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Un des points sur lesquels les compagnies d'assurances ont voulu engager la responsabilité du chirurgien, est le suivant : dans les hôpitaux, la réduction des fractures n'est le plus souvent pas faite par le chirurgien lui-même, mais

par

l'interne; celui-ci est couvert par l'article 6 de la loi de 1892, mais il n'en serait pas de même si la réduction était faite par un des externes. Dans ces conditions, les compagnies pourraient plaider que les soins donnés au malade n'ont pas été suffisants.

De même, la compagnie, en présence d'une ankylose définitivement établie ou nécessitant une intervention opératoire, s'inquiétera de savoir si l'ouvrier a été massé, a été soumis à la mécanothérapie, a été électrisé. Si ces soins ont été, à son avis, insuffisamment prescrits, la compagnie d'assurances, et c'est contre cela que je tiens à mettre en garde mes confrères, cherchera à faire partager à l'opérateur la responsabilité qu'elle a encourue.

Enfin je ne reviendrai pas sur la question de la chloroformisation, ainsi que je l'ai dit (p. 118), le malade a le droit de refuser de se laisser endormir ; si le malade consent, l'expert doit avoir par écrit son consentement personnel et celui des avoués auxquels les parties ont confié leurs intérêts.

C. COMPLICATIONS DES BLESSURES.

La plaie peut s'infecter au moment même où elle se produit et le malade peut mourir, alors que l'érosion semble insignifiante, j'ai rapporté (page 115) un cas de septicémie, suivi de mort en quelques jours.

Le plus souvent, l'infection est secondaire, et certaines formes ne surviennent qu'un mois, six semaines après la blessure. Surtout si le malade est soigné à domicile, le médecin, malgré les soins antiseptiques minutieux, ne peut pas toujours enrayer le mal ou le prévenir.

Il en est de même de l'infection tétanique, alors même que l'on a eu recours à l'injection de sérum anti-tétanique.

C'est pourquoi, dans le certificat du début, le médecin doit toujours faire des réserves visant les complications, qu'il s'agisse de la possibilité de la mort, ou même d'une infirmité. Par exemple, dans un cas de luxation de l'épaule, il ne faudra pas manquer de noter l'éventualité d'une paralysie ou de l'atrophie du deltoïde.

a. Action des maladies antérieures

L'action des maladies antérieures sur la guérison des blessures prête à de nombreuses discussions.

Un tuberculeux a une lésion articulaire traumatique ; la guérison obtenue, il reste quelque raideur articulaire et certains mouvements sont douloureux; quelques mois plus tard se déclare une tumeur blanche. Quelle part revient au traumatisme et quelle part attribuer à l'état organique du malade au moment où s'est produit l'accident?

Au congrès de Berlin de 1899, MM. Lannelongue et Achard ont fait une communication des plus intéressantes dont voici les points principaux (1):

(1) Presse médicale, 1899.

« Depuis les expériences célèbres de Max Schuller sur le développement du processus tu berculeux à la suite des contusions articulaires, il est admis que le traumatisme peut localiser sur le point où il porte, une affection née à distance ou généralisée. Cette loi de pathogénie générale, dont il n'est pas besoin de faire ressortir l'importance, s'est vérifiée d'ailleurs en plusieurs circonstances et pour d'autres infections que la tuberculose ; l'observation clinique s'est jointe à l'expérimentation, pour en montrer le bien fondé.

« Pourtant, en ce qui concerne la tuberculose, on ne voit guère, chez les sujets qui en sont atteints, un grand traumatisme sans plaie extérieure, une fracture ou une luxation par exemple, devenir l'origine d'un foyer bacillaire, de sorte que la clinique semble en désaccord sur ce point avec les conclusions de Max Schuller.

« Chez l'homme, la grande loi de la pathologie générale que l'on a déduite des expériences de Max Schuller, ne trouve que d'une manière tout à fait exceptionnelle son application à la tuberculose, bien qu'elle dût précisément, dans l'esprit de son auteur, expliquer les faits relatifs à cette infection. Assurément, elle n'en subsiste pas moins dans les conditions expérimentales, et aussi, pour d'autres infections dans les conditions de la clinique. Mais chez l'homme atteint de lésion tuberculeuse, il faut autre chose qu'un traumatisme, même violent, et, sans doute l'intervention d'une cause agissant d'une façon plus prolongée est nécessaire pour déterminer la formation en un point localisé d'un foyer bacillaire d'origine sanguine.

« Parmi ces influences s'exerçant avec continuité, l'une des principales paraît être l'activité nutritive des organes en voie de développement, qui se circonscrit dans certaines régions de ces organes. C'est du moins ce qui paraît résulter de la fréquence avec laquelle s'observent, chez les jeunes sujets et dans le squelette en croissance, ces foyers de tuberculose locale, dont il y a lieu d'attribuer l'origine au transport du bacille par la voie sanguine. »

La proposition soutenue par MM. Lannelongue et Achard est sans doute juste en théorie, cependant en pratique on peut lui faire quelques

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