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boisement comme une mesure impossible, ou inconciliable avec notre régime économique'.

Mes efforts doivent tendre à recueillir laborieusement tous les faits qui se rattachent à cette question difficile et complexe, à apprécier ainsi, s'il est possible, l'utilité réelle des forêts d'après les fonctions diverses qu'elles peuvent remplir, et à déterminer la place naturelle qu'elles doivent occuper dans l'ordre économique des sociétés actuelles.

Dans cet objet, je me propose de traiter les questions suivantes :

En premier lieu, les forêts situées à des zones plus ou moins élevées exercent-elles une influence appréciable sur les phénomènes météorologiques ? Doit-on attribuer au déboisement, résultat inévitable de la civilisation, des changements notables dans le climat et dans l'état hygrométrique de l'atmosphère ? Doit-on, enfin, lui attribuer la diminution des eaux qui surgissent ou qui coulent à la surface de la terre, et, spécialement dans les montagnes, ces irruptions irrégulières et soudaines des torrents qui envahissent les vallées et portent au loin leurs ravages dans des campagnes naguère florissantes ?

(1) Voir les rapports de M. le directeur général et de M. Beugnot à l'Assemblée législative sur le défrichement des bois, de plaines.

En second lieu, la production forestière, si elle est utile, doit-elle être abandonnée aux chances d'une liberté qui peut lui être fatale ? Par sa spécialité, par les besoins variés auxquels elle doit satisfaire, par les fonctions diverses qu'elle remplit, n'est-elle pas digne d'une attention particulière? N'est-il pas possible, par une répartition et une appropriation plus intelligentes des diverses cultures, de lui réserver une place en rapport avec sa destination?

En troisième lieu, enfin, quels sont les moyens d'exécution à adopter pour préparer et assurer la grande mesure du reboisement, et concilier l'intérêt forestier avec des intérêts aujourd'hui rivaux ?

LIVRE PREMIER

CHAPITRE PREMIER.

De la météorologie. - De la périodicité des phénomènes

atmosphériques, et de l'influence des circonstances locales.

į Les instruments météorologiques n'ont été découverts que vers la fin du siècle dernier, et ce n'est que depuis peu qu'ils ont acquis ce degré de précision qui inspire la confiance. Encore n'a-t-on pu obtenir des moyens certains d'appréciation pour deux ordres de faits : l'évaporation, et la vitesse des vents. Ainsi les observations météorologiques, trop récentes et trop peu nombreuses, ne peuvent servir de base certaine à des inductions théoriques.

Elles ont également trop peu d'étendue. Elles n'embrassent qu'un certain nombre de points de comparaison; les points intermédiaires ont été négligés. On s'expose à des chances fréquentes d'erreur, lorsqu'on veut étendre à des contrées entières les observations qu'on a recueillies sur un point isolé : une faible distance suffit souvent pour changer le climat. La température moyenne n'est calculée que dans les villes, où les abris, la réverbération, l'exposition la modifient profondément; c'est égalemen dans les villes, situées en général dans de grands bassins ou sur le bord de grandes rivières, que les moyennes de pluie sont constatées. Il en résulte que l'état météorologique de la campagne dans la plaine, ou à diverses hauteurs couvertes ou dénudées, n'a pas été suffisamment étudié.

La météorologie ne peut suivre les procédés ni les progrès de la physique. Le physicien renouvelle à son gré ses observations. Le météorologiste, en présence d'éléments dont il ne peut disposer, et de phénomènes dont la marche lui est souvent inconnue, est réduit à les étudier lorsqu'ils se présentent, sans pouvoir les reproduire : il ne peut appeler à son aide l'expérience. Il doit se borner à enregistrer et à classer les faits, et ce n'est qu'avec le temps et après des observations multipliées qu'il pourra arriver à des résultats généraux.

Comment, dans l'état de la science, et malgré les progrès dans lesquels elle est entrée depuis peu, pourrait-on aborder les deux questions posées en tête de ce chapitre ?

« La découverte de grandes périodes météorolo« giques, dit M. de Gasparin, où la température au« rait passé successivement du froid au chaud et « du chaud au froid," serait la découverte la plus « inattendue et la plus importante. Car, non-seu« lement elle ouvrirait la voie aux recherches sur la « périodicité des modifications de l'atmosphère, que « l'on n'a basée jusqu'à présent que sur de pures a hypothèses, mais encore elle expliquerait un grand « nombre de faits intimement liés à l'histoire civile « des peuples et à celle de leurs cultures. »

C'est dans ce but que M. de Gasparin a enregistré divers faits qui sembleraient indiquer dans la marche et dans la fréquence des vents (phénomènes qui influent sur le climat d'une contrée) certaines périodes qui reproduisent la prédominance de courants d'air venant de certains rumbs, et qui, après un règne plus ou moins long, sont remplacés par des courants venant d'autres directions. Ainsi M. Cesaris, ayant analysé les observations de Milan de 1763 à 1838, a trouvé que la direction moyenne avait marché continuellement de l'est au nord d'environ un degré par an. Schouw a reconnu qu'à Copenhague la direction moyenne avait tourné de l'ouest au nord de 1765 à 1800. D'après les résultats de Cottes, à Paris, elle a marché jusqu'à la fin du siècle dernier de l'ouest. au nord, et d'après les observations de M. Bouvard, insérées dans les Mémoires de l'Académie, elle rétrograderait du nord à l'ouest.

Ces faits, quoique dignes de mention, ne peuvent être admis que comme un indice au milieu des incertitudes qui planent sur la question..

Que les phénomènes atmosphériques soient assujettis à de grandes périodes, ou qu'ils suivent une

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