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bunal de première instance, en appel en 1901 ; la cour, frappée des contradictions relevées entre les certificats délivrés dans cette longue période de temps, me commet comme expert. Je vois le blessé en 1902. Il n'était plus difficile d'établir la réalité des faits. Cet homme, comme beaucoup de ses compagnons, buvait alors qu'il travaillait, un ou plusieurs apéritifs. Mis au repos, il continua, peut-être même il exagéra la consommation journalière. Pendant 18 mois, il était légitime de se demander si son accident n'avait pas eu pour suite un état de neurasthénie traumatique; en 1902, le doute n'était plus possible, il eut devant moi une attaque d'épilepsie absinthique typique. Les désordres imputables à l'accident d’octobre 1899 étaient guéris depuis de longs mois, mais sondésauvrement, pendant la longue durée du procès, l'avait presque fatalement condamné à des habitudes qui lui ont créé une incapacité absolue et définitive d'exercer sa profession de charpentier. Il n'accepte pas, ai-je besoin de le dire, cette explication, il rapporte toutes ses souffrances à l'accident et a voué une haine implacable à ceux qui n'interprètent pas les faits comme lui-même. Mais même en admettant que l'ouvrier ne devienne pas alcoolique il est certain que pendant toute la durée du procès le blessé s'abstiendra de travailler et se soignera mal. M. Duchauffour estime

que

l'ouvrier a tout à gagner à une entente avec le patron ou la compagnie d'assurances. «En considérant comme définitif en conciliation, un certain degré d'invalidité, l'ouvrier touche un capital, il accepte alors les occupations qu'il peut trouver et perd la préoccupation du procès à soutenir. Par l'exercice du membre, la raideur peut s'atténuer; en cas de perte d'un doigt ou d'une phalange, l'exercice amène une accommodation que l'ouvrier n'aurait pas pu prévoir au début. Les médecins, ajoute M. Duchauffour, l'ont souvent remarqué, le règlement du sinistre est un merveilleux traitement (1) ».

Pour toutes ces raisons je fais des vœux pour que le législateur, les tribunaux, hâtent de tout leur pouvoir le moment où intervient une solution définitive.

(1) Duchauffour, loc. cit.

6. Poursuites devant les tribunaux.

Si l'appel en conciliation a échoué, l'affaire entre dans la phase judiciaire et un expert est nommé par le tribunal. En vertu d'une modification apportée à la loi du 9 avril 1898 par une loi du 22 mars 1902, toutes les fois qu'une expertise médicale est ordonnée soit par le juge de paix, soit par le Tribunal ou par la Cour d'appel, l'expert ne pourra être le médecin qui a soigné le blessé, ni un médecin attaché à l'entreprise ou à la société d'assurances à laquelle le chef d'entreprise est affilié, ce qui est juste, car il ne faut pas que l'expert puisse avoir intérêt à favoriser, même inconsciemment, l'une des parties.

Comme expert, le médecin doit prêter serment; si les parties sont majeures, il peut demander aux avoués d'en être dispensé par les parties, mais si des mineurs sont intéressés dans l'affaire, il est obligé de prêter serment devant le tribunal. Cette formalité remplie, le médecin réunit dans son cabinet les avoués qui lui présentent les certificats du médecin traitant et du médecin de la compagnie. Dans certains cas ces confrères doivent être appelés, afin d'obtenir les éclaircissements indispensables à la marche normale de l'expertise.

On présente au médecin les certificats que je conseille de lire à haute voix, avec le plus grand soin et, s'ils présentent des contradictions, il faut commencer par examiner leur date. Quelques jours en effet suffisent à changer l'aspect d'une blessure.

A. – SIMULATION

La simulation vraie, celle d'une blessure ou d'une lésion qui n'existe pas, est assez rare, et quand elle se produit, il n'est pas très difficile de la dépister.

Ce qui est la règle, c'est l'exagération de la douleur ou des infirmités qui existent en réalité. Lasègue disait très justement : « On ne simule bien que ce que l'on a. » Le mobile de cette exagération est facile à comprendre.

Mais l'expert ne doit pas se contenter de la noter, il peut se trouver en présence d'une exagération faite avec une bonne foi parfaite. Dans la pratique courante, en dehors de tout intérêt pécuniaire, le médecin soigne parfois un malade qui exagère ses souffrances vis-à-vis de son entourage ou vis-à-vis du médecin. Il se les exagère vis-à-vis de lui-même, leur attribue une importance qu'elles n'ont pas. Cet état d'esprit est indépendant de toute idée de simulation.

D'autre part, le malade rapporte tous les phénomènes morbides dont il souffre à l'accident dont il a été victime : Post hoc, ergo propter hoc.

Un commis des postes fut blessé lors d'un accident de chemin de fer. Il eut une entorse d'un genou et diverses contusions; le blessé resta en traitement pendant trois mois, puis il fit une saison à Bourbonne. Il était guéri et reprit son service. Par malheur, ce jour même, il fut victime d'un nouveau tamponnement et eut quelques contusions peu graves. Quelque temps plus tard, cet homme, âgé de 55 ans, fut atteint d'une fistule à l'anus pour laquelle il fut opéré à l'hôpital de la Pitié, il eut également des troubles dus à une affection de la prostate, des douleurs articu

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