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état d'arrêter un vaisseau dans sa course : c'est ce que nous attestent Aristote, Pline, Plutarque, Elien et plusieurs autres. S'il est vrai que la rémore est notre succet, ce petit poisson est bien éloigné d'opérer un pareil prodige. I a sur la tête, et même un peu avant sur le cou, une membrane cartilagineuse plate et ridée, par le moyen de laquelle il s'applique et se colle étroitement au dos des requins et des chiens de mer, et sans doute à des choses inanimées, puisqu'on le voit s'attacher quelquefois au bois sur le pont d'un vaisseau. Il y en a certainement de deux espèces, qui diffèrent en grandeur et en couleur, mais qui ont à peu près la même forme. Ils n'ont point d'écailles, et leur peau est gluante et visqueuse, comme relle des anguilles. Ceux de la plus grande espèce sont communément longs de deux ou trois pieds, et ont le dos d'un brun verdâtre, qui s'éclaircit un peu sur le ventre. La longueur des autres ne passe pas celle des harengs. Il est très-certain que ces poissons s'attachent souvent aux vaisseaux, et ils peuvent devenir un obstacle à la course de ces édifices flottants, lorsqu'ils s'y trouvent en grand nombre. Voilà l'ancien prodige de Ja rémore réduit à sa juste valeur.

SUFFETE (mot punique qui, comme l'hébreu schofet, signifie juge). On appelait ainsi, chez les Carthaginois, les deux prineipaux magistrats de la république qui étaient élus parmi les sénateurs les plus distingués par la naissance, par la richesse et par les talents. Leur autorité ne durait qu'un an, comme celle des consuls romains; leurs fonctions étaient purement civiles, et il ne paraît pas que les suffètes fussent chargés du commandement des armées, pendant leur magistrature: cependant Annibal, Himilcon et Magon ont commandé les armées des Carthaginois, dans le temps même qu'ils étaient revêtus de la dignité de suffête. SUFFRAGANT. Ce mot signifiait autrefois, souple, modeste, civil; mais actuellement il n'est plus en usage que pour marquer le ressort de la juridiction ecclésiastique on dit, un tel évêque est suffragant de tel archevêque; parce que les appels des sentences de l'officialité et des refus de visa dans cet évêché se relèvent à l'archevêché, etc.

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SUFFRAGE. Déclaration qu'on fait de son sentiment, de sa volonté, et qu'on donne, soit de vive voix, soit par écrit ou autrement, à l'occasion d'une élection, d'une délibération.

Le peuple à Lacédémone avait une manière toute particulière de donner ses suffrages. Pour autoriser une proposition, il faisait de grandes acclamations, et pour la rejeter, il gardait le silence; mais en même temps, afin de lever tous les doutes en fait d'acclamations ou de silence la loi ordonnait à ceux qui étaient d'un avis de se placer d'un côté, et ceux de l'opinion contraire de se ranger de l'autre ; ainsi, le plus grand nombre étant connu, décidait la pluralité des suffrages sans équivoque et sans erreur.

Chez les Athéniens le peuple opinait de la main dans les affaires d'Etat, et par suffrage secret ou par scrutin dans les affaires criminelles.

Les Romains donnèrent d'abord leurs suffrages de vive voix dans les affaires de la république, et le suffrage de chacun était écrit par un greffier à la porte du clos fait en parc, et qui se nommait ovile. Cet usage dura jusqu'en l'année 615 de la fondation de Rome. Alors, le peuple jeta dans l'urne son bulletin où était écrit le nom de celui qu'il voulait élire.

Les Anglais donnent leurs suffrages avec la main dans les assemblées populaires ; au parlement par oui ou par non, et dans les circonstances équivoques, en faisant sortir de la salle ceux qui sont contre le bill; deux membres sont chargés de compter ceux qui sortent et ceux qui restent.

En France, on a généralement opiné dans les assemblées délibérantes par levé et par assis; aujourd'hui on donne son suffrage par la voie du scrutin secret.

