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dénaturée. Dans le manuscrit de Montpellier, on rencontre une pièce de chant du deuxième mode qui a une double traduction, l'une notée en ré, l'autre en sol final. C'est l'Offertoire Protege, Domine, de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix :

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L'Alleluia . Confitemini de la Messe du Samedi saint, quoique du Tetrardus plagalis (86 mode), est noté en ut final au lieu de l'être en sol. Ces sortes de transpositions ne sont pas rares.

Peut-être même est-ce la seule manière d'expliquer la transposition que l'on remarque dans le Graduel Benedicam Dominum. . Dans le manuscrit de Montpellier et dans beaucoup d'autres, le Verset In Domino, au lieu de commencer par sol, la, ut, est noté à la quarte supérieure ut, , sa.

Ces questions et d'autres semblables seront traitées avec tous les développements nécessaires dans une Méthode que la Commission se propose de publier plus tard.

Nous avons prouvé plus haut l'existence et la nécessité d'un certain rhythme dans le chant ecclésiastique, rhythme qui résulte à la fois des repos gradués et de l'inégale valeur des notes. Pour faciliter l'exécution de ce rhythme, nous avons adopté le système de notation exposé au § 6, et introduit des barres qui marquent les repos.

Enfin, plusieurs améliorations utiles dans la pratique, comme de ne jamais changer de clef dans le cours d'un morceau, d'indiquer la dominante, etc., ont pris place dans le Graduel, et la Commission n'a rien négligé pour que l'exécution typographique fût irréprochable.

$ 13. - De l'Antiphonaire.

Les chants de l'Antiphonaire ont été en général beaucoup moins altérés que ceux du Graduel. Les manuscrits présentent à peine quelques différences entre eux et avec ce que nous avons maintenant. Cet accord universel est facile à comprendre. Les Antiennes n'ont pas la même richesse de modulations que les chants du Graduel : elles se rapprochent plutôt d'un récitatif presque syllabique. Aussi n'est-ce pas en retranchant des notes

qu'on les a dénaturées, mais en les alourdissant, en les surchargeant de notes parasites, sous lesquelles a disparu le caractère de simplicité, de délicatesse et d'élégance qui en fait le charme ". Les Répons, tout à fait dénaturés dans les éditions romaines, ont été assez bien conservés en France. Si l'on remonte aux éditions antérieures au 18° siècle, on les trouve reproduits d'une manière assez fidèle, avec les tenues, les notes d'expression, les longues, etc., qui ont complétement disparu des éditions modernes.

Le travail de la Commission a donc été beaucoup plus facile. Elle a pris pour base les manuscrits du 13e siècle. Ce sont les plus anciens dont elle ait eu connaissance ?. Parmi les livres imprimés qu'elle a consultés, nous citerons les anciens livres de cheur de Portugal et de Venise. Ces divers documents, nous venons de le dire, sont parfaitement conformes aux manuscrits.

Un seul Répons avait toujours été repoussé des éditions françaises depuis l'invention de l'imprimerie; c'est le Répons Animam meam du Vendredi saint. On l'avait remplacé par un chant qui diffère complétement de celui des manuscrits, en adaplant les paroles à un ancien Répons tiré d'un bréviaire monastique, et qui n'est plus maintenant dans la liturgie. Cette anomalie trouve son explication dans les manuscrits du 14° siècle. Quelques notes ayant été déplacées, la mélodie est inexécutable, à cause du rapport continuel de si à fa. Ces fautes sont reproduitos dans les anciennes éditions de Portugal et d'Italie. Dans les manuscrits du 13° siècle, au contraire, on trouve un chant parfaitement régulier, d'un caractère original, fait pour les paroles, et les traduisant avec une rare énergie. C'est là que nous l'avons pris...

