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HISTORIQUES ET PARLEMENTAIRES

DU

COMTE DE PONTÉCOULANT.

LIVRE QUATRIÈME.

CONSULAT ET EMPIRE.

(1800 — 1814.)

CHAPITRE PREMIER.

Suites de la révolution du 18 Brumaire. M. de Pontécoulant revient à Paris.

Audience du Premier Consul. — Il refuse un portefeuille ministériel et un siége an Conseil d'Etat. — Ses raisons. — Il est appelé à la préfecture du département de la Dyle. – Etat déplorable des départements nouvellement réunis à la France par suite du traité de Campo-Formio. – Exactions exercées par les agents du Directoire dans ces provinces.- Soins apportés par le nouveau préset pour ramener l'ordre dans toutes les branches de l'administration. Protection donnée au rétablissement du culte catholique.- Réparatiou des voies de communication, sécurité rétablie sar leur parcours par la destruction des bandes de brigands qui les infestaient. - Mesures philanthropiqnes prises par le préfet de la Dyle, pour arriver à l'ertinction de la mendicité, et fondation de la maison centrale de Vilvorde, qui a servi de modèle à tous les établissements du même genre. · Adoucissements apportés à la législation des émigrés, facilités offertes aur émigrés de toutes les parties de la France pour rentrer dans leur patrie. Instructions données à ce snjet par le Premier Consul à l'insu de ses ministres. Visite du Premier Consul dans les départements réunis (juillet 1803). – Enthousiasme avec lequel il est accueilli par toutes les populations des anciennes provinces belges. Arrivée du Premier Cousul à Bruxelles, le 2 thermidor an XI (21 juillet 1803). Discours adressé par le préfet de la Dyle au Premier Consul, à son entrée dans la capitale de l'ancienne Belgique; réponse du Premier Consul. En témoignage de satisfaction pour la réception cathousiaste qui lui est faite, il consent à prolonger d'une semaine son séjour dans le chef-lieu du département de la Dyle. – Réception des corps constitués. Il annonce aux ministres du culte catholique un concordat basé sur la plus large interprétation des libertés de l'Église gallicane. - Promesse aux représentants de la magistrature d'un code civil et anı membres de l'instruction publique du rétablissement, sur de nouvelles bases, de l'ancienne université. – Visites aux ateliers et manufactures, - Sagacité admirable du génie de Bonaparte, son aptitude à saisir le but d'utilité dans toutes les branches des connaissances humaines. — Encouragements intelligents qu'il distribue aux industries spéciales à la Belgique. Protection particulière qu'il accorde aux manufactures de dentelles; ses raisons pour propager ce genre d'industrie; détails curieuı dans lesquels il entre à ce sujet. Le préfet de la Dyle préseute au Premier Consub un arrêté relatif à la radiation de la liste des émigrés, de quatrevingt-douze citoyens appartenant aux premières familles du Brabant. – Résistance du Premier Consul; ses 'motifs; intervention de Mme Bonaparte qui le détermine å siguer l'arrêté. – Travail relatif aux embellissements de la ville de Bruxelles, et destinés à la rendre la seconde ville de la République. Le Premier Consul quitte Bruxelles au milieu des témoignages enthousiastes de la reconnaissance publique. — Détails sur les fêtes qui lui ont été offertes pendant son séjour avec le concours des premiers artistes de la capitale, Talma, Me Contat, Mile Raucourt, etc. - Salons de la Préfecture. Administration préfectorale : M. Le Gras de Bercagny, secrétaire-général; M. de Jouy, autenr de la l'estale , chef de la fre division. M. de Pontécoulant est appelé à la dignité de sénateur par décret impérial du fer février 1805. – Il quitte Bruxelles pour retourner à Paris.

Témoignages de gratitude qu'il reçoit en partant de toutes les classes de la population.

M. de Pontécoulant était éloigné de Paris pendant que s'accomplissait la révolution du 18 brumaire. Retiré, comme nous l'avons dit, au fond de sa province, et cherchant dans la solitude et le travail l'oubli des maux qui pesaient sur son pays, il avait appris, avec une joie partagée par la France entière, le retour de Bonaparte. Il voyait sa patrie sur le bord de l'abîme et pensait que ce génie seul était assez puissant pour l'empêcher d'y tomber. Victime lui-même de la violation de la constitution au 18 fructidor, il n'aurait pu, s'il eût été consulté, ni approuver, ni encore moins conseiller le nouveau coup d'État qui venait de l'anéantir, et d'entraîner avec elle le pouvoir directorial qui lui avait porté les premiers coups. Il craignait avec raison que cet attentat commis par un homme d'un mérite si supérieur ne fût d'un funeste exemple, qu'il n'empêchât à jamais l'établissement en France de la vraie liberté, et que ce malheureux pays ne fût ainsi successivement entraîné, par des secousses violentes, de l'anarchie au despotisme et du despotisme à l'anarchie. Cependant personne ne sentait mieux que lui les vices de cette constitution de l'an 11, à la confection de laquelle il avait lui-même si puissament contribué, mais qu'il avait toujours regardée plutôt comme un essai que comme une oeuvre parfaite et durable. Les concessions que les auteurs avaient été obligés de faire aux idées démagogiques, toutes-puissantes encore à cette époque, avaient divisé le pouvoir en trop de mains, et créé entre ses dépositaires une jalousie et une opposition continuelles qui devaient avoir pour résultat inévitable de les séparer en deux camps, une majorité tyranniqye et une minorité opprimée. Ses idées, mûries par la méditation et par l'expérience, étaient donc arrêtées sur ce point, et il pensait que pour empêcher l'État de tomber dans une complète dissolution, vers laquelle il semblait courir, le seul moyen serait de concentrer le pouvoir en quelques mains habiles pour lui donner la force et l'énergie qui avaient manqué au Directoire; de rétablir ensuite l'ordre à l'intérieur en comprimant d'une main ferme et impartiale toutes les factions, et d'attendre des temps plus favorables pour achever l'æuvre de la liberté si glorieusement commencée en 1789, mais qui menaçait de périr sous l'épuisement même de la patrie.

Le gouvernement consulaire, que la révolution du 18 brumaire venait d'inaugurer, semblait devoir satisfaire à tous ces veux, qu'avait inspirés à M. de Pontecoulant son patriotisme aussi éclairé que désintéressé; il ne crut donc pas devoir, par des scrupules exagérés, contester plus que la France entière la légitimité de son origine; il l'accepta comme un fait accompli, sur lequel il serait désormais plus dangereux qu'utile de discuter et de revenir, et il pensa, avec raison, que c'était bien plus aux événements qui allaient en résulter qu'à de vains raisonnements qu'il appartiendrait de fixer le caractère que lui assignerait l'histoire. Jeune encore et plein de cette ardeur pour le bonheur et la gloire de son pays, que tant de déceptions n'avaient pu ni éteindre, ni affaiblir, il s'empressa donc de répondre à l'appel que le Premier Consul avait fait aux hommes éclairés de tous les partis, pour les convier à concourir avec lui au salut de la patrie. Il accourut à Paris et revit, encore une fois, dans la familiarité du tête-à-tête et dans les spanchements, d'une confiance intime, le jeune héros dont il allait être séparé désormais par les entraves de l'étiquette, et bientôt par les barrières que sa fortune, toujours croissante, allait élever entre le sujet et le souverain. Bonaparte témoigna en cette occasion à M. de Pontécoulant, comme il avait toujours fait depuis les premiers rapports qui avaient existe entre eux, une considération inspirée par l'estime qu'il avait conçue de son caractère loyal et désintéressé; personne d'ailleurs ne posséda jamais mieux que lui cet art si essentiel aux hommes que la Providence destine à gouverner leurs semblables, de savoir distinguer les qualités spéciales de ceux qu'ils appellent aux hautes fonctions administratives, et les placer dans les positions les plus convenables pour faire tourner ces qualités personnelles au profit de la chose publique. Il exprima à M. de Pontécoulant ses re

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