Les Américains ont une manière particulière de donner leurs suffrages; chaque membre est muni d'un écran, dont une surface est blanche et l'autre noire; la différence des écrans blancs et des écrans noirs décide la pluralité.

SUICIDE (du latin suicidium, pour sui cædes, le meurtre de soi-même). — La loi romaine distingue les différentes causes qui portent l'homme à se donner la mort. Elle ne punissait point cette action lorsqu'elle avait été faite par ennui de la vie, par faiblesse d'âme, ou par impuissance de souffrir la douleur; mais celui qui s'était tué par désespoir du crime était coupable. Ses biens étaient confisqués, pourvu que le criminel eût été poursuivi en jugement, ou pris en flagrant délit. Lorsque le suicide n'avait point été consommé, par l'empêchement qu'on y avait mis, celui qui avait vainement tenté de se défaire lui-même, était puni du dernier supplice: il était jugé infâme pendant sa vie, et privé de la sépulture après sa

mort.

Cette distinction de la loi tenait à la manière de penser des Romains, à leur coutume. Du temps de la république, cette action chez les historiens est toujours prise en bonne part; du temps des premiers empereurs, les grandes familles de Rome furent sans cesse exterminées par des jugements, et la coutume s'introduisit de prévenir la condamnation par une mort volontaire. Parmi les causes de cette coutume, on peut remarquer, dit Montesquieu, le progrès de la secte stoïque, qui portait au suicide; l'établissement des triomphes et de l'esclavage, qui firent penser à plusieurs grands hommes qu'il ne fallait pas survivre à une défaite; l'avantage que les accusés avaient de se donner la mort plutôt que de subir un jugement, par lequel leur mémoire devait être flétrie et leurs biens confisqués.

Le Christianisme, d'accord avec la raison, a fait du suicide le vlus lâche des crimes.

Les Etablissements de saint Louis prononcent la confiscation des biens de ceux qui se pendent, se noient ou se tuent en aucune manière; et l'ordonnance de 1070, titre 22, article 1. porte que le procès pourra être fuit au cadavre ou à la mémoire du défunt, pour homicide de soi-même. Le parlement de Paris condamnait les cadavres des homicides d'eux-mêmes à être traînés sur une claie, de la prison à la place publique, la face tournée contre terre, attachés par les pieds au derrière d'une charrette, et ensuite pendus par les pieds. Il prononçait aussi la confiscation des biens de ceux qui s'étaient homicidés. Lorsque le procès qu'on faisait au cadavre et à la mémoire de quelqu'un qui s'était homicidé pouvait être instruit et jugé en peu de temps, on conservait le cadavre pour lui faire en quelque sorte supporter la peine due à un si grand crime; mais cet usage n'était pas fondé sur le principe que le cadavre fût absolument nécessaire pour toute l'instruction et le jugement du procès. Les peines ne se prononçaient, et ne s'exécutaient sur le cadavre que pour l'exemple, et afin de détourner de commettre de pareils crimes par l'horreur du spectacle.

Mais lorsque quelque raison, comme celle de l'infection que le cadavre pouvait causer, empêchait de le garder, alors la loi qui n'exigeait rien d'impossible, n'assujettissait point à cette conservation: son esprit était rempli, en faisant le procès à la mémoire. C'est ce que marquait l'ordonnance crimi nelle, dans l'article 2 du titre 22, qui porte que le juge nommera d'office un curateur au cadavre du défunt, s'il est encore existant, sinon à sa mémoire. Ainsi, lorsque le cadavre ne pouvait être conservé pendant tout le temps de l'instruction, les premiers juges pouvaient ordonner qu'il serait inhumé.

