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Paris. - .. DE COYB et Fils, imprimeurs, place du Panthéon, á.

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PFr 1411

Harvard College Library

Sept. 6, 1912
Mirot fund

LE

CORRESPONDANT

LÉONCE DE VOGUÉ

Un nouveau deuil, une nouvelle douleur vient nous frapper aujourd’hui. Notre modeste et amical cénacle du Correspondant voit disparaître, l'un des plus anciens, et nous pouvons le dire, le plus fidèle et le plus dévoué de ses amis. Sans mettre son nom au bas de nos pages, M. de Vogué était l'âme de notre cuvre; il la soutenait de ses dons, de ses conseils, de son zèle et de son énergie. Il était là ce qu'il était ailleurs ; - ce qu'il fut dans sa vie militaire, (car ses premiers pas s'étaient faits sous les drapeaux et la révolution de 1830 seule l'en avait éloigné); — ce qu'il fut dans sa vie d'agriculteur et d'industriel (nul genre d'activité, ni de combat pour le bien ne lui fut étranger); — ce qu'il fut surtout dans les assemblées législatives où il fut appelé après 1848 et après 1870. Il était, en effet, un de ces hommes que le pays peut oublier en ses jours de sécurité ou de folie, mais auxquels il revient dans les jours du péril et du repentir; qu'il met de côté quand il a une révolution à faire, mais qu'il rappelle quand il a peur de la révolution qu'il vient de faire. Oui, il a été partout s'homme du devoir, l'homme du dévouement, l'homme énergique dans le bien et pour tous les genres du bien.

Cen'est pas le lieu de raconter ici en détail cette vie qui a été, on peut le dire, et si une et si diverse ; si diverse par la diversité des situations qu'il a occupées et des devoirs qu'il s'est imposés, si une par cette énergie de foi et de patriotisme qu'il a portée en toutes choses. Elle mérite d'être plus tard rappelée à nos souvenirs, après une réflexion plus mûre et une recherche plus prolongée; car il y aura certainement beaucoup à trouver dans les secrets d'une si belle vie. Disons seule

N. SÉR. T. LXXII (cvino DE LA COLLECT.). 1re Liv. 10 JUILLET 1877. 1

pour lui,

ment que celui qui depuis longtemps malade, pendant les derniers jours de l'assemblée de 1871, se faisait péniblement traîner à Versailles pour remplir son devoir de député et sauver la France si elle pouvait être sauvée; que celui (qu'on nous pardonne ce souvenir de famille) qui présidait encore il y a bien peu de jours, de son lit de malade, une réunion de rédacteurs du Correspondant, est mort comme il a vécu, en vrai chrétien, souffrant avec patience et avec courage, conservant jusqu'au bout la lucidité de son esprit, et s'endormant après cette dernière parole : « Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon caur ! »

Ne nous plaignons pas trop; Dieu nous afflige en nous l'òtant, mais il le récompense. Il était juste, qu'après cette vie si pleine, si laborieuse, si passionnée pour la patrie et pour l'Eglise, ce « bon serviteur entrât dans la joie de son Maitre. » Il était juste, osons le dire, que l'avenir redoutable qui s'ouvre devant nous fût fermé et qu'après avoir si courageusement porté les épreuves de trois quarts de siècle de révolutions, celles de demain lui fussent épargnées. Il nous manque dans cette lutte, mais il priera pour nous.

Est-ce pour multiplier de telles prières ? Est-ce pour épargner à ceux qui l'ont le mieux servi de nouvelles angoisses et de nouvelles douleurs, que Dieu fait tant de vides dans les rangs des hommes de bien? Les noms de Gouraud, de Carné, de Cazalès, de Charles de Vogué (car les deux frères coopéraient à notre œuvre) sont toujours vivants dans notre mémoire et c'est hier, ce me semble, que nous conduisions leur deuil. Et, en même temps que celui dont nous venons de parler, Dieu nous reprenait un autre de ses grands serviteurs, un homme, qui plus d'une fois, a coopéré à notre æuvre, l'homme par excellence de la charité intelligente, active, universelle, M. de Melun. Dieu veut-il nous laisser sans aide et sans soutien sur le bord de l'abîme? Non, Dieu sait ce qu'il nous faut. Personne ne lui est nécessaire; il n'a pas besoin pour défendre sa cause en ce monde, de retarder indéfiniment l'heure du repos pour ceux qu'il aime. Il les reprend et laisse d'autres venir. Auprès du lit de mort de notre ami, son fils n'était-il pas là? son fils, savant illustre, noble voyageur, et qui, ambassadeur de France à Vienne, est, à cette heure, on peut le dire, un des soutiens de la paix européenne. Dans cette noble famille, les dévouements succèdent aux dévouements, et je ne puis m'empêcher de rappeler ici que Léonce de Vogué avait déjà eu la gloire et la douleur de voir tomber un de ses fils, à la bataille de Reichoffen, auprès du maréchal de Mac-Mahon. L'homme de cæur sert doublement son pays et par ses propres vertus et par les vertus de ses enfants. Mais taisons-nous, de telles pensées peuvent rassurer; elles ne consolent pas. Dieu ne veut pas que nous soyons consolés, si ce n'est au ciel.

F. DE CHAMPAGNY,

de l'Académie française.

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