Pour les fêtes postérieures à la date des manuscrits, on a suivi la même marche que dans le Graduel. Quand le chant, tel que le donnent les éditions modernes, s'est trouvé à peu près conforme aux types traditionnels, nous l'avons conservé; mais nous avons remplacé ces mélodies sans origine connue, où' ne se rencontre aucun des caractères du chant ecclésiastique : par exemple, certaines Antiennes des fêtes du Saint-Nom de Jésus, du Sacré-Caur, etc. Nous n'avons pas composé de chants nouveaux

· Préf. de l'Antiph., p. 7.
* M. Danjou en a signalé un du 12e siècle, à Rome.

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pour les fêtes toutes récentes, telles que l'Immaculée Conception, • le Précieux Sang, etc., nous avons adapté aux paroles de ces Offices des formules consacrées par la tradition 1:

Nous avons conservé pour les Hymnes le chant généralement usité en France. Ce chant est très-beau, et bien supérieur à celui que

donnent Guidetti et les éditions italiennes. Les manuscrits des 140 et 15° siècles donnent l'un et l'autre. Dans les manuscrits antérieurs, on ne trouve que les premiers mots des Hymnes, encore pas toujours. Il y avait des lymnaires à part, mais ils sont devenus excessivement rares. Ceux des bibliothèques de Paris que nous avons vus, ne remontent pas au delà du 14° siècle. - Les Hymnes de Guidetti ont été prises dans le bréviaire franciscain, lors de la réforme liturgique .

Un dernier mot, sur le chant des Lamentations de Jérémie. En France, les liturgies particulières n'admettaient pas les lettres hébraïques Aleph, Beth, etc. Afin que la mélodie ne souffrît en rien de cette suppression, le neume qui se trouve sur chacune de ces lettres fut reporté à la fin du Verset précédent. A Rome, au contraire, le neume ne se trouve que sur la lettre. Quand on a adopté la liturgie purement romaine, le neume s'est trouvé répété deux fois. Pour éviter cet inconvénient, nous avons pris le chant de Rome, qui est en usage partout, hors la France. Ce chant est en même temps le seul que nous ayons trouvé dans les manuscrits 3.

$ 14. — De la psalmodie.

Nous avons adopté les intonations romaines des Psaumes, telles qu'on les trouve dans le Directorium chori et dans Jérôme de Moravie. Ces intonations sont les mêmes presque parlout. En France, quelques médiantes diffèrent. Nous avons pris aussi le chant des Oraisons, tel qu'il se trouve dans le Cérémonial des évêques et dans le Directorium chori, et à celle dernière source, le chant des Épîtres, Évangiles, Capitules, etc. Quelques personnes ont semblé le regretter; nous avouons ne pas comprendre leurs regrets. Ces chants de Rome sont fort beaux, et ils

Préf. de l'Antiph., p. 8. 2 Voyez un Psalterium de cet Ordre, à la Biblioth. de l'Arsenal.

3 Breviar. Ord. Frat. Prædicat., antiphonaire manuscrit très-complet, de la fin du 13° siècle, coté sous le n° 140. — Biblioth. de l'Arsenal,

l'emportent, à notre avis, sur tous les chants français par leur . inimitable caractère de simplicité majestueuse. Nous disons sur tous les chants français, car il y en a presque autant que de diocèses, ce qui, à part toute autre considération, rendait le choix impossible. Ajoutons un dernier et puissant motif : le désir de nous conformer autant que possible à l'Eglise romaine.

La Commission a cru devoir donner une attention toute particulière à l'accentuation. En France, surtout, on ne sait plus lire le latin : on fait toutes les syllabes égales , on ne tient nul compte de l'accent, et de là cette monotonie fatigante de la psalmodie. On a oublié complètement ces instantes recommandations dont sont remplis les anciens traités de chant : In omni textu lectionis, psalmodiæ vel cantus, accentus sive concentus verborum in quantum suppetit facultas non negligatur quia exinde permarime redolet intellectus 1. Dans la nouvelle édition du Graduel et de l'Antiphonaire, l'accent tonique est marqué sur tous les mots, et on a eu soin de l'indiquer dans le chant chaque fois que l'on a noté un récitatif ou l'intonation d'un Psaume.