SULTAN. Ce mot est arabe et signifie empereur ou seigneur souverain. On croit qu'il vient de selatat, conquérant, puissant. Le mot de sultan, tout court, ou précédé de l'article el désigne l'empereur des Turcs; cependant le titre de padischah est réputé supérieur; les Tures appellent donc le sultan Padischah Alem-Penah, c'est-à-dire, empereur le refuge et le protecteur du monde; ils le nomment encore Aliothman Padischah, scit empereur des enfants d'Otham.

Le fils du khan de la Tartarie-Crimée portait le nom de sultan, qui est également adopté par plusieurs princes d'Afrique et d'Asie.

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Chez les Turcs le mot sultanum ou petit sultan est un terme de politesse qui correspond à celui de monsieur parmi nous.

Le sultan des Turcs est despotique, et peut, suivant la doctrine des musulmans, mettre à mort impunément quatorze personnes par jour sans être accusé de tyrannie, parce qu'il est censé agir par des inspirations divines. Ces singuliers docteurs en exceptent cependant le parricide et le fratricide, qu'ils mettent au nombre des crimes. Cette exception n'empêche pas quel

quefois les empereurs d'immoler leurs frères à leur sûreté; au moins les retiennentils souvent renfermés dans une étroite prison. Tout absolu qu'est ce sultan, qui fait voler les têtes à son gré, il a souvent bien de la peine à sauver la sienne des fureurs du peuple et de la soldatesque effré née. Le lendemain de son avénement au trône, l'empereur turc se rend à un couvent situé dans un des faubourgs de Constantinople: là le scheik ou supérieur du monastère lui ceint un cimeterre, en lui disant: Allez, la victoire est à vous, mais elle ne l'est que de la part de Dieu. Personne n'est admis à baiser la main du sultan; le grand visir ne l'aborde qu'en fléchissant trois fois le genou droit, et en touchant ensuite la terre de sa main droite, et la portant à sa bouche et à son front. Il mange toujours seul, et l'on ne doit ni parler, ni tousser, ni éternuer en sa présence, pas même porter de chaussure. Ses décisions passent pour irrévocables; ses ordres sont reçus comme s'ils venaient de Dieu même; et les sentences par lesquelles il condamne à mort quelqu'un de ses sujets, sont conçues en ces termes: Tu as mérité la mort, et notre volonté est qu'après que tu auras accompli l'abdest (l'ablution), et fait le namaz ou la prière selon la coutume, tu résignes ta tête à ce messager, que nous t'envoyons à cet effet. Un officier qui n'obéirait pas sans hésiter à cet ordre, serait déshonoré et regardé comme un impie et un excommunié.

Čependant ce monarque despotique, sans les circonstances de la nécessité la plus urgente, n'oserait toucher au trésor public de l'Etat. Une pareille démarche occasionnerait bientôt une révolte, et peut-être entraînerait sa perte; mais il trouve d'assez grandes ressources dans son trésor particulier, grossi continuellement par la confiscation des biens des ministres, engraissés de la substance des peuples, et dont les immenses richesses sont le plus souvent des causes d'arrêts de mort.

SULTAN - CHÉRIF. Titre du prince qui gouverne la Mecque. Ce prince était d'abord soumis et tributaire du Grand Seigneur; mais, dans la division de l'empire musulman, la race du prophète se conserva la souveraineté et la possession de la Mecque et de Médine, sans être dans la dépendance de personne c'est depuis ce temps qu'on a donné à ces princes le titre de sultans chérifs, pour marquer leur prééminence.

Le chérif de la Mecque est reconnu en cette qualité par tous les mahométans, de quelque secte qu'ils soient; il reçoit, des Souverains de ces différentes sectes, des présents de tapis pour le tombeau de Mahomet. On lui envoie même pour son usage une tente dans laquelle il demeure, près de la mosquée de la Mecque, pendant tout le temps du pèlerinage des mahométans au tombeau du prophète. Ce pèlerinage dure dix-sept jours, pendant lesquels il est obligé de défrayer toute la caravane qui se rend chaque année à la Mecque, ce qui se monte

à des sommes considérables; car communément il n'y a guère moins de soixante et dix mille ames; mais il en est dédommagé par les présents que les princes mahométans lui font en argent.

