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contaminé par le bacille de Koch et par une foule d'autres germes, soit que les parents, dans leur ignorance, substituent au lait les aliments les plus imprévus. La diarrhée infantile en est la conséquence et elle compte plus du tiers de la totalité de ces décès. M. Budin a montré que pendant les épidémies de diarrhée infantile qui ont régné à Paris ces deux dernières années, pas un seul des enfants qui venaient à la consultation des nouveau-nés, organisée à la clinique Tarnier, n'avait été touché par cette affection. De ce côté encore, nous avons un vaste terrain d'action.

Quelle est la signification de toutes ces ligues, au point de vue de l'exercice de la médecine ? Leur tendance est claire. Le parlement ému par les accidents dont sont victimes les ouvriers a édicté des lois de protection. Des groupes de philanthropes, frappés des désastres causés par les maladies évitables, dans les classes les plus intéressantes de la société, ont formé des associations visant la prophylaxie de ces maladies. La plupart d'entre elles n'ont encore que quelques

années d'existence, elles constituent déjà de puissants moyens d'action. Elles veulent organiser une protection efficace, elles font appel à la bonne volonté, aux connaissances des médecins. Ceuxci, qui les premiers ont signalé le mal, qui ont été les agents actifs de leur formation, se dévouent à leur succès avec un désintéressement dont l'opinion publique n'a pas encore reconnu la noblesse.

C'est là certainement le caractère spécial de la vie médicale de la fin du dernier siècle et la préservation contre les maladies évitables a créé une série de questions sociales auxquelles participent les médecins et tous les hommes dévoués au bien public.

Cette transformation est notre œuvre à nous tous médecins, elle est notre honneur, nous pouvons en être fiers, quels que soient les périls qui en résulteront pour notre corporation. Cependant nous devons dès maintenant les prévoir, nous efforcer de les atténuer : c'est la part dévolue actuellement aux associations et aux syndicats médicaux.

VI. — CONFÉRENCES SANITAIRES

INTERNATIONALES

Cette conviction de notre solidarité vis-à-vis des maladies transmissibles n'est pas spéciale à la France. Elle s'est développée dans tous les pays de l'Europe et de l'Amérique et a pris dans chacun d'eux des formes spéciales, sur lesquelles je ne saurais insister en ce moment. Mais elle s'est traduite dans les rapports internationaux par des ententes entre les différents peuples, en vue de protéger leurs territoires contre l'invasion des maladies venant des pays étrangers.

Des conférences sanitaires internationales avaient déjà été réunies depuis un demi-siècle, elles n'avaient pu aboutir, parce que les médecins des différents peuples n'avaient pas une doctrine commune. J'ai fait mes études médicales à une époque où la contagion des maladies, même de la variole, n'était pas admise, où les modes de propagation de la fièvre typhoïde, du choléra, de la peste étaient inconnus. Comment, dans ces conditions, amener une entente entre les peuples, les obliger à faire des dépenses sanitaires, à imposer des entraves au commerce?

Le succès n'a pu se réaliser que lorsque, grâce aux découvertes de Pasteur, nous avons pu substituer aux incertitudes et aux discussions sur la spontanéité, la spécificité des maladies, la certitude d'expériences que chacun pouvait répéter et dont l'exactitude était admise après contrôle par les savants du monde entier.

Dans ces dix dernières années, des Conférences sanitaires internationales se sont réunies à Venise à Paris, à Dresde (1) pour garantir l'Europe

(1) Voy. Conférence de Dresde (Annales d'hygiène, 1893, t. XXIX, p. 429). — Conférence de Paris (annales d'hyg.

contre les ravages du choléra et de la peste. L'entente s'est faite sur les doctrines pastoriennes, c'est un succès, un très grand succès.

Ce serait sortir de mon sujet que d'insister sur les difficultés d'application, dépense, rapidité des communications internationales, incertitude des renseignements fournis par des villes qui croient défendre leurs intérêts en cachant les cas de maladies, et qui compromettent ainsi singulièrement leur avenir.

C'est un point cependant sur lequel je veux appeler votre attention. Toutes les conventions sanitaires ont pour base la sincérité des déclarations des divers gouvernements; les transactions commerciales ne jouissent de toute leur liberté, que si chacun est convaincu que son voisin dit la vérité, aussi l'esprit qui domine ces conventions, qui se traduit par des articles répétés dans le texte de chacune d'elles, c'est que les payscontractants s'engagent à rendre obligatoire

1894, t. XXXI, p. 191). – P. Brouardel,

P. Brouardel, La conférence internationale de Venise (Annales d'hyg., 1897, 1. XXXVII, p. 401).

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