Nous disions tout à l'heure qu'on ne tient nul compte de l'accent, nous nous trompions. On l'observe là précisément où il est très-difficile, et souvent impossible de l'observer, c'est-à-dire aux médiantes et aux terminaisons. On pose en principe qu'on ne doit élever la voix ni sur la dernière syllabe, ni sur la syllabe dactylique, ni sur un monosyllabe. De là ces règles nombreuses et obscures, ces exceptions plus nombreuses et plus obscures encore, qui ont rendu la psalmodie très-difficile ? On peut dire a priori que ces règles sont arbitraires, parce que la psalmodie, le chant populaire par excellence, n'a jamais pu être embarrassée de pareilles entraves. Pour nous en affranchir, nous nous sommes appuyés sur ce texte, selon nous décisif.

a Quomodo ergo toni deponantur in finalibus propter diversos » accentus, nunc dicendum est. Omnis enim tonorum depositio in

| Instituta Patrum de modo psallendi. Rhaban Maur, dans son livre de InstiTulione Clericorum, ch. 52 : « Accentuum vim oportet lectorem scire, ut noverit in » qua syllaba vox protendatur pronunciantis; quia multæ sunt dictiones, quæ soo lummodo accentu debent discerni a pronunciante, ne in sensu earum erretur. »

? Qui ne sait la difficulté que l'on éprouve pour appliquer ces règles, et l'étrange effet qu'elles produisent, surtout dans certains tons, quand on rencontre ces phrases ou d'autres semblables : Ante luciferum genui te. In quacumque dic invocanero te, eraudi me, etc...?

» finalibus MEDIIS vel ULTIMIS, non est secundum ACCENTUM VERBI, sed » secundum MUSICALEM MELODIAM TONI facienda... si vero:convenerint » in unum accentus et melodia, communiter deponantur; sin autem,

juxta melodiam toni, cantus sive Psalmi terminentur, nam in » depositione fere omnium tonorum, musica in finalibus versuum » per melodiam subprimit syllabas, et accentus sophisticat, et hoc w maxime in psalmodia; ideoque si tonaliter finis versuum deponi» tur, opportet ut sæpius ACCENTUS INFRINGANTUR ^. »

Nous en avons conclu que, dans les médiantes et les finales, on ne devait nullement s'inquiéter de l'accent, et nous avons agi en conséquence.

Au reste, nous ne sommes ni les seuls ni les premiers.

Alfieri, dans son savant Essai historique, théorique et pratique sur le chant grégorien, parlant des exceptions aux règles générale de la psalmodie, s'exprime ainsi :

« Accade spessissimo di ritrovare nel mezzo de' Salmi, e de’ » Cantici alcuni monosillabi, cioè sum, me, te, come ne' Salmi » Credidi propter quod, etc., ovvero parole ebraiche, cioe Sion, » Israel, etc... Ora se il monosillabo, o la parole ebraica cadra v in una intuonazione di modo primo, o terzo, o sesto, o settimo, » o nono, allora l'intuonazione non verrà punto cambiata; ma » se entrasse nelle intuonazioni degli altri modi, cioè secondo,

quarto, quinto e ottavo, dovrà allora alzarsi il monosillabo, o » l’ullima sillaba della parola ebraica di una nota sulla corda » corale. Sia di esempio l'intuonazione di secundo modo nel » Salmo Domine probasti me. »

I cite ensuite d'autres exemples pour chacun de ces modes, et il conclut :

► In tutti i modi adunque tranne il primo, terzo, sesto, settimo, » e nono deesi alzare il monosillabo, o la parola ebraica di una >> nola sulla corda corale de' Salmi e de' Cantici ?.

Il ne parle d'aucune autre exception. Or, il est certain que, s'il eût admis les règles de nos méthodes françaises, il n'eût pas manqué d'en faire mention.

Il y aurait tout un traité à faire sur l'accentuation, sur les règles de la psalmodie. Ce n'est pas ici le lieu. La Commission le fera plus tard dans une Méthode.

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· Instituta patrum de modo psallendi.

? Saggio storico teorico, etc...., operetta del Padre D. Pietro Alfieri sacerdote, etc..., p. 70 et 71.

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