SULTANE. On donne ce nom à celle de ses femmes que le sultan favorise particulièrement. La sultane régnanie est la première qui donne un enfant mâle au Grand Seigneur. On l'appelle ordinairement bujuk-aseki, c'est-à-dire la première ou la grande favorite. La sultane validé est la mère de l'empereur régnant, comme nous disions la reine-mère. Toutes ces sultanes sont renfermées dans le sérail, sous la garde d'eunuques noirs et blancs, et n'en sortent jamais qu'avec le Grand Seigneur, mais dans des voitures si exactement fermées, qu'elles ne peuvent ni voir ni être vues. Quand le Grand Seigneur meurt ou perd l'empire par quelque révolution, toutes ces sultanes sont confinées dans le vieux sérail.

SUMMANUS. Dieu des enfers, adoré par les anciens Romains, et qui avait la direction des foudres et des tonnerres qui se faisaient entendre durant la nuit, tandis que Jupiter dirigeait ceux qui grondaient durant le jour. Saint Augustin rapporte que le peuple de Rome avait eu plus de vénération pour ce dieu internal que pour le maître des dieux, jusqu'au temps qu'on bâtit à ce dernier le fameux temple du Capitole. Dans la fête qu'on célébrait à Summanus, au mois de juin, on lui immolait deux moutons noirs, ornés de bandelettes de même couleur, et on lui offrait des gâteaux de farine, faits en forme de roue, qu'on appelle summanalics.

SUOVETAURILIES. Sacrifices solennels que l'on faisait à Mars d'un bélier, d'un verat et d'un taureau. Ils étaient offerts pour la lustration du peuple, après le dénombrement du censeur; pour l'expiation des champs, des fonds de terve, des armées, des villes, et de plusieurs autres choses, pour les sanctifier, ou les expier, ou les purifier, et attirer la protection des dieux par cet acte de religion. Ces sacrifices étaient distingués en grands et petits dans les premiers, on immolait des animaux qui étaient parvenus à leur taille parfaite; dans les seconds, on sacrifiait un jeune verat, un agneau et un veau. S'il était question de purifier une ville, etc., on en faisait avec cérémonie trois fois le tour, et le verat était toujours sacrifié le premier, comme plus nuisible aux mois

sons.

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ployât jusqu'à cinquante. Les supplications publiques avaient beaucoup de ressemblance avec nos processions. Des enfants de l'un et de l'autre sexe, en assez grand nombre, nés libres, ayant encore père et mère, couronnés de fleurs et de verdure, ou tenant à la main une branche de laurier, ouvraient la marche et chautaient des hymnes à deux chœurs; les pontifes suivaient, et l'on voyait marcher, chacun à son rang, les magistrats, les sénateurs, les chevaliers, les plébéiens, tous habillés de blanc, avec les marques de leurs dignités Les danes n'étaient pas l'ornement le moins brillant de cette grande fête; elles paraissaient avec leurs plus superbes atours, mais séparées des hommes. Dans cet ordre majestueux, on allait se présenter devant les grands dieux, que l'on trouvait couchés sur des lits dressés exprès, ou debout devant des estrades, et qui semblaient respirer l'encens qu'on brûlait en leur honneur, ou recevoir l'offrande des victimes qu'on leur imInolait.

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SUPRALAPSAIRE. - Terme de théologie. qui se dit de ceux qui croient ou qui enseignent que Dieu, sans avoir égard aux bonnes et aux mauvaises œuvres des hommes, a résolu, par un décret éternel, de sauver les uns et de damner les autres.

