Page images
PDF
EPUB

Si je dois craindre de neil'avoir pas rempli d'une façon qui le rende digne d'être présenté à un Ministre auquel on ne doit rien offrir de médiocre , je dois être rasuré par les bontés dont vous m'honorez, & qui me font espérer que vous voudrez bien pardonner ce qui pourroit manquer du côté des talens , en faveur du zéle qui m'a animé, & du parfait refpect avec lequel j'ai l'honneur d’être,

[ocr errors][merged small][merged small]

ciju Votre très-humble & très-obéiffant

130 sh olos!", 57

serviteur, PECQUET.

in

PRE FACE

L

'HISTOIRE fournit une infinité de preuves de l'at

tention que l'on a apporté de tout tems à la conservation des Forêts. Mais, selon les différens âges , cérte attention a eu une étendue, des principes & des objets différens. La conservation de la Chasse en a été un des premiers & des plus anciens mobiles. Cet exercice fut de tout tems recommandable à nos Rois. Peut-être fut-il encore accrédité par de prétenduës découvertes miraculeuses ausquelles quelques Historiens anciens ont rapporté que la Chasse avoit donné lieu. Tel l'indication des passages d'une rivie re dont les Guais inconnus ne permettoient pas à Clovis d'attaquer Alaric; tel la découverte des Corps des Saints Denis , Rustic & Eleuthere.

Nos Rois, tels que Clovis , Dagobert , Charlemagne, Louis le Débonnaire & beaucoup d'autres , avoient différens endroits de Chasse marqués pour les Saisons de Printems & d'Automne. C'étoient les amusemens qui précédoient ou suivoient les occupations de l'Eté, presque toujours alors occupations Militaires. Nos Rois étoient extrês mement jaloux de la conservation de la Chasse. On en trouve des preuves entr’autres sous le Régne de Gontran, qui, au rapport de Gregoire de Tours ; fit mourirson Chambellan pour avoir tué un Sanglier dans une de ses Forêts. Sévérité excessive blâmée dès-lors par les Historiens sensés ; modérée peu-à-peu à des peines afflictives moins séveres, abolie même enfin sous le Régne'de Louis XIV. La même attention sur la conservation des lieux de

Challe, pärolt encore dans un des Capitulaires de Charles le Chauve, donné en 877 à Kiersi-fur-Oise , par lequel Article XXXII. il 'fixe à Louis son fils les Forêts dans lefquelles il lui permet de chasser; & par

l'Article XXXIII. ordonne à Adelemus de se faire rendre compte de la quantité de Fauves que Louis son fils auroit tué en chaque Forêt.

Des vues d'æconomie ont été un second motif de l'attention que nos Rois ont donnée à la conservation des Forêt. Ut pastiones haberent , disent les Actes qui nous restenţ de ces tems-là. En effet, nos Rois avoient en beaucoup d'endroits des Domaines particuliers appellés Villæ Regiæ, ou Foreste Dominicum , qu'ils faifoient administrer par des Officiers particuliers sous le nom de Juges. Nous avons du Régne de Charlemagne & de celui de Louis le Débonnaire, plusieurs Capitulaires qui contiennent les détails particuliers de l'aménagement qu'ils vouloient que l'on fit de leurs Métairies Royales, jusques à déterminer les genres de Fleurs, de Légumes , d'Arbres fruitiers qu'ils vouloient qui y fussent, les especes de - bestiaux qu'ils vouloient

élevât. Ils y recommandoient particulierement la conservation de leurs Forestæ ; Mot générique qui comprenoit alors les Etangs Royaux pour le poisson, en même tems que les Bois pour les engrais. C'est ce qu'on voit dans la dotation de l'Abbaye de Saint Germain des Prés , par Childebert, où la Pêche de la Seine vis-à-vis le Bourg d'Isis, à présent Issy, est désignée par le mot de Foresta; & par une Lettre de Zwéntibold, par laquelle il donne à un Monaftere de Flandres, Forestam suam

super fluvium Mofellæ ; c'està-dire, son droit de Pêche sur la Moselle. Le même mot Foresta se trouve employé dans les Chartes par lesquelles Charles le Chauve donna à l'Abbaye de Saint-Denis, la Seigneurie de Cannoche, avec la Forêt des Pêches de la

ce que

Seine, & à l'Abbaye de Saint-Benigne de Dijon la Forêt des Poisons de la Riviere d’Aische.

