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En Angleterre, il est difficile de se rendre compte du nombre des étudiants en médecine, car l'exercice de la profession étant libre, il n'existe que des collèges médicaux et les renseignements fournis ne sont pas absolument certains ou comparables.

Il faut donc chercher ailleurs la raison de cette augmentation du nombre des étudiants en médecine.

Si l'on feuillette une collection de journaux datant de trente ans, on ne trouvera pas d'ar. ticles traitant les questions de médecine ou d'hygiène. Au contraire, aujourd'hui il n'est pas de journal qui n'ait heddomadairement sa causerie médicale; on signale, dans des articles de fond, les grandes découvertes scientifiques; on y discute la qualité des eaux potables, la falsification des substances alimentaires ; à la quatrième page, on préconise des pilules, des poudres médicamenteuses pour toutes les maladies. Les progrès si rapides de la médecine et de la chirurgie dans les dernières années du xixe siècle ; les découvertes si importantes de la bactériologie; la mise en pratique courante des opérations chirurgicales impossibles autrefois, grâce à l'antisepsie, ont fait croire au père de famille que son fils, auquel il avait fait donner une instruction secondaire suffisante, trouverait dans la médecine un débouché moins aléatoire que dans le commerce ou l'industrie.

En 1894,cet envahissement devenant de plus en plus inquiétant, puisqu'à Paris nous n'avions pas moins de 5000 étudiants en médecine, alors

que les locaux dont nous disposons ne permettent de donner un enseignement profitable qu'à 3000 au maximum, je priai M. Spuller, alors ministre de l'Instruction publique, de s'occuper de cette question. Il la traita à la tribune du Sénat et s'éleva contre cet engouement des parents pour les études médicales, montrant, en présence de la pléthore sans cesse grandissante, les déboires qui attendaient le futur médecin. Ce discours fut résumé dans une circulaire ministérielle, qui fut adressée à tous les proviseurs, principaux de collège, chefs d'institutions, et, résultat que j'osais à peine espérer, la bonne parole fut écoutée et le nombre des étudiants en médecine diminua assez rapidement jusqu'aux envi

BROU ARDEL. La Profession médicale

rons de 4,000 autour duquel il oscille depuis quelques années. Je ne parle que pour la Faculté de Paris, bien entendu (1).

A la même époque, les étudiants étrangers affluaient dans les Facultés de médecine. La France leur ouvrait largement ses établissements scientifiques. Elle pensait qu'il y avait un intérêt national à répandre à l'étranger la science française. Cela est vrai et sans inconvénient pour

les Facultés des sciences et des lettres, aussi les Doyens de ces Facultés et le Ministère de l'Instruction publique accordaient avec la plus grande facilité aux étrangers la dispense ou l'équivalence des baccalauréats, ce premier écueil auquel se brisent les ambitions d'un certain nombre de nos candidats nationaux. De plus, si ces étrangers avaient déjà passé une

(1) L'influence des actes législatifs et administratifs ne se traduit que 6 ou 7 ans plus tard sur le nombre des diplômes délivrés. La loi sur le recrutement militaire est de 1889, elle a pu augmenter le nombre des docteurs après 1895, 1896, il faut remarquer que le mouvement progressif s'est accentué dès 1893, 1894.

La circulaire de M. Spuller ne se traduira par des chiffres qu'en 1900 et surtout 1901.

ou deux années, dans une Faculté de médecine étrangère, on leur accordait la dispense d'un ou de deux examens. Les avantages pour eux s'augmentaient encore par ce fait que le Français était obligé d'interrompre ses études pour faire un an de service militaire. Cette facilité trop grande dans les dispenses eut ce résultat qu'en 1894, il y avait à la faculté de Paris un étranger sur quatre étudiants.

Si une fois docteur l'étudiant étranger retourne dans son pays, s'il ne vient en France que pour terminer son éducation scientifique, ou pour conquérir un titre qui lui permettra de briguer certains emplois officiels dans son pays, nous ne pouvons que nous réjouir; ainsi se trouve réalisée la conception de la diffusion de la science et de l'influence française, car en rentrant dans sa patrie, ce jeune docteur n'aura garde d'amoindrir la valeur du diplôme qu'il vient de conquérir.

Mais ce n'était malheureusement pas dans ce but purement scientifique que le plus grand nombre des étrangers venaient en France.

Dans certains pays d'Europe et dans l'Amérique du Sud, les divisions politiques et religieuses sont encore plus vives que chez nous et beaucoup de jeunes gens quittaient leur pays, venaient nous demander asile et s'instruire dans nos Facultés sans espoir de retour dans leur patrie.

Ces derniers, avec le bénéfice des dispenses et l'absence de service militaire,ne luttaient pas avec les étudiants français à armes égales, et venaient grossir ensuite le nombre déjà trop grand des médecins praticiens.

Depuis 1897, nous avons pu faire établir, grâce à la loi sur les Universités, une situation que je crois équitable pour les étrangers et les français.

Ceux qui viennent en France compléter leur instruction, pour obtenir un diplôme leur permettant de solliciter dans leur patrie un emploi officiel, ou pour aller ensuite exercer la médecine dans leur pays, peuvent obtenir des dispenses ; ils passent les mêmes examens médicaux que les étudiants français, mais le diplôme qui leur est conféré est purement universitaire et ne leur permet pas d'exercer la médecine en France.

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