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SUPREMATIE. Souveraineté du roi d'Angleterre sur son Eglise, dont il est regardé comme le chef. Cette suprématie fut établie par le roi Henri VIII, en 1534, après avoir rompu avec le Pape Clément VII, qui refusa de casser son mariage avec Catherine d'Aragon, comme étant incestueux et illégitime. Le roi, éperdument amoureux de la fameuse Anne de Boulen, répudia sa femme, épousa sa maîtresse, se sépara de l'Eglise, et défendit aux ecclésiastiques de son royaume d'avoir aucune communication avec la cour de Rome. Les moines furent chassés de leurs monastères; Henri VIII confisqua leurs biens à son profit; il augmenta ses revenus et sa puissance, et régna depuis avec une autorité dont aucun prince chrétien n'avait joui avant lui.

Le droit de suprématie consiste principalement dans les articles suivants: 1° Que l'archevêque de chaque province ne peut convoquer les évêques et le clergé, ni dresser des canons, sans le consentement exprès du roi. 2° Qu'on peut appeler de l'archevêque à la chancellerie du roi. 3° Le roi peut accorder des commissions à l'effet de visiter les lieux exempts de la juridiction des évêques ou des archevêques, et de là les appels ressortissent à la chancellerie du roi. 4° Les personnes revêtues des ordres sacrés ne sont pas plus exemptes de l'autorité des lois temporelles que les personnes séculières. 5° Les évêques et le clergé ne prêtent aucun serment et ne doivent aucune obéissance au Pape; mais ils sont obligés de prêter au roi le serment de fidélité et de suprématie.

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SURETE DE LA VIE. Autrefois la coutume des Orientaux était que lorsque deux personnes avaient bu ensemble, ou que quelqu'un avait bu devant un autre, ils se tenaient tous deux dans une égale sûreté de leur vie, et devenaient par là hôtes et amis, et pour ainsi dire commensaux.

Saladin, ayant fait quelques Chrétiens prisonniers, leur fit apporter à boire, comme un gage non équivoque que leur vie était en sûreté un d'eux, dont il avait à se plaindre, s'empressa de porter la main coupe, il l'arrêta et lui trancha lui-même la tête.

SURINTENDANT. Dans l'ancienne France titre de plusieurs grandes charges, et entre autres celle de surintendant des finances. Cette charge fut supprimée en 1661, après Fouquet, pour faire place à celle de contrôleur général qui avait la même autorité et les mêmes fonctions. En 1626, le titre de la charge de grand amiral fut changé en celui de grand maître, chef et surintendant de la navigation; mais, en 1683, il fut rétabli en faveur du comte de Toulouse. Ainsi le titre de surintendant ne resta que pour les bâtiments, les postes, et la musique du roi. Les luthériens appellent surintendants les chefs des diocèses de leur secte. SUZERAIN, SUZERAINETE. Ce mot, que l'on fait généralement dériver de Caesar, Cesarianus, ne dépendant que de César, n'ayant que César au-dessus de lui, signifie supérieur. On donnait autrefois la qualité de seigneur suzerain à celui dont un fief relevait. « Vers la fin de la seconde race,» dit le président Hénault, « un nouveau genre de possession s'établit sous le nom de tief. Les dues ou gouverneurs des provinces, les comtes ou gouverneurs des villes, les officiers d'un ordre inférieur, profitant de l'affaiblissement de l'autorité royale, rendirent héréditaires dans leur maison des ti

tres que jusque-là ils n'avaient posélés qu'à vie et ayant usurpé également et les terres et la justice, s'érigèrent eux-mêmes en seigneurs propriétaires des lieux dont ils n'étaient que les magistrats, soit militaires, soit civils, soit tous les deux ensemble. Par là fut introduit un nouveau genre d'autorité dans l'Etat, auquel on donna le nom de suzeraineté; mot, dit Loyseau, qui est aussi étrange que cette espèce de seigneurie est absurde. »>

SYCOPHANTE (du grec sukon figuier, et de phaino, dénoncer; littéralement, dénonciateur de figuiers). On appelait sycophantes, chez les Athéniens, les dénonciateurs de ceux qui transportaient des figuiers hors de l'Attique; et la raison de cette dénomination venait de ce que le territoire d'Athènes, sec et aride, ne produisant guère que des olives et des figues, une loi défendait l'exportation des figuiers, et autorisait la dénonciation de ceux qui l'enfreignaient. Mais comme souvent ces sortes de dénonciations étaient de pures calomnies, le mot de sycophante devint synonyme de calomniateur; et, depuis, on a continué d'appeler de ce nom les délateurs, les faiseurs de faux rapports, surtout dans les maisons des princes.