Ce n'étoit pas pour l'espece du Bois que nos Rois avoienç en vue la conservation des Forêts; il étoit alors trop commun & de trop peu de valeur ; & l'on voit même dans un des Capitulaires de Charlemagne de l'an 802, que ce Prince ordonne à ses Juges de faire défricher , s'il y a lieu, & ubi locus fuerit ad stirpandum,.

ftirpare faciant Judices. C'est dans la fin du douziéme siécle on appelloir Deaforestare, ainsi qu'on le voit dans une Concession d'Edouard I. Roi d'Angleterre, dont nous parlerons ci-après plus au long, parce qu'elle donne des indications détaillées de l'administration des Forêts en ce tems-là.

Le même principe de peu de valeur deç Bois qui donnoit lieu à ordonner des défrichemens, faisoit défendre les nouvelles plantations de Bois. C'est ce que nous voyons dans deux Capitulaires de Louis le Débonnaire. Le premier, de Forestibus noviter institutis , qui s'exprime ainsi : Ut quicumque illas habet, dimittat nisi forte judicio veraci ostendere poffit quod per jussionem seu permisionem Domini Caroli genitoris nostri eas instituisset. Et le second , de Forestibus dominicis , dont voici les termes : Ut comitibus denuntient ne ullam Forestam noviter instituant & ubi noviter institutas sine nostra jussione invenerint , dimittere præcipiant.

Ces deux Capitulaires ont été allégués dans le temps par ceux qui prétendoient que le droit de Tiers & Danger sup primé, comme on le verra dans le cours de cet ouvrage, n'étoit ni royal, ni général & universel.

La Régie de ces anciennes Economies Royales a fait l'objet de différens Capitulaires rassemblés entr'autres par M. Baluze. Charlemagne, dans celui qui vient d'être cité, ordonne Article XXXVI. Ut silvæ & Forestæ noftræ bene sint

1

custoditæ & feramina noftra intra Forestes bene custodiant, dit-il en parlant de ces Juges ou Economes , fimul accipitres & spervarios assidue provideant. Dans le foixante-einquiéme Article du même Capitulaire , il ordonne : Ut pif ces de vivariis noftris venundentur &alii mittantur in locum , ita ut pisces semper habeantur.

On voit par l'Article XLVII. de ce même Acte, que ces Juges n'étoient que de simples Administrateurs, & qu'ils avoient alors des Supérieurs dans la personne de quelques Officiers résidens à la Cour du Prince. Leurs titres & leurs fonctions en ce genre y font clairement expliqués en ces termes : Ut Venatores noftri& Falconarii qui nobis in Palatiô afsidue deserviunt , confilium in noftris villis habeant fecundum quod nos aut Regina per Litteras jusferimus.

Ces termes établissent la preuve que ces Officiers alloient dans les Provinces , & y portoient aussi ou exécutoient les ordres du Roi ou de la Reine, pour ce qui concernoit l'administration de ces Biens Royaux. La fin de ce Capitulaire fait voir qu'ils étoient aussi en quelque subordination d'Officiers encore fupérieurs, puisqu'on y trouve ces mots : Quando ad aliquam utilitatem eos miserimus aut Seniscalchus & buricularius de nostro verbo eis aliquid facere præceperint.

Le Capitulaire de l'an 813 fait voir que ces Administrateurs n'avoient pas seulement le nom de Juges , & qu'on les appelloit aussi Foreftarii; nom correspondant à la double fignification de Forefta. Charlemagne y dit Article XVIII.de Forestis; Ut Forestarii bene illas , deffendant fimul & custodiant bestias & pifces.

Nous tirons encore plus de lumiere fur cette partie d'adminiftration, d'un Capitulaire du même Prince de l'an 819, qui Article XXII.contient ces termes :Ut Miffi noftri ubicumque fuerint ,de Forestibus noftris diligentissimè inquirant

« PreviousContinue »