. Nous l'avons racontée avec ses grandeurs et ses misères, sans prendre parti pour les vainqueurs ou pour les vaincus.

Il est un triste épisode de l'histoire nationale que notre récit embrasse dans ses moindres détails, c'est la lutte armée du mois de décembre, à Paris et dans les départements.

On comprend que ces études si diverses , que ces événements si nombreux et si graves aient agrandi notre tâche, changé les proportions de notre cadre, et nous aient conduit à donner à l'histoire de France un développement peu ordinaire. L'histoire du reste du monde a dû s'en ressentir, et, si nous avons rapporté tous les faits extérieurs de quelque importance, nous avons nécessairement rejeté sur l'année suivante les études économiques que nous consacrons chaque année avec un soin plus curieux aux puissances étrangères.

L'Annuaire pour 1852, déjà en cours d'impression, et bientôt prêt à paraître, a des proportions différentes. La France y occupe une place plus modeste, et nous y étudions de plus près l'histoire intérieure des autres États.

Qu'il nous soit permis de profiter de ces occasions si rares, où nous adressons la parole à nos lecteurs pour les remercier des nombreuses marques d'intérêt qu'ils veulent bien nous donner : nous avons à payer un tribut de reconnaissance aux diplomates, aux hommes d'État, aux publicistes français et étrangers (1), enfin aux membres éminents du Clergé, qui nous honorent de leurs communications précieuses. Nous redoublerons d'efforts pour continuer à mériter leur confiance.

ARMAND FOUQOIER.

30 septembre 1853.

(1) Nous aimons à citer, entre autres, M. le commandeur Pereira da Silva, membre de la Chambre des députés du Brésil, auquel nous devons, chaque année, de précieux documents sur le Brésil et sur les autres Etats de l'Amérique du Sud.

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