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SYLVE. Espèce de chasse qui faisait souvent partie des divertissements publics des Romains. On formait dans le cirque une forêt artificielle avec de grands arbres, et on y lâchait quantité de bêtes, que le peuple poursuivait à la course, et qu'il fallait prendre vives c'est pour cette raison qu'on n'y lâchait point d'animaux féroces, comme dans les jeux du Pancarpe. L'empereur Gordien fit cependant lâcher dans une pareille forêt deux cents cerfs, trente chevaux farouches," cent chèvres, dix élans, cent taureaux, trois cents autruches, trente ânes sauvages, cent cinquante sangliers et deux cents chèvres. sauvages.

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SYMBOLE. Ce mot, qui en grec veut dire signe, signifie chez les Chrétiens une formule de profession de foi. L'Eglise reconnaît quatre Symboles, savoir le Symbole des apôtres, celui du concile de Nicée, celui de saint Athanase, et celui du concile de Constantinople. Le Symbole des apôtres es! composé de douze articles; il fait partie de nos prières journalières, et, suivant le témoignage de tous les Pères, ces saints disciples du Sauveur le rédigèrent vers l'an 36 de l'ère vulgaire, avant de se séparer pour aller prêcher l'Evangile aux nations. Jusqu'au temps de saint Grégoire le Grand, suivant l'observation de Fleury, on ne récita pas le Symbole à la Messe de l'Eglise de Rome, parce que cette Eglise, n'ayant été infectée d'aucune hérésie, n'avait pas besoin de faire profession de sa foi. On le récitat ordinaire

ment avant le baptême, et en plusieurs enz droits on le prononçait publiquement sur le jubé, en présence du peuple assemblé. Le Symbole de Nicée fut publié par ordre du premier concile général, tenu en cette ville l'an 325, sous Constantin, contre l'hérésie des ariens. Timothée, patriarche d'Alexandrie, introduisit l'usage de chanter ce Symbole à la Messe, vers le vr siècle. Le Symbole attribué à saint Athanase est inséré dans l'Office divin, à la fin de Prime, et contient la plus parfaite expression de la foi de l'Eglise catholique contre l'hérésie des ariens. Le Symbole de Constantinople est conforme à celui de Nicée, et on y ajouta seulement, Far forme d'explication, ce qu'on venait de définir dans ce concile, touchant le SaintEsprit, dont Macédonius niait la divinité.

SYMBOLES.-Ce sont certaines marques, attributs et figures, qui se voient sur les médailles, pour caractériser certains hommes ou certaines divinités, ainsi que les royaumes, les provinces et les villes.

En général, l'haste, qui est un javelot sans fer, ou plutôt un ancien sceptre, convient à toutes les divinités, parce qu'il signifie la providence et la bonté des dieux; et cette coutume d'en donner à toutes les déités vient de la superstition des anciens, qui, dès le commencement du monde, dit Justin, avaient adoré le sceptre comme les dieux mêmes.

La patère, dont on se servait dans les sacrifices, se voit dans la main de tous les dieux, pour montrer qu'on leur rendait des nonneurs divins, dont le sacrifice est le prinCipal, et elle se trouve à la main des princes, pour marquer la puissance sacerdotale avec l'impériale.

La corne d'abondance se donne aux divinités, aux génies, aux héros, pour marquer les richesses et la félicité qu'ils procurent; s'il y en a deux, cela témoigne une abondance extraordinaire.

Le caducée signifie la bonne conduite, la paix, la félicité. Le bâton marque le pouvoir, les deux serpents la prudence, et les deux ailes la diligence, toutes qualités nécessaires pour réussir dans les entreprises.

Le thyrse, qui est un javelot entouré de lierre et de pampre, est le symbole de Bacchus, et caractérise la fureur que le vin inspire.

On reconnaît Jupiter à la foudre qu'il tient à la main et à l'aigle qui est à ses pieds; Apollon à sa harpe et à une branche de laurier. Deux mains jointes peignent la concorde, les alliances, l'amitié. Un gouvernail posé sur un globe entouré de faisceaux désigne la puissance souveraine. Les boucliers signifient les voeux publics rendus aux dieux pour la conservation des princes.

Un vaisseau en course annonce la joie, le bon succès, l'assurance; le boisseau, d'où il sort des épis de blé et des pavots, le retour de l'abondance après un temps de famine. Un bâton tourné par le haut, en forme de crosse, est la marque des augures. Un bonnet

surmonté d'une pointe croisée sur le pied, avec deux pendants que les Romains nommaient apex et filamina, peint la dignité sacerdotale et pontificale. La chaise curule représente la magistrature. Un ornement de vaisseau recourbe, soit à la poupe, soit à la proue, marque les victoires navales. Un char traîné par des chevaux, des lions ou des éléphants, veut dire le triomphe ou l'apothéose des princes. Le masque est le symbole des jeux scéniques que l'on donnait au peuple.

Neptune se reconnaît par le trident et le dauphin; Junon, par le paon; Esculape, par le serpent; le dieu Lunus, par le croissant, dont il a les épaules chargées, et par le bonnet arménien qui lui couvre la tête; Latone, mère de Diane, par un coq; Cybèle, par sa couronne de tours et les lions qui sont à ses pieds; Isis, par une étoile et une fleur sur la tête; Cérès, par la couronne d'épis, par le char que trafnent des serpents, et par les flambeaux allumés au mont Etna, pour chercher Proserpine; et Proserpine, par une grenade, dont elle avait mangé quelques grains dans l'empire de Pluton.

Diane s'annonce par le croissant, par l'arc, par le carquois, par l'habit de chasseresse et par le char où des cerfs sont attelés. Minerve a pour symboles le chat-huant et le serpent. Vénus se connaît par la pomme que Pâris lui adjugea, par son fils Cupidon, et par un gouvernail, pour désigner le pouvoir de famour. Vesta est ordinairement représentée assise, ou debout tenant d'une main le palladium, et de l'autre une patère. Mars est figuré avec le casque et la cuirasse, tenant une pique d'une main et un trophée de l'au tre. La paix se fait connaître par une branche d'olivier; et la Providence, par une baguette dont elle semble toucher un globe.

La Piété, couverte d'un grand voile, tient en main un temple ou une boîte d'encens à jeter sur un autel, avec une cigogne à ses pieds. La Liberté tient d'une main le bonnet, parce que les esclaves allaient toujours tête nue, et de l'autre une baguette nommée vindicta, dont le préteur touchait les esclaves, pour les tirer de la servitude et du pouvoir de leurs maîtres.

La Libéralité porte une tablette carrée pour figurer celle dont on se servait pour écrire ce que le prince faisait distribuer de blé ou d'argent; la Clémence tient une branche d'olivier; la Noblesse une haste, parce qu'elle nous rapproche des dieux, et une petite image, parce qu'on consacrait celle de ses ancêtres; la Pudicité est couverte d'un voile, et a le doigt sur la bouche; la Sécurité est assise négligemment sur une chaise, la tête appuyée sur la main; la Fortune tient souvent un gouvernail, parce que les païens prétendaient que tout était gouverné par le hasard; la roue qu'elle a près d'elle annonce son inconstance, et la corne d'abondance, qu'elle porte à la main, signifie qu'elle répand aveuglément tous les biens; la Valeur se voit sous la figure d'une femme casquée. !enant en main une

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