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aux auteurs des appréciations partiales et passionnées, dont il leur eût été bien difficile de se défendre dans le milieu où ils se trouvaient placés. Plusieurs eurent, à la vérité, le tort de spéculer sur l'esprit de dénigrement, maladie morale alors passée à l'état chronique.

La biographie d'un monarque contemporain, c'est presque le synonyme de mensonge. « La renommée, » dit Raynal au sujet de Frédéric II, roi de Prusse,

qui cependant n'existait plus, en parle rarement » sans passion; c'est le plus souvent d'après les » bassesses de la flatterie, d'après les injustices de » l'envie qu'ils sont jugés; les cris confus de tous les » intérêts, de tous les sentiments qui s'agitent et » changent autour d'eux, troublent ou suspendent » le jugement des sages mêmes. »

La biographie d'un prince non-seulement contemporain , mais encore vivant et régnant, c'est à plus forte raison , du moins en général, une impossibilité comme æuvre sérieuse : c'est presque toujours un pamphlet ou un panegyrique boursouflé de fades exagérations. Cependant, parmi les contemporains, celui qu'il importe le plus de connaître, c'est, sans contredit, le souverain qui tient dans ses mains les destinées de la patrie; c'est le seul moyen d'être en garde contre l'engouement ou contre le dénigrement systématique des flatteurs ou des ennemis politiques du pouvoir.

Malgré cet immense intérêt, qui doit être encore plus vivement senti dans les temps qui suivent une révolution récente, nous n'aurions jamais songé à

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entreprendre une œuvre de cette nature, si nous n'avions remarqué que, par un concours peut-être unique de circonstances, il est très-facile de mettre les lecteurs en mesure d'apprécier eux-mêmes l'empereur Napoléon III, en plaçant sous leurs yeux ses écrits politiques, ses discours, dépositaires de ses pensées intimes; ses actes, monuments palpables et inaltérables de ses tendances.

Peu de princes ont fait en aussi peu de temps autant de choses que Napoléon III. Cependant, et bien qu'il paraisse avoir adopté cette devise favorite du général Hoche : « Des choses et non des mots, » les écrits politiques qu'il a publiés avant son avénement au pouvoir et les discours qu'il a prononcés depuis cette époque, sur tant de questions diverses, forment une riche et précieuse mine où l'on peut puiser à pleines mains, et qui ne laisse rien à désirer pour ceux qui cherchent la vérité sans préventions, soit qu'on veuille se rendre compte des fautes auxquelles Louis-Napoléon a pu se laisser entraîner par suite de la faillibilité humaine et de la fougue d'une jeunesse dont la séve généreuse débordait; soit qu'on étudie les causes de cette étonnante supériorité qu'il a montrée dès son avénement au pouvoir', supériorité devant laquelle se sont inclinés les hommes d'État les plus consommés et à laquelle les souverains euxmêmes se sont plu à rendre hommage; soit qu'on désire découvrir et voir de près les ressorts vigoureux de cette politique affranchie des faux-fuyants de la dissimulation et des turpitudes de la duplicité et de la perfidie, de cette politique pleine de grandeur et -PROPOS. de philosophie, et, par conséquent, essentiellement nationale et humanitaire, qui, admirablement secondée par la bravoure française, a fait, comme par enchantement, récupérer au pays son ascendant légitime et les bienfaits d'une paix sans nuages.

Napoléon III a donc joint l'action à la parole et tour à tour la parole à l'action, mais (disons-le en passant) sans être pour cela infidèle à sa devise; car ses écrits, c'était son drapeau , et chacun de ses discours a eu,

dans les circonstances orageuses où il s'est trouvé, la portée d'un acte : témoin le discours de Bordeaux.

En dehors du but ci-dessus indiqué, que de pensées profondes d'une utilité pratique, que de hauts enseignements à l'usage de tous dans ces écrits et ces discours ! Quelle source de méditations dans le rapprochement que nous avons eu occasion de faire des grands principes politiques de Napoléon Ier avec ceux de Napoléon III !

Une dernière réflexion est venue achever de lever nos scrupules : c'est que l'Empereur des Français , lont la conduite politique a été consacrée par trois votes successifs de la nation entière, est exceptionnellement placé si haut que la critique la plus sévère ne saurait lui porter ombrage, et que de basses flatteries ne pourraient qu'être l'objet de ses suprêmes dédains; en sorte qu'il semble permis aux écrivains consciencieux de blàmer sans crainte et de louer sans courir le risque de passer pour de vils flatteurs.

Telles sont les considérations qui nous ont déterminé à publier cet ouvrage, dans lequel nous avons cru devoir reproduire les documents officiels susceptibles d'éclairer les questions les plus importantes qui ont surgi depuis la révolution de 1848, notamment celles relatives à notre intervention en Italie et en Orient. Nous avons aussi jugé à propos d'indiquer les noms des hommes qui ont été appelés à seconder l'Empereur; nous avons vu dans ces choix, qui, pour être convenables, exigent tant de perspicacité et de fermeté, un des éléments nécessaires pour apprécier complétement le caractère qui fait l'objet de nos études.

Puissent nos efforts et notre bonne foi nous concilier l'indulgence et surtout l'estime du lecteur!

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