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ne pas suffisamment avertir, au cours des études, les jeunes gens qui se préparent à embrasser notre carrière, des écueils et des déboires qu'ils pourront y rencontrer.

Certains ont pensé, et ils ont eu raison, apporter un remède à cet état de malaise en fixant les règles de la déontologie médicale ; aussi un peu partout on expose et on discute les droits et les devoirs des médecins entre eux ou vis-à-vis de leurs clients. Certes l'étude de la déontologie a été pendant longtemps trop négligée; il est bon que le jeune médecin, lancé du jour au lendemain dans le tourbillon de la lutte, soit mis en garde contre les défaillances ou les compromissions,qui, si elles lui procurent quelque avantage temporaire, finissent toujours par jeter le discrédit sur lui-même et sur sa profession. Cependant la déontologie médicale n'embrasse qu'un côté de la question et la véritable cause de la crise extrêmement grave dont souffre notre profession me semble avoir quelque peu échappé aux observateurs.

La crise médicale tient à bien des causes :
Les progrès de la science, les découvertes de

Pasteur, la notoriété donnée par la Presse, non scientifique, à toutes les conquêtes vraies ou hypothétiques faites dans le domaine médical, ont entraîné un grand nombre de parents à faire embrasser à leurs enfants une carrière dans laquelle ils pensaient que leurs fils trouveraient honneur et profit.

Mais la plus grave de ces causes a son origine dans les changements survenus dans nos habitudes sociales, quelques-unes de celles-ci ont été sanctionnées par le Parlement; il a voté quelques lois qui apportent dans l'exercice de la médecine un trouble profond.

Ce sont là des courants qu'il est impossible de remonter et il faut maintenant que l'étudiant se fasse à cette conception, qu'il embrasse une carrière qui diffère singulièrement de celle que lui ont dépeinte les anciens.

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I. – AUGMENTATION DU NOMBRE

DES MÉDECINS

D'après la statistique du Ministère de l'Intérieur, il paraît qu'en 1847 il

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avait en France 18099 médecins, et 7456 officiers de santé, et l'on ne délivrait que 400 diplômes de docteurs par an.

Ce chiffre est certainement exagéré, car actuellement, alors qu'on délivre trois fois plus de diplômes, le nombre des médecins n'atteint pas 17,000. Du reste la statistique du Ministère de l'Intérieur, établie par les préfets, qui, jusqu'en 1893, enregistraient les déclarations des maires, est loin de présenter les mêmes garanties que celle du Ministère de l'Instruction publique. En effet la délivrance du diplôme de Docteur donne lieu à une perception fiscale et aucune erreur n'est possible.

Pour faire comprendre les conditions dans lesquelles se trouve actuellement l'exercice de la médecine, j'ai dressé le tableau suivant. Il donne le nombre des diplômes de docteur délivrés par le Ministère de l'Instruction publique de 1829 à 1901, et celui des docteurs survivants depuis cette époque, portés sur les annuaires comme exerçant actuellement la médecine. Ceux-ci sont classés d'après la date à laquelle ils ont obtenu leur diplôme. Le tableau ne comprend que les docteurs exerçant en France, non compris l’Algérie.

Nombre des diplômes de docteurs

Nombre des docteurs survivants

exerçant en 1902 classés d'après la date

de leur diplôme

20 112

625 1,369 2,717 3,829

1829-1838 1839-1848 1849-1858 1859-1868 1869-1878 1879-1888

1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 1901

3,936 4,070 4,181 4,129 5,344 6,808

590 595 591 635 723

924 1,004 1,087 1,099 1,211 1,252 1,129 1,152

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(1) Il faut ajouter à ce chiffre, 715 docteurs exerçant en France dont nous n'avons pu trouver la date de doctorat. Il est vraisemblable que ces docteurs ont en majorité été reçus avant l'année 1893. La Cour de cassation a en effet déclaré que l'enregistrement du diplôme, exigé par l'article 9 de la loi du 30 novembre 1892, n'avait pas d'effet rétroactif et ne s'appliquait pas aux docteurs reçus avant la promulgation de